Disparition d’Aldo Naouri, le pédiatre qui faisait l’éloge de l’autorité parentale

Pédiatre de renom, anticonformiste, opposé à l’éducation positive, Aldo Naouri est décédé le 18 mai 2026, à 88 ans.
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Pédiatre de renom, anticonformiste, opposé à l’éducation positive centrée sur le désir des enfants, Aldo Naouri est décédé le 18 mai 2026, à 88 ans.
Sa mère lui avait conseillé de devenir coiffeur ! Aldo Naouri est finalement – et heureusement - devenu pédiatre, spécialiste des relations intrafamiliales. Son parcours atypique commence dès sa naissance.

Un père présent malgré son absence

Aldo Naouri est né le 22 décembre 1937 à Benghazi, en Libye italienne, au sein d’une famille juive et française. En 1942, les autorités italiennes expulsent sa famille du pays. Celle-ci se retrouve alors exilée en Algérie, à Orléansville [actuelle Chlef, NDLR]. Petit dernier d’une fratrie de dix enfants, Aldo Naouri n’a jamais connu son père, mort deux mois avant sa naissance. Un père d’ailleurs fier de sa nationalité française. En Algérie, le jeune Aldo grandit dans une cave de 20 m2 dans le dénuement et l’illettrisme, sous la protection d’une « mère aimante et autoritaire ».
Malgré son absence, son père tient une place centrale dans la famille. En effet, chaque soir, sa mère le fait revivre en paroles en racontant à ses enfants les histoires que celui-ci lui avait lues de son vivant : les aventures des Mille et Une Nuits, Les Mystères de Paris ou Le Comte de Monte-Cristo. Cette place centrale du père, Aldo Naouri la défendra tout au long de sa carrière.

Un jeune pédiatre, anti-Mai 68

En 1956, Aldo Naouri s’installe à Besançon, pour sa première année de médecine. L’année suivante, il déménage à Paris, dans le XIIIe arrondissement, afin d’y poursuivre ses études qui le conduiront à ouvrir un cabinet de pédiatrie en 1966.
Âgé de 30 ans, lors des événements de Mai 68, Aldo Naouri ne partage pas les revendications de ceux qu’il appellera, bien plus tard, des « gamins dans la toute-puissance infantile ». Dans une interview accordée au Point, il rappelle d’ailleurs les prémices puériles de la révolte : les garçons contestaient l’interdiction qui leur était faite, dans leur cité universitaire, de se rendre dans le bâtiment des filles, et inversement.
Se définissant comme conservateur, car « le conservateur pense à après-demain, quand le progressiste ne pense qu’à demain », le jeune pédiatre pressent déjà le danger que représente, pour les générations suivantes, cette révolte étudiante qui balaie le concept de refoulement et met à mal l’autorité en général. Dès lors, il décide d’inscrire sa pratique à contre-courant des idées progressistes de son époque, ce qui lui vaut l’hostilité des courants gauchistes post-68.

Pour un retour à l’autorité parentale

Amoureux de la langue française, Aldo Naouri publie, parallèlement à ses consultations, de nombreux ouvrages, dont Une place pour le père (1985), le premier d’une longue série plaidant pour un retour de l’autorité au sein de l’éducation. « J'ai écrit une grande quantité d'ouvrages pour montrer combien il était important qu'un enfant apprenne à réprimer ses pulsions pour devenir un adulte social de qualité », explique-t-il dans une interview accordée au Figaro, en 2013. Dans cet essai, le pédiatre défend la place fondamentale du père, pour le bien de l’enfant. Dans ses ouvrages, il rappelle également « la différence radicale entre les deux personnages parentaux » que sont le père et la mère. Une mère ne peut se substituer à un père, et inversement. D’où son opposition à la PMA pour toutes, loi qui exclut le père du projet familial.

S’il proscrit tout châtiment corporel, Aldo Naouri n’est pas non plus favorable à la loi « anti fessée » de 2019 : « On est là dans un domaine privatif dans lequel l'État n'a pas à intervenir. […] Le métier de parent est un métier extrêmement difficile […]. Il est inutile d'en rajouter et d'altérer un peu plus la responsabilité et l'esprit d'initiative. » À la fin de sa vie, Aldo Naouri regrette de ne pas avoir été entendu, contrairement à Françoise Dolto, qui a œuvré à l’avènement de l’enfant-roi : « J’ai tenté de transmettre des principes d’éducation, mais la société dans laquelle nous vivons ne cherche qu’à séduire. La séduction l’a emporté. »
Si l’on se fie au nombre de patients qu’il a reçus dans son cabinet ainsi qu’à la vente de ses ouvrages, on peut dire que sa voix est loin de s’être éteinte avec lui. Il faut espérer qu’elle continue à se diffuser dans une société malade, qui en a grand besoin.

Vos commentaires

9 commentaires

  1. Aldo Naouri est le beau-père de la cantatrice Natalie Dessay qui a épousé son fils le baryton Laurent Naouri.

  2.  » les garçons contestaient l’interdiction qui leur était faite, dans leur cité universitaire, de se rendre dans le bâtiment des filles, et inversement. » Daniel Kohn-Bendit contestait l’interdiction, dans la cité universitaire, de se rendre dans le bâtiment des filles, et inversement. (Mouvement dit du 22 mars).

  3. Les parents qui ont abandonné l’autorité en sont les premières victimes , leurs enfants les méprisent , les maltraitent et tombent dans toxicomanie et la la délinquance .

  4. Merci Aldo… tu auras réussi à faire contre-poids aux Dolto, Pernoud et autres illuminées ! bravo.

  5. Un très grand monsieur incompris par une époque folle. Epoque folle qui engendre tout un tas de symptôme de décadence, qu’elle interprète par « il faut encore plus de progressisme… »

  6. enfin un papier qui relate que mai 68 a commencé parce que les garçons ne pouvaient pas aller dans les chambres des filles ! vous avez quel âge Angelica ? (cette information, importante dans sa puérilité, passera peut être les générations)

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