[ENTRETIEN] « Quand LFI soutient le régime cubain, elle soutient les violations des droits de l’homme »

L’opposant cubain José Daniel Ferrer répond à Boulevard Voltaire et dénonce les attaques contre la liberté d’expression
entretien_ecrit JIOSE

Figure emblématique de la dissidence cubaine, José Daniel Ferrer est depuis plus de vingt ans l’un des principaux opposants au régime castriste. Né à Santiago de Cuba en 1970, il se fait connaître lors du « Printemps noir » de 2003, vaste vague de répression contre les dissidents. Condamné à vingt-cinq ans de prison pour son engagement en faveur des libertés politiques, il passera huit années derrière les barreaux avant d’être libéré en 2011.

Refusant l’exil, il fonde ensuite l’UNPACU (Union patriotique de Cuba), aujourd’hui l’un des principaux mouvements d’opposition au régime communiste. Régulièrement arrêté et harcelé par les autorités, José Daniel Ferrer est devenu le symbole d’une résistance cubaine qui refuse de se taire malgré la répression.

Dans un entretien accordé à Boulevard Voltaire, José Daniel Ferrer revient sur l’aggravation de la crise à Cuba, dénonce la misère grandissante et alerte sur les dangers qui menacent les libertés fondamentales, y compris en Europe.

 

Yann Montero. Les choses ont-elles changé, ces dernières années, avec le nouveau gouvernement de Miguel Díaz-Canel ?

José Daniel Ferrer. C’est la même chose, et même pire encore. Il y a une détérioration très rapide des conditions de vie à Cuba. La pauvreté a augmenté à un niveau particulièrement alarmant. Et la répression s’est également énormément accrue, surtout depuis juillet 2021.

Répression et misère forment une équation tragique, profondément douloureuse pour le peuple cubain. Et Miguel Díaz-Canel est considéré, par la majorité des Cubains, comme un individu encore pire que les frères Castro eux-mêmes, que nous tenons pourtant tous pour les principaux responsables du désastre que vit aujourd’hui Cuba, désastre qui s’est aggravé sous le mandat de Miguel Díaz-Canel.

 

Y. M. Vous parlez beaucoup de la crise cubaine. Quelle est la situation actuelle, notamment à la lumière de l’embargo américain ?

J. D. F. La situation actuelle, c’est une famine qui ne cesse d’augmenter. De nombreuses personnes, des personnes âgées, des enfants et des familles entières très modestes souffrent de malnutrition. Nous parlons également d’une profonde crise sanitaire, avec des services de santé défaillants et une pénurie de médicaments. Nous parlons aussi d’une crise majeure des transports et du logement.

Nous faisons face à une crise sociale et humanitaire extrêmement préoccupante. En réalité, le véritable responsable de cette profonde crise est le régime castro-communiste et ses politiques économiques erronées. Le régime s’obstine à maintenir des politiques d’inspiration soviétique, avec un contrôle extrême de l’économie cubaine. L’entreprise d’État dite « socialiste » demeure encore aujourd’hui le principal acteur économique. Et les niveaux de corruption présents dans toutes les sphères de l’État cubain sont très élevés.

Cette corruption rend la vie de la population très difficile, très complexe. C’est pourquoi la majorité des Cubains souhaitent un changement. Les mesures américaines restreignent d’une manière ou d’une autre les entrées d’argent du régime. Mais l’expérience et la réalité montrent que cet argent est surtout utilisé pour financer le train de vie luxueux et confortable des dirigeants cubains. Les revenus obtenus par le régime servent généralement au confort des hauts responsables, au maintien d’un appareil répressif excessivement important ainsi qu’à son appareil de propagande.

La population, elle, n’a jamais véritablement bénéficié de ces revenus considérables issus du conglomérat d’entreprises contrôlé par ce qu’on appelle le GAESA, ce groupe économique dirigé par la famille Castro et les généraux les plus proches du pouvoir. Et ces bénéfices, je le répète, ne profitent pas à la population. Par conséquent, malgré la propagande du régime, la majorité des Cubains ne considèrent pas l’embargo américain comme la cause principale de la tragédie que vit Cuba ni de l’extrême misère subie par la majorité de la population.

Aujourd’hui, une très grande partie des Cubains souhaitent que les États-Unis puissent aider le peuple cubain à mettre fin au régime castro-communiste et à amorcer une transition vers la démocratie, avec davantage de libertés, d’occasions et de bien-être pour tous les Cubains.

 

Y. M. Vous luttez pour garantir la liberté d’expression à Cuba, vous avez été emprisonné. Pensez-vous qu’elle soit également en danger en Europe, et particulièrement en France ?

J. D. F. Je crois que la liberté est quelque chose pour lequel il faut lutter de toutes ses forces lorsqu’on ne l’a pas. Et lorsqu’on l’a, il faut la protéger chaque jour, car elle peut toujours être menacée. Je pense effectivement que l’Europe, et particulièrement la France, peuvent être confrontées à un risque concernant la liberté : liberté d’expression, de presse, d’association, de réunion, de manifestation pacifique… tous ces droits fondamentaux de l’être humain peuvent être menacés.

J’espère que vous saurez les protéger suffisamment bien, car lorsqu’on les perd, il arrive malheureusement ce que nous vivons aujourd’hui à Cuba.

 

Y. M. Quel message aimeriez-vous adresser à ceux qui, en France, comme La France insoumise, soutiennent le régime de Díaz-Canel ?

J. D. F. Honnêtement, il est difficile de comprendre comment des personnes qui prétendent défendre la démocratie, la liberté et le bien-être de leur peuple peuvent soutenir un régime qui viole tous les droits de l'homme, piétine les libertés fondamentales, asservit toute une nation et s’oppose à tous les principes et toutes les valeurs qui fondent les démocraties européennes.

C’est un régime allié de Vladimir Poutine. C’est un régime qui soutient la guerre de la Russie contre l’Ukraine. C’est un régime qui aimerait voir toute l’Europe et toute la planète sous des régimes staliniens où l’être humain n’aurait même plus la possibilité de défendre ses idées ou de dire ce qu’il pense.

Quand ils soutiennent le régime castro-communiste, ils soutiennent non seulement de graves violations des droits de l'homme, mais aussi l’extrême misère que ce régime impose au peuple cubain.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 25/05/2026 à 16:59.

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Yann Montero
Journaliste Boulevard Voltaire

Vos commentaires

16 commentaires

  1. Qui se souvient que Madame Mitterand transportée à Cuba avec l’argent de la République embrassait chaudement le bon Fidel qui avait fait fusiller avec sa clique -toujours au pouvoir- des centaines d’opposants dans la grande tradition révolutionnaire..

  2. Vivement un régime à la cubaine en France avec Mélenchon en Commandante, havane au bec ! Cela fera comprendre aux distraits et écervelés gauchistes, humanistes, nudistes , tiers-mondistes ce que signifie la dictature du peuple. Que viva la révolucion !

  3. Pour quelle raison mettre Poutine dans cette histoire? Apparemment il ne sait pas que l’URSS n’existe plus, quant au soutien d’un clown qui joue du piano avec son sexe et est le président le plus corrompu de la planète, c’est encore débile

  4. Il est vrai qu’avant Castro Cuba était un paradis, une île dirigée par la mafia via un président corrompue et remplie de casinos et de bordels..
    Ilest vrai que ça n’excuse pas les exactions du régime castriste qui sont presque aussi horribles que celles de la révolution française l a un genocide près.
    On comprend que ce qu’a fait Robespierre en France réjouisse LFI mais dans ce cas, pourquoi être anticastro, peut être parce qu’il a fait moins de morts?

    • C’est exactement ce que j’explique à mes amis cubains. Vous vous plaignez d’avoir un carcinome. Ok, mais dites-vous que vous auriez pu prendre une balle dans la tête en traversant la rue au moment d’un règlement de comptes à Marseille. Que ce soille clair : le carcinome, c’est paradisiaque.

    • pas la peine! Les gens, les médias ont appris depuis longtemps à ne dire que ce que le pouvoir veut entendre…
      Un peu comme en France, mais chez nous pas encore à coups de camp de travail, malgré l’envie qu’en ont les gauchos !,

  5. je pense souvent aux kékés avec la photo du Che au dessus de leur tête de lit ,alors qu’il n’était qu’un voleur et encore pire un assassin qui tuait de pauvres fermiers haut de son cheval quand ces derniers ne voulaient pas adhérer au parti … l’histoire finit toujours par accoucher de la vérité!

  6. Facile de tout rejeter sur le gouvernement cubain quand on connaît l’embargo impitoyable exercé par les EU sur ce régime et ses habitants .. et qu ‘imagine cet opposant anti castriste , que les américains vont investir massivement dans cette île où tout , absolument tout est à refaire …et où vit une population qui a perdu le sens du travail après tant d ‘années de communisme .À cet effet cela rappelle la réunification douloureuse et non sans heurts entre la RFA et la RDA . Plus prosaïquement , José Daniel Ferrer se verrait il investi d ‘une responsabilité suprême en lieu et place de Canella ? Son discours anti russe est éloquent ..toujours est il que le dernier pétrolier ayant ravitaillé l ‘île était russe .. .? Non monsieur Ferrer , ce n ‘est pas aussi simple que vous l ‘énoncez et la position de LFI n ‘est pas aussi absurde que vous le prétendez .

  7. La population de Cuba, la vraie, celle qui y vit n’aime pas trop les cubains réfugiés aux USA ou en UE. Ces derniers soutiennent le blocus, les sanctions et croient que voir le peuple cubain souffrir (de faim aujourd’hui) le rapproche du paradis US. Cette interview ne fait que confirmer le mépris de la diaspora cubaine pour les cubains de Cuba. Les diasporas sont souvent les pires ennemis de ceux qu’elles prétendent soutenir (On le voit avec l’Arménie) ; Elles deviennent le bras armé idéologique de l’occident.

    • La population de Cuba, la vraie, celle qui y vit n’aime pas trop les cubains réfugiés aux USA ou en UE.
      #
      Je ne sais pas s’ils les aiment, mais ils aiment beaucoup leurs dollars….

  8. LFI n’a plus grand chose à soutenir alors bon tant qu’il restera un pays comme Cuba ce parti qui se dit politique pourra encore avoir l’impression d’exister. Pas pour longtemps cependant si on en croit les récentes informations concernant l’ile.

  9. Que dire alors du parti communiste, idéologie aux 100 millions de victimes, du socialisme qui en Allemagne à fait 40 millions de victimes? Que dire des petits arrangements de nos politiques avec le fln, le hezbollah, le qatar, la chine, l’arabie saoudite ou même la turquie?

    • Vous avez oublié l’UE dans la liste. C’est classique, on voit aisément la tare chez le voisin mais on est dans le déni par rapport aux nôtres. L’UE et la France deviennent totalitaires mais on regarde ailleurs. A ce sujet, la dernière proposition de loi de Retailleau, au Sénat, est un chef d’oeuvre de totalitarisme : au prétexte de combattre l’entrisme islamique ; la droite veut donner la possibilité au ministre de geler les ressources des gens (sans jugement, de façon arbitraire) qui seraient un danger pour la cohésion nationale. Avec un régime gauchiste c’est Retailleau qui se retrouverait privé de ressources, victime de sa propre loi et avec le régime actuel c’est celui qui critiquera l’entrisme, en fait, qui se verra clochardisé. La droite creuse encore. Est-ce ça la société que nous voulons ? Une société, comme le fait déjà l’UE , (gel des comptes bancaires avérés d’opposants qui ne suivent pas le récit politiquement correct sur l’Ukraine) où par décision administrative on peut bannir les gens d’un tweet ?

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