Economie - Editoriaux - Histoire - 31 décembre 2019

Il y a 60 ans, le nouveau franc succède au franc Bonaparte

Le vendredi 1er janvier 1960, il y a tout juste soixante ans, les employés de la Radiodiffusion-télévision française (RTF) étaient en grève, le Cameroun accédait à l’indépendance et le nouveau franc était mis en circulation sur fond d’une rumeur tenace : celle de la démission du ministre des Finances et des Affaires économiques, (1891-1994). Ce dernier n’approuve pas la politique algérienne du chef de l’État, le général de Gaulle, et il lui arrive de ne pas participer au Conseil des ministres. Il remettra, d’ailleurs, sa démission quelques jours plus tard (le 13 janvier) et cessera alors toute activité politique nationale.

C’est pourtant grâce à lui et à l’économiste Jacques Rueff (1896-1978) que de Gaulle confie, en 1958, la mission de créer un nouveau franc. Car l’ancien franc est miné depuis la Libération par les dévaluations successives : celle du 26 décembre 1945 est de 60 % par rapport à son cours de 1940 ; celle de janvier 1948 se monte à 80 % ; celle de 1949 à 22,27 %. Le dollar, qui valait 43,80 francs en septembre 1944, est passé à 350 francs cinq ans plus tard. En août 1957, le président du Conseil, Félix Gaillard (1919-1970), procède à une dévaluation déguisée de 20 % qui sera légalisée par de Gaulle en juin 1958. L’ancien franc est aussi affaibli par les conflits indochinois et algérien. Le général de Gaulle explique aux Français qu’il entend rendre « au vieux franc français une substance conforme au respect qui lui est dû ». De fait, à l’époque, dans les mois qui suivent son introduction, le franc est quasiment à parité avec le mark et le franc suisse.

Enfin, à travers ce nouveau franc, notre pays s’associe au retour à la convertibilité des monnaies européennes et peut ainsi participer pleinement au lancement du grand chantier européen.

Officiellement, le nouveau franc Pinay succède au franc Bonaparte, qui aura vécu 157 ans avec de nombreuses déconvenues. Ce « franc lourd », comme on l’appelle aussi à l’époque, équivaut à 180 mg d’or fin, contre 290 mg pour le précédent. Surtout, il équivaut à cent anciens francs. Le calcul est plus simple et certains ont l’impression de voir revenir les prix d’antan, ceux d’avant-guerre. Pour faire un plein d’essence, 40 francs suffisent et avec 60 centimes (soixante anciens francs), on peut s’acheter un pain d’un kilo.

Les anciennes monnaies continuent à circuler pour une valeur égale au centième de leur valeur faciale en attendant d’être progressivement remplacées par de nouveaux modèles. Pour marquer la volonté de retour à la stabilité monétaire, on choisit de frapper le nouveau franc à l’effigie de la Semeuse d’avant 1914. Ce nouveau franc est fabriqué en cupro-nickel, mais une pièce d’argent du même type est réintroduite dans la circulation : c’est la pièce de 5 francs, qui disparaîtra sous cette forme en 1970 quand l’argent sera remplacé par le cupro-nickel.

Les billets sont aussi impactés par l’introduction du nouveau franc (NF). Le billet de 1.000 francs (à l’effigie de Richelieu) et celui de 500 francs (à celle de Victor Hugo) sont surchargés d’une mention indiquant la contre-valeur en nouveaux francs, soit 10 nouveaux francs pour le premier et 5 nouveaux francs pour le second. Cette réforme voit apparaître, ce 1er janvier 1960, de nouveaux billets : le 50 NF Henri IV, le 100 NF Bonaparte et le 500 NF Molière. Comme pour l’introduction de l’euro en France, en 2002, il est procédé à un double affichage public marqué aux deux prix : en francs anciens et en nouveaux francs. « D’autre part les titres de paiement, chèques, mandats, ordres de virement, factures, etc., émis à partir de vendredi devront être libellés en nouveaux francs sous peine de nullité », précise Le Monde du 1er janvier 1960. Aujourd’hui, selon l’NSEE, un franc de 1960 équivaudrait à 1,63 euro de 2018.

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