La Bavière est un pays catholique. Là-bas, pas de laïcité agressive comme en . La de conscience est entière, chacun peut croire ou ne pas croire, et pratiquer sa religion comme il l’entend. Mais l’ancien royaume du sud de l’Allemagne est profondément imprégné de son , enraciné et conscient de ce que le christianisme a forgé son identité.

Le gouvernement du Land a décidé qu’à partir du 1er juin prochain, une croix devrait figurer à l’entrée de tous les bâtiments publics. C’est, selon le pouvoir local, l’expression “du caractère historique et culturel de la Bavière […] clairement perceptible pour signifier un engagement visible par rapport aux valeurs fondamentales du droit et de l’ordre social en Bavière et en Allemagne”. Une telle décision, incompréhensible pour les Français, n’a pas suscité de levée de boucliers. À l’exception notable du cardinal Reinhard Marx, archevêque de Munich-Freising, et successeur de Joseph Ratzinger.

Selon le prélat, “on ne comprend pas ce qu’est la croix si on ne la voit qu’en tant que symbole culturel”. Il n’a pas hésité à dénoncer “l’animosité, les divisions et les troubles” causés par cette décision.

Le cardinal Marx est peut-être adepte de la religion de l’enfouissement, ou « levain dans la pâte ». Cette expression a été utilisée durant des décennies, non pour expliquer que les chrétiens devaient être le sel de la terre, mais au contraire pour les inviter à ne pas se montrer. C’est l’idéologie officielle des années 70, une époque qu’on croyait révolue depuis longtemps, notamment depuis le célèbre “N’ayez pas de Jean-Paul II. Les résultats en sont connus : à force de ne plus voir les chrétiens, ceux-ci sont devenus insignifiants.

Pourtant, il n’a pas tort lorsqu’il déclare : “Accrocher un crucifix veut dire : je dois m’orienter selon les paroles de celui qui est mort sur la croix pour entier.” Mais pourquoi ajouter aussitôt, comme un paradoxe : “C’est une provocation : pour chaque chrétien, pour l’Église, mais aussi pour l’État qui voudrait se référer à ce signe” ? L’archevêque de Munich ne veut-il pas que l’État, et les citoyens, orientent leur action selon les paroles du Christ ?

Ne serait-ce pas plutôt la crainte de heurter les musulmans, aux yeux desquels la croix est un signe d’hérésie, un signe à bannir de toutes les façons, à l’instar des Qataris, propriétaires du Saint–Germain, qui en ont retiré la croix de l’emblème officiel ? Une forme de politiquement correct qui voudrait qu’on enfouisse le symbole du christianisme et qu’on le bannisse de tous les lieux publics ?

En tout cas, le nonce apostolique en a vivement réagi. “En tant que nonce et représentant du Saint-Père, je suis quand même triste et j’ai honte, lorsque j’entends que dès que des croix sont érigées dans un pays voisin, les évêques et prêtres de tous les peuples doivent critiquer cela. C’est une honte.”

Tout est dit. Nous rendre visibles n’est pas agresser quiconque. C’est simplement exprimer ce que nous sommes et ce qui nous a faits. Quelle que soit l’intention des Bavarois, ils rappellent simplement aux uns que le christianisme est une composante majeure de notre identité européenne, aux autres que le Christ doit être présent au cœur de leurs vies, à d’autres, enfin, qu’ils doivent respecter la culture du pays d’accueil. Où est le problème pour un chrétien ?

5 mai 2018

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