Comment marquer au fer rouge une Marine Le Pen décidément rétive à la diabolisation en ce début de campagne de second tour ? explore une voie. Tout en finesse. Le quotidien « de référence », toujours parfaitement mesuré, neutre et objectif comme personne, titre à sa une, ce 14 avril : « Comment Marine Le Pen menace l’État de droit » (sic !). Eh oui, bonne gens, ouvrez vos yeux, le coup d’État n’est pas loin. Tremblez, démocrates de tout le pays ! Fuyez sans regarder derrière vous, Français allergiques à la camisole de force. Marine Le Pen menace. Ou alors, votez Macron, vous qui aimez la liberté, condamnez la dictature et chérissez l’État de droit ! La est une chose simple pour les lecteurs du Monde. Comme d’habitude avec nos amis macronistes, toute nuance confine au péché grave. Résumé des objectifs de la candidate RN, après sa conférence de Vernon, toujours en une du du soir : « S’affranchir du contrôle de constitutionnalité, du Parlement et d’une partie de la presse. » Diable ! Lénine, réveille-toi, elle est devenue folle ! Deux pages plus loin, un nouveau titre donne à nouveau le ton, au cas où certains lecteurs seraient vraiment durs d'oreille : « Institutions : Le Pen veut passer en force. » Hou-hou, fais-moi peur ! « À l’heure de présenter sa méthode de gouvernement, la candidate d’extrême assume une ligne autoritaire et populiste », précise encore le pour les derniers distraits, récalcitrants et durs d'oreille. Suit un long réquisitoire où flottent les propos du président de la République, eux aussi très mesurés : « Ce qu’elle veut faire, c’est ce qu’on voit en Hongrie. » À cet instant, chaque lecteur et chaque démocrate qui n’a pas encore pris ses jambes à son cou est censé hurler à la mort. L’écho doit retentir du palais Bourbon à Vladivostok, en passant par Neuilly-sur-Seine et Saint-Tropez où se pressent les villas de nos grandes fortunes. l'assure, donc c'est vrai : le fascisme est aux portes du pouvoir.

Qu’a-t-elle donc dit ? Qu’a fait Marine Le Pen pour réveiller en sursaut nos indécrottables bonnes consciences ? Elle a défendu le recours au... référendum. Oui, madame. Elle est même favorable au référendum d’initiative populaire réclamé, jadis, par les gilets jaunes. Terreur sur la ville. Marine Le Pen souhaite aussi instiller une dose de proportionnelle pour la désignation des députés à l’Assemblée nationale. On frôle les heures les plus sombres... Enfin, elle ne compte pas abroger l’article 49.3 qui permet de faire passer une loi sans vote à l’Assemblée et que tous les gouvernements ont utilisé sans vergogne. Catastrophe ! Elle considère la Constitution, notre Constitution, comme « une merveille d’équilibre » ? Duplicité, fascisme, on vous dit.

Les courroies de transmission médiatiques du Président le plus autoritaire de la Ve République ont révisé leur manuel de stigmatisation sans peine. Un regard hors des frontières les aurait pourtant décillées. Tenez, les Suisses que vous preniez sans doute pour de fieffés démocrates, pas vraiment attirés par les aventures guerrières et les dictatures dans leurs vallées, privilégient de longue date les référendums. L’iFRAP s’est penché sur leur cas.

Ce peuple pacifique aime tellement les référendum qu’ils en usent de trois sortes. « Le référendum facultatif permet au peuple de demander l’organisation d’un scrutin populaire pour s’opposer à un acte législatif adopté par le Parlement. » Il suffit de réunir 50.000 signatures de citoyens suisses dotés du droit de vote dans les 100 jours suivant la publication officielle d’un acte législatif. Facile, donc inquiétant pour nos marchands de peur. Ce n’est pas tout : le référendum obligatoire prévu par l’article 140 de la Constitution suisse dispose que les révisions de cette Constitution ou l'adhésion à des communautés supranationales, par exemple, « sont soumises au vote du peuple et des cantons de manière automatique ». Affreux. Enfin, le référendum d’initiative populaire (eh oui…) « permet au peuple de proposer une modification partielle ou totale de la Constitution si 100.000 signatures de citoyens et citoyennes disposant du droit de vote sont réunies en 18 mois », explique l’iFRAP. Ainsi, le 15 mai 2022, les Suisses se prononceront sur la culture et la production cinématographiques, sur la transplantation d'organes et sur le corps européen de gardes-frontières suisses en Union européenne. « Une ligne autoritaire et populiste », on vous dit.

Une autre épouvantable dictature s’avise aussi de lancer des référendum : il s’agit des États-Unis d’Amérique. Oui, ceux de M. Biden. Dans ce pays bien connu pour son aversion de la démocratie (voir Alexis de Tocqueville), 26 États permettent aux citoyens de générer un référendum d'initiative populaire. Il leur faut, pour cela, les signatures de 5 % à 10 % des électeurs. Dans 23 autres États, ces référendums servent à valider ou invalider des lois votées par les Parlements locaux.

Comme dit , « la référence au modèle d’État illibéral renvoie aussi bien au contrôle des médias qu’à une gouvernance autoritaire » ( du 14 avril, p. 4). Tiens, mais à propos, où sont donc passés nos vaillants chasseurs de « fake news » ?

13 avril 2022

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