Le Président-candidat ou le candidat-Président - on peut dire les deux - n'en finit pas d'aller sur le terrain. La majorité accuse Marine Le Pen de faire une campagne en chaussons, histoire de filer la métaphore de la femme aux chats. Une campagne-tisane, une campagne-mots croisés... Vous verrez, ils auront de plus en plus d'idées à mesure que leur programme fondra comme neige au soleil. À l'inverse, arguent-ils, Emmanuel n'a pas peur du terrain. Il y va, il se confronte, il aime la contradiction, il « aime se battre », comme OSS 117, par exemple. On l'a vu tuer par la parole des assemblées entières d'élus et de citoyens, à l'époque des gilets jaunes. On l'a vu assommer jusqu'aux journalistes du service public, comme lénifiés par leur interlocuteur. Mais là, c'est différent. Cette semaine, il a été servi.

Le Président a été interpellé par une soignante non vaccinée, une assistante dentaire prénommée Élodie. Son prénom mérite d'être cité car elle a été très courageuse. Élodie a accusé le Président sortant d'avoir exclu les soignants, muselé les enfants et toutes ces sortes de choses. Macron, après lui avoir fait la leçon (« Vous êtes dans l'excès en tout, un masque n'est pas une muselière »), lui a rétorqué sans la moindre honte qu'elle n'était pas « dans la vraie vie ». Ça a dû lui faire plaisir. Entre l'employée précaire qui a des enfants masqués et l'énarque richissime qui n'en a pas, celui des deux qui est dans la vraie vie n'est apparemment pas celui que l'on croit.

Le 12 avril, un autre soignant a interpellé Emmanuel en lui disant qu'il n'avait « jamais vu un président de la Ve République aussi nul que [lui] ».

Alors que se défendait par l'ironie, cette méchante ironie méprisante qui ne le quitte jamais longtemps, l'autre ne s'est pas démonté. Il lui a parlé de l'affaire Benalla et lui a dit qu'il le considérait comme « machiavélique, manipulateur et menteur ». Sa conclusion ? « Vous avez assassiné l'hôpital. » Réponse de Macron : « Mais vous êtes fou ! » Psychiatrisation de l'adversaire : le procédé n'appartient (normalement) qu'aux dictatures. L'adversaire est forcément obsessionnel, névrosé, frustré, aigri, il a des comptes à régler, des blessures qui remontent à l'enfance, des angoisses existentielles... ou bien, pour le dire plus grossièrement, il est fou. Et ce qu'il y a de bien, avec les fous, c'est que leurs propos sont forcément considérés comme incohérents ; donc, on ne les écoute pas. Et s'ils s'énervent pour qu'on entende ce qu'ils ont à dire, c'est parce qu'ils sont vraiment trop fous. Il faut alors, avec bienveillance évidemment, les soigner.

Bref, outre que le fait que, oui, le terrain, parfois, c'est dur, et que le peuple, oui, parfois, ça dit la vérité, plusieurs constats peuvent être tirés de cette belle histoire. D'abord, ceux qui prennent la parole ne sont pas des factieux ou des fascistes, ce ne sont pas des chômeurs ou des criminels. Ce sont « celles et ceux » qui étaient « en première ligne » dans la lutte contre le Covid. Ce sont des soignants. Vous vous souvenez de ce message stupide et grégaire : « Il est vingt heures, j'applaudis les soignants » ? Eh bien, c'était pour rendre hommage, même bêtement, au dévouement de gens comme ceux-là, qu'Emmanuel Macron a rabroués ou méprisés en public cette semaine, alors qu'ils sont au cœur de l'actualité depuis deux ans.

Au sujet de la santé, on remarquera que Macron, qui accuse Mme Le Pen de pratiquer la « fantaisie » en politique, a été repris à la volée par Me Goldnadel sur le sujet. Et laisser la France grande ouverte aux ressortissants chinois dès les premiers temps du Covid, ce n'était pas de la fantaisie, peut-être ? « La plus grande des fantaisies est l'idéologie », rappelle judicieusement l'avocat.

En fin de compte, c'est peut-être dans cet électorat de braves gens, opposants à la dictature sanitaire, que l'on traite de nazis, de cons, de fascistes, d'idiots, de sans-dents, c'est peut-être dans ce qui constitue le cœur de la France, la vraie, n'en déplaise aux métropoles écologistes et aux de non-droit, que Marine Le Pen pourrait bien trouver la réserve de voix dont elle a besoin. Emmanuel Macron, Président des gens heureux selon les sondages, mais aussi, donc, Président de ceux qui sont dans la vraie vie, Président de ceux qui ne sont pas fous, ferait bien de s'en souvenir.

13 avril 2022

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