La campagne est passée à la vitesse supérieure. Foin des arguties sur les annuités de retraite et les avantages du septennat, le « front républicain », renaissant de ses cendres comme un vieux tube des années 80 - Voyage, voyage, Ève lève-toi… et tutti quanti -, donne de la voix. Toutes les indignations sont bonnes à prendre, même médiocres, la grosse caisse médiatique se chargeant de faire monter la mayonnaise.

Ainsi, mercredi, l’exfiltration d’une femme brandissant une pancarte accusatrice montrant Marine Le Pen et réunis dans un même cœur lors de la conférence de presse de la candidate a-t-elle suscité une immense réprobation. Sur Twitter, a donné le la : « Chez Marine Le Pen, la vérité qui dérange, on la sort par les pieds. » La polémiquscule était partie. Le soir, on ne parlait plus que de cela sur les plateaux télé. Même le débat -Bardella, sur BFM TV, s’y est attardé longuement. Un peu étrange, à tout le moins, pour une émission prétendant comparer les programmes des deux protagonistes.

Personne, en revanche, pour s’étonner qu’une élue de la République - conseillère municipale EELV, en l’occurrence, puisqu’il s’agissait de Pauline Rapilly-Ferniot - aille perturber, en usant de subterfuges dignes d’une militante de l’UNEF, la conférence de presse d’une candidate à l’élection présidentielle, réservée à des journalistes dûment accrédités. Selon l’entourage de Marine Le Pen, l’élue s’est installée dans la salle avant tout le monde, avant même l’arrivée de l’organisation. Elle a fait mine de parler aux techniciens avant de se fondre ensuite dans la salle, une fois celle-ci remplie (avec notamment 200 journalistes étrangers).

Sur son compte Twitter, Pauline Rapilly-Ferniot s’étend sur son exploit - elle a, pour ainsi dire, tâté des geôles de Poutine, n’est-ce pas ? -, évoquant, à la terrasse d’un café ensoleillé, son « mal de tête » sûrement dû à son « plaquage au sol » de la veille, et notifiant aux journalistes que son « téléphone [plantant], ils pouvaient lui écrire en message privé sur Twitter ». Ceux-ci ont répondu présents, la revue de presse est impressionnante : BFM TV, la matinale de RMC avec Apolline de Malherbe s’il vous plaît, et pas moins de trois articles sur le site de Libération - un tel événement, il fallait au moins ça - avec une introduction qui ne manque pas sel : « Le collectif Ibiza [dont fait partie Pauline Rapilly-Ferniot, NDLA] s’en prend d’habitude au gouvernement par ses actions coup de poing, mais, depuis le soir du premier tour, il a décidé de s’attaquer à Marine Le Pen. La réponse n’est pas exactement la même. »

Mais si. La réponse est partout exactement la même, les agents de sécurité, quel que soit le concerné, ayant été à même école. Depuis ce jeudi matin, une autre vidéo, prise celle-ci lors du passage d’Emmanuel à Strasbourg, est devenue virale : pendant qu’Emmanuel Macron s’exprime devant la foule, deux homme exfiltrent un trublion… en le traînant à terre par les pieds. Et convenons que le pavé autour de la cathédrale, dans la vieille ville de Strasbourg, peut laisser plus de traces que le « marbre de luxe » qui « glisse plutôt bien » des salons Hoche, selon la description qu'en a fait ironiquement Pauline Rapilly-Ferniot elle-même au micro de BFM. Pourtant, ce Strasbourgeois réfractaire est resté anonyme, n’a pas été invité chez Apolline de Malherbe ni interviewé par BFM TV, n’a pas fait l’objet de trois papiers dans Libé et doit soigner seul ses bleus, s’il en a.

Christophe Castaner - en dépit des multiples sollicitation reçues sur Twitter l’invitant à commenter cette autre « vérité qui dérange » et que « l’on sort par les pieds » - n’a pas manifesté une once d'intérêt pour cet épisode. Que ce Strasbourgeois ne compte pas non plus sur un élan de solidarité de Pauline Rapilly-Ferniot, celle-ci, bien qu’ayant été la cheville ouvrière de l’Ibizagate de Blanquer, anime, depuis dimanche, des ateliers sur Twitter intitulés « Besoin d’aide pour se motiver à voter Macron ? »

Pour se consoler, il pourra se dire qu’il a sans doute été traîné à terre affectueusement. Et ça change tout, n’est-ce pas ?

14 avril 2022

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