La France est certes une nation éminemment littéraire dans laquelle la politique n’est jamais loin de la philosophie ; mais à droite, le concept prend désormais des dimensions stratosphériques. Surtout quand s’y mêlent considérations d’ordre mystico-religieux, relatives à l’éternelle quête de la femme ou de l’homme providentiel. À l’époque de Jeanne d’Arc ou de Napoléon, voire même celle du général de Gaulle, cela pouvait encore « faire sens », comme on dit. Mais aujourd’hui ?

Il y a quelques jours, notre confrère Henri Feng évoquait, un peu hâtivement peut-être, un « schisme dans la nationale. » Un « schisme », rien que ça ! Comme entre sunnites et chiites, catholiques et protestants, Beatles et Rolling Stones ? L’ langagière n’est jamais bonne conseillère. Surtout quand le vocable de « nationale » ne recouvre aucune véritable réalité politique tangible ; comme s’il y avait la droite de Ouagadougou (LR) et celle de Saint-Cloud (RN). Car de fait, il y a plusieurs droites – trois, à en croire le politologue René Rémond –, toutes « nationales », mais aux idées divergentes, voire même antagonistes.

Georges Michel, autre de nos confrères, résume finalement mieux la situation : « La droite française est sans doute la championne du monde des occasions perdues. C’est peut-être ce qui fait son charme avec ses demeures. Au fond, le syndrome du comte de Chambord. » Celui-ci refusa de prendre le pouvoir, craignant de flétrir l’idéal royal. Fort bien. Il garda les mains propres, mais n’avait plus de mains, et il en fut à jamais fini de l’esquisse d’un simple début d’espoir de restauration monarchique.

Aujourd’hui encore, la même ritournelle se joue avec Marine Le Pen. Certes, les sondages ne font pas une élection, surtout un an avant le scrutin ; mais jamais les « idées patriotes », avec tous les guillemets de circonstance, n’auront été aussi proches du but final. Mais ce n’est pas assez aux yeux de certains, qui la trouvent « trop à gauche », pas assez « à droite », ou le contraire. Et qui, surtout, n’ont pas de mots assez rudes pour la clouer en place publique à cause de son débat de l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle de 2017. Et alors ?

François Mitterrand a littéralement foiré celui l’opposant à Valéry Giscard d’Estaing, en 1974 ; cela ne l’a pas empêché de réussir sept ans plus tard. Pareillement, Jacques Chirac s’est vautré dans les grandes largeurs en 1988, face au même François Mitterrand. En 1995, il parvenait à l’Élysée ; comme quoi…

Au passage, voilà qui rappelle d’autres hurluberlus qui, en 1998, estimaient que Jean-Marie Le Pen avait dépassé la date de péremption, tandis que Bruno Mégret incarnait « l’avenir ». Les mêmes ne jurèrent après que par Marine Le Pen, avant d’en pincer pour Marion, pour ensuite regretter le bon vieux temps de Jean-Marie. On notera qu’entre-temps, ces derniers s’enflammèrent pour Philippe de Villiers, deux Charles (Millon et Pasqua) et quelques généraux, dont Pierre de Villiers.

Entre-temps, passant d’un fan-club à l’autre, ces donneurs de leçons n’en ont désormais plus que pour le prochain messie : Éric Zemmour. Il faut vraiment avoir forcé sur l’anisette en plein soleil pour imaginer qu’un journaliste, aussi talentueux soit-il, puisse se transmuter en candidat plausible à l’élection présidentielle, alors qu’il ne le veut pas, évidemment conscient de ses propres limites et, par ailleurs, revenu d’une hypothétique « union des droites ».

Au fait, le but de la prochaine élection présidentielle est-il de faire gagner la droite ou la France ? Si la seconde option prévaut, que ceux qui font profession d’être plus patriotes que les patriotes votent Marine Le Pen ou s’en aillent jouer aux billes. La France, et même la droite, ne s’en porteront que mieux.

15 mars 2021

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