Les choses sont dites : ne peut pas gagner l’élection présidentielle de . C’est écrit. Comme il était écrit que le général de Gaulle devait passer au premier tour en 1965, qu’Édouard Balladur devait gagner en 1995, que Lionel Jospin devait être au second tour en 2002 ou que François Fillon, en 2017, n’avait plus qu’à faire retoucher légèrement son plus beau costume pour la photo officielle. L’Histoire devrait nous apprendre la modestie en matière de pronostics. Elle devrait aussi nous servir de leçon. Surtout à droite.

La droite française est sans doute la championne au monde des occasions perdues. C’est peut-être ce qui fait son charme avec ses demeures. Au fond, le syndrome du comte de Chambord. En 1871, après l’effondrement de l’Empire, la défaite, la Commune, tout semblait prêt pour une restauration des Bourbons : les esprits, une France rurale conservatrice, l’Assemblée nationale majoritairement monarchiste… et même le carrosse. Le dernier rejeton de la branche aînée des Bourbons refusa-t-il le trône qu’on lui servait sur un plateau parce qu’il ne voulait pas du drapeau tricolore ? Les avis sont partagés. Il n’empêche que ce Grand Refus du comte de Chambord, pour reprendre le titre de l’ouvrage du duc de Castries, est resté comme le symbole des occasions manquées. Sur 644 députés, l’Assemblée nationale comptait alors 396 royalistes (214 orléanistes, 182 légitimistes). Quatre ans plus tard, ils n’étaient plus que 55 sur 521 députés… Les plats en argent massif ne passent pas deux fois.

Ce petit détour historique pour rappeler qu’il faut savoir ce que l’on veut. Certes, l’action politique doit reposer sur des principes, sur des convictions fortes, mais la victoire politique est affaire, non pas de compromissions, mais de compromis. La recherche d’une sorte de pureté absolue relève de la chimère car le candidat idéal n’existe pas. Alors, chacun y va de son petit portrait-robot pour 2022. Ce n’est, d’ailleurs, pas sans rappeler la campagne qu’avait lancée L’Express, en 1963. pour l’élection présidentielle de 1965. On y dessinait le portrait d’un certain « Monsieur X », capable de s’opposer au gaullisme, et on inventa Gaston Defferre… Ce fut Mitterrand. Et à l’élection de 1969, Defferre fit 5,01 % des voix…

Aujourd’hui, donc, la campagne « Dessine moi un mouton à cinq pattes » bat son plein. Des noms, on en a tout plein à vous donner. En gras, en filigrane plus ou moins fin. Par allusion ou illusion. Mais surtout pas Marine Le Pen. Parce que ci, parce que ça. Les raisons, tout le monde les connaît, les répète en boucle depuis 2017. Bref, le Marine bashing tourne à bloc. Et visiblement, ça marche. Chacun veut son petit comte de Chambord qui renverra à ses chères études. On connaît bien la fin de l’histoire mais c’est pas grave, on alimente la machine à perdre. Plutôt que d’envisager de se rallier en tentant d’infléchir des aspects programmatiques qui, tout de même, ne relèvent pas de l’essentiel, on préfère ce qui au fond relève de l’esthétique du suicide. Les adeptes du complot et des combinazione diront que c’est Macron qui les finance ou Xavier Bertrand, ou qui sais-je encore, le roi de Prusse aussi, pendant qu’on y est. Pas la peine. L’acte gratuit n’a pas besoin de valises de billets. La bêtise non plus.

Marine Le Pen ne gagnera peut-être pas en 2022, mais ce qui est certain, c’est qu’au rythme du petit jeu qui se développe jour après jour, ici et là, de petite phrase en phrase définitive, de mépris des lois de la gravité (les candidats à la présidence de la République française ne tombent pas du néant subito), c’est la droite française attachée à l’identité et la souveraineté de notre pays qui risque de disparaître par la porte de service de l’Histoire.

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