C’est Jean, en CM1, qui l’annonce fièrement à son papa ce matin : « Aujourd’hui, à l’école, ce sera journée éco-citoyenne ! » Au programme, fabrication en carton – recyclable, on s’en doute – d’une maquette montrant le circuit de traitement des déchets. On suivra le passionnant parcours de tous ces produits que l’on vend, que l’on achète et que l’on jette à un rythme toujours plus infernal. Et on en fera une belle exposition de premier trimestre, en papier crépon, pour sensibiliser les parents après avoir enseigné aux enfants. Pour Noël, ce sera toujours mieux que de chanter devant un arbre mort.

En parallèle, on n’aura pas oublié d’acheter les aliments de la cantine à des centrales ignorant les circuits courts, de jeter à la poubelle la moitié des salsifis-cordon bleu surgelés honnis de nos petites têtes blondes et de surcharger le cartable de cahiers dont un petit quart des 96 pages sera finalement noirci. Car il faut bien le reconnaître et l’accepter, l’école du nouveau monde ne peut laisser qu’un temps infime à l’instruction. L’urgence, elle est climatique, elle est sanitaire, elle est écologique. Les parents doivent demeurer éloignés des grilles de la classe, principe de précaution oblige. Les enfants, eux, manœuvrent entre la poubelle jaune et la poubelle verte, et passent leur récré à bonne distanciation sociale, et apprennent chaque matin les nouveaux commandements : de gel tu t’enduiras, comment tes mains plusieurs fois par jour tu laveras, tes déchets tu trieras, la planète tu aimeras, la cause animale tu porteras…

La jeune Greta a bien eu raison de cesser sa grève scolaire : le combat pour le climat, c’est désormais à l’école qu’il se mène, et nul besoin de voyager à travers le monde, d’invectiver les dirigeants tremblants de peur sous son regard réprobateur, de mettre à genoux médias et options internationales : c’est dans les cours d’école que se concentre aujourd’hui l’apprentissage à la bonne conscience climatique, avec tous ses excès, ses incohérences et ses dogmes. Trois ans, ce n’est pas trop tard pour entrer dans les consciences enfantines et bâtir une conscience collective.

Et dans quelques années, on se réjouira de voir se lever une génération nouvelle, une génération écologique, sanitaire, planétaire : la génération éco-citoyenne. Elle déboulonnera les dernières statues de figures historiques dont elle n’aura jamais appris le nom à l’école et elle érigera, à la place, des forêts urbaines dans les nouvelles agglomérations mondialisées de Bordeaux, de Lyon ou de Grenoble… Une France d’après dans le monde d’après, dont le règne s’étend déjà aujourd’hui.

« Bonne journée, petit Jean », aura tout juste le temps de lui dire son père, avant que la porte de l’école ne se claque lourdement. Non sans un dernier avertissement de la gardienne solidement postée devant l’usine à lavage de cerveaux : « Pas si près : il faut porter votre masque, Monsieur ! »

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