[POINT DE VUE] Houria Bouteldja se rêve en nécromancienne de Mélenchon

Rappelons-nous les communistes iraniens, qui finirent tous pendus par ceux dont ils avaient voulu utiliser le combat comme tremplin.
Capture d'écran Le Figaro.
Capture d'écran Le Figaro.

Au livre VI de La Pharsale, Lucain brosse le tableau sanguinolent, atroce et grand-guignolesque avant l’heure d’une nécromancienne, Erichtho. Consultée par Sextus, l’un des fils de Pompée, la repoussante magicienne invoque les forces du mal pour ramener d’entre les morts un cadavre de soldat qui, parce qu’il a franchi la porte des Enfers, connaît l’avenir. Houria Bouteldja, qui n’aime pas beaucoup la culture occidentale classique, repousserait probablement cette comparaison avec force, mais ses récents propos sur Mélenchon lui donnent, dans l’idée qu’elle se fait de sa propre action, un rôle comparable à celui d’Erichtho. Prédire l’avenir... et utiliser le cadavre d’un apparatchik pour le faire parler.

Mélenchon, un butin de guerre

Lisez plutôt ceci : « J'expliquais à une fille qui ne voulait pas voter Mélenchon qu'elle ne pouvait pas ne pas voter pour lui, car c'est un butin de guerre. C'est nous, à l'intérieur. C'est nous qui participons à l'écriture de l'histoire de ce pays en transformant cette gauche. » Relisons ceci : « c’est nous, à l’intérieur ». Et la suite est à l’avenant : « Pourquoi nous, on soutient LFI ? Parce qu'on les aime ? Non, mais parce qu'on est des militants politiques. Ne pas la soutenir c'est renier 15 ans de lutte. On se doit de reconnaître notre œuvre. Quand notre œuvre existe et renaît à travers un autre corps, notre devoir à nous, c'est de continuer à la faire vivre. »

Houria Bouteldja n’est pas n’importe qui. Auteur (autrice ?) de Les Blancs, les Juifs et nous, entre autres, la fondatrice du Parti des indigènes de la République (PIR) a des intentions claires : « Notre simple existence, doublée d’un poids démographique relatif (1 pour 6), africanise, arabise, berbérise, créolise, islamise, noirise la fille aînée de l’Église, jadis blanche et immaculée, aussi sûrement que le sac et le ressac des flots polissent et repolissent les blocs de granit aux prétentions d’éternité », a-t-elle, par exemple, écrit en 2009. Elle déteste la France éternelle, à laquelle elle dénie d’ailleurs cet adjectif. Elle a su reconnaître, dans les outrances du vieux trotskiste, le fond de sauce raciste anti-Blanc, antifrançais, antisémite, pro-islamiste, décolonial. Mélenchon croit qu’il instrumentalise les musulmans pour se faire élire. Houria Bouteldja est beaucoup plus intelligente que lui : elle a compris que c’étaient les décoloniaux, les antisémites, les « quartiers », bref, la « nouvelle France », qui, comme des ventriloques des ténèbres, faisaient parler le cadavre du gros sénateur socialiste, militant de profession, gavé de subsides d’État depuis toujours, alors que celui-ci avait cru changer d’éléments de langage comme les trotskistes changent de fidélités apparentes, pour mieux pousser leurs objectifs (voyez Jospin en son temps).

Hassan, Bagayoko et d’autres disent la même chose

Il n’y a pas si longtemps, Mme Bouteldja, très finement analysée ici (La question nationale : un retour de flamme marxiste - Cause commune) par un militant communiste, proposait une alliance des « beaufs » et des « barbares » (ce sont ses termes) en incitant les quartiers arabo-musulmans à se réapproprier l’idée de patrie. Elle semble n’avoir plus besoin de ces oripeaux tricolores, assez soraliens au passage - ce qui est plutôt ironique. Elle n’en a plus besoin, car la nouvelle France se lève, et elle en est l’un des porte-étendard, elle n’en a plus besoin car dans le corps de Jean-Luc Mélenchon vit l’œuvre des décoloniaux. Il n’y a qu’à regarder comment Rima Hassan, Bally Bagayoko et d’autres disent exactement la même chose.

Houria Bouteldja a popularisé le mot « souchien » qui (elle assure que c’est un hasard) se prononce exactement comme « sous-chien ». Thomas Guénolé, pourtant assez peu fasciste, lui a prouvé, sur le plateau de Ce soir (ou jamais !), en 2016, que son livre Les Blancs, les Juifs et nous était raciste, homophobe et misogyne. Elle n’a jamais renié ses combats, ce qui est honorable, même si ses combats son terrifiants. Et maintenant, avec l’utilisation de LFI, les choses sont claires...

Alors, nécromancienne de Mélenchon, Houria Bouteldja, comme elle le proclame ? Honnêtement, c’est plutôt vrai. En cas de victoire de LFI, il y a fort à parier que le sort de Mélenchon, Bompard, Panot et les autres soit comparable à celui des militants communistes du Tudeh iranien, compagnons de route de Khomeyni. Ils finirent tous pendus par ceux dont ils avaient voulu utiliser le combat comme tremplin.

Picture of Arnaud Florac
Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

22 commentaires

  1. On nous présente souvent Mélenchon comme un fin stratège en politique, un rhéteur de première alors que ce n’est qu’une marionnette. Sa qualification au deuxième tour de la présidentielle assurerait la victoire du RN les autres partis, les juges et les journalistes aux ordres feront le nécessaire pour empêcher une telle confrontation. Soit il ne pourra pas se présenter soit il sera relégué à la troisième place.

  2. Ce qui est fascinant, c’est de voir le nombre de politique ou assimilés qui n’ont comme unique obsession que la lutte des classes, la révolution, le soulèvement d’une partie de la population contre l’autre. Mais les français dans leur majorité ne sont pas dans cette dynamique. Ils ne demandent qu’à vivre honnêtement de leur travail, en harmonie avec les autres pourvu qu’ils les respectent. En fait tous ces gens qui veulent transformer la France ne veulent qu’une seule chose, le pouvoir et profiter des ors de la République.

  3. les anti-France sont face à un paradoxe insurmontable : veulent-ils transformer le pays où ils vont vivre en un bidonville tiers-mondiste ? Leur posture est totalement inepte ! … si ses idées gagnent, cette salariée de Jack Lang à l’institut du monde arabe sera dûment renvoyée voilée dans ses foyers avec eau et électricité intermittentes et un mari autoritaire. En réalité, cette dame, comme son camarade Bagayoko, est surtout une petite bourgeoise gauchiste bien de chez nous. Elle est bien plus assimilée qu’elle ne le pense elle-même. Mais elle est assimilée au gauchisme français.

Laisser un commentaire

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

Eliot Deval encense le travail de BV !
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois