Quand, il y a déjà une semaine, j’ai entendu Christian Jacob, sur RTL, insulter Thierry Mariani en sortant l’artillerie des métaphores animales, je me suis dit que l’heure devait être grave, chez LR, pour que ce bon et placide saint-bernard de Jacob se mue en chien de meute. Pour mémoire, il avait accusé le leader de la liste RN en PACA d’avoir « autant de convictions qu’un chien devant un sac de croquettes ». Je me suis dit aussi que, sur le fond, l’accusation était énorme et même cocasse quand, dans cette tambouille LR-LREM, celui qui ressemblait le plus à un chien affamé de croquettes, c’était quand même notre ami Muselier.

Au moment où Mme Cluzel, l’intermittente du spectacle à la visière, vient une seconde fois, en dix jours, de se retirer pour sauver le soldat Muselier, donné perdant par les sondages dans tous les cas de figure, et au moment où l’intéressé vient de rendre publique sa liste macronisée, je me suis souvenu du pedigree du petit-fils de l’amiral.

Jacques Chirac, qui avait l’art de la métaphore animalière bien pensée ( en Poussinette), avait baptisé le jeune loup du RPR « Museau ». C’était bien vu, sympathique, et disait déjà tout. Mais l’intéressé, en gentil chien de compagnie, avait lui-même adopté le surnom donné par son maître. Un portrait de l’homme-chien intitulé « Homme à tout flair », dans Libération, en 2003, alors qu’il avait enfin obtenu son maroquin en tant que secrétaire d’État aux Affaires étrangères du gouvernement Raffarin, vous dira tout du bonhomme. Il n’y a rien à changer.

Sur son appétit pour les croquettes « matignonesques », hier de la marque Raffarin, aujourd’hui Castex : « Je me suis vu dans Juppé 1, dans Juppé 2, dans Raffarin 1… » Chaque fois déçu, le gars si fidèle à son Chichi, petit soldat qui attend en vain le remerciement pour avoir, en 1995, refusé de passer chez Balladur. Pour Raffarin 1, il a failli chialer : « Quand vous entendez deux fois “Renaud” dans l’annonce d’un gouvernement et que ce n’est pas vous, c’est comme si on vous donnait un coup de poignard », pleurniche-t-il à l’hebdo marseillais Le Pavé.

Sur ses compétences ministérielles au quai d’Orsay : « Le grand Jacques se méfie toujours du petit Renaud. Muselier aux Affaires étrangères, ça fait rigoler. Même lui : “Je n’étais pas programmé pour ça. Mais j’y suis.” »

Ses convictions : « Certains prétendent qu’il a plus d’ambition que de convictions. Méchant. […] À part ça, sur l’échiquier des idées politiques, on ne sait pas trop où il se positionne. Il vibrionne. Son concept politique : va-va-voum. Pas grande consistance, mais grand sourire, ça compense. Et derrière ? “Il a l’air d’un enfant de chœur, mais c’est un vrai tueur”, dit Christophe Madrolle (Verts). “Il sait tacler. Et quand il tacle, les gens ne se relèvent pas facilement. Il est très machiavélique. Il sait ce qu’il veut et se donne les moyens d’atteindre ses fins, y compris par de drôles de combinaisons.” »

Et notre confrère de Libé de rappeler les petites trucs électoraux de Museau pour faire tomber un adversaire : susciter des candidatures de diversion pour tromper l’électeur : un Olmeta bis contre un candidat Vert du même nom… Eh oui, déjà, il y a vingt ans… Aujourd’hui, avec l’opération Cluzel, Museau a transposé sur la scène nationale ses pratiques marseillaises. À moins que ce ne soient Emmanuel Macron et Jean Castex, qui aient choisi Muselier comme chien d’aveugle dans une région où les Marcheurs sont plus que rares.

Ils semblent juste avoir oublié une chose, Museau et ses nouveaux amis : aux dernières municipales à Marseille, les partis qui ont perdu, ce sont et LR. Le grand Jacques a dû oublier de leur dire que Museau n’a rien d’un chien de sauvetage.

En tout cas, il faut saluer la performance dudit Muselier : faire de Chirac et de Libé de grands prophètes politiques. Il faut aussi rappeler que ce portrait précédait les régionales de 2004 où conduisait, déjà, la liste UMP (LR de l’époque) pro-gouvernementale. Et, déjà, Renaud Muselier avait échoué.

15 mai 2021

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