Des pétroliers quittent la France : bientôt une pénurie de carburant ?
Les uns après les autres, les géants mondiaux du pétrole se débarrassent de leurs réseaux de distribution de carburants routiers en France.
Désengagement des pétroliers
Ainsi, BP avait dans un premier temps cédé l’exploitation de ses 300 stations-service à des franchisés. Puis 200 stations BP sont passées sous pavillon Esso (groupe américain Exxon Mobil). Le réseau Esso, qui avait atteint alors les 800 points de vente, a depuis été repris par le pétrolier canadien North Atlantic, qui a aussi racheté en 2025, à Exxon Mobil, la raffinerie de Port-Jérôme-Gravenchon, créée par Esso en 1933. On parle maintenant d’un départ de l’Anglo-Néerlandais Shell, dont le réseau de distribution compte, à ce jour, 85 stations-service en France métropolitaine. Ne resteraient donc, comme réseaux de pétroliers, que le Français TotalEnergies, le plus nombreux, avec 3.200 stations, et l’Italien ENI, qui en revendique 170. Ce à quoi on peut ajouter les 878 stations sous pavillon Avia, même si Avia International n’est pas un pétrolier mais un groupement de 90 pétroliers présents en Europe.
Progression des distributeurs alimentaires
La disparition de la plupart des groupes pétroliers est à considérer dans un contexte de forte domination de la grande distribution alimentaire. Comme le confirme l’étude réseau 2024 de l’Union française des industries pétrolières (UFIP), cette dernière, qui représente aujourd’hui 60 % des stations-service en France, écoule surtout 62,7 % des volumes de carburant routier vendus. Et cette part ne cesse de croître.
Or, comme toujours, qui domine fortement un marché lui impose des règles. Interrogé par BV, le spécialiste de l’énergie Philippe Charlez nous le confirme : « Pour Carrefour ou Leclerc, l'essence n'est pas du tout faite pour gagner de l'argent. C'est simplement un produit d'appel pour attirer la clientèle dans leurs magasins. »
À ce sujet — Flambée du prix des carburants : et si on suspendait les certificats d’économie d’énergie ?
Et dans des réseaux de grande distribution dont le principal argument concurrentiel est déjà de vendre moins cher que leurs concurrents indépendants, le « prix d’appel » amplifie encore la tendance. « Depuis qu’elles vendent du carburant, les grandes enseignes alimentaires font de faibles marges et tirent donc les prix vers les bas », explique Philippe Charlez, qui ajoute que les autres acteurs étant contraints de s’aligner, « contrairement à ce que dit La France insoumise, la distribution de carburant est très peu rentable ».
Les indépendants, premières victimes
Cette domination toujours plus forte de l’alimentaire sur le marché des carburants ne cesse de faire des victimes chez les stations-service indépendantes, qui n’arrivent plus à dégager une marge suffisante pour que leur affaire reste rentable. Et ces indépendants n’ont pas, non plus, la puissance financière qui permet de survivre quand survient un coup dur. Les chiffres de l’UFIP confirment que le réseau indépendant a particulièrement souffert de l’épisode Covid-19, et il faut s’attendre à une nouvelle série de fermetures avec la crise d’Ormuz, qui s’annonce durable. « À la fin de l’année 2024, la France comptait 10.806 stations-service en activité, selon les chiffres d’UFIP Énergies et Mobilités, dont 70 % dans les zones rurales. Il y en avait 47.500 en 1975 », rappelle Transitions & Énergies.
Conjugaison d’effets pervers
La grande distribution, sur le marché de l’essence comme sur d’autres, fait donc des dégâts collatéraux importants. Mais elle est loin d’être la seule. Si le désengagement des pétroliers est européen, ces derniers fuient plus encore, en France, que chez nos voisins une rentabilité devenue trop faible, et principalement du fait, explique Sud Radio, de taxations « trop élevées par rapport aux autres marchés mondiaux » sur le litre de carburant vendu à la pompe. Chez nous, « les certificats d’économie d’énergie s’ajoutent aux taxes », rappelle Philippe Charlez. Et si le départ des pétroliers « ne devrait pas avoir d'incidence » sur les prix, estime Sud Radio (la tendance marché étant imposée par la distribution alimentaire), le risque de pénurie serait, par contre, réel. « De nombreuses stations devraient fermer, notamment en périphérie des villes et dans les zones urbaines. »
Mais, fait remarquer aussi Transitions & Énergies, « des groupes pétroliers ont déjà fait valoir des clauses dites de force majeure pour limiter leurs livraisons de pétrole et de gaz à certains clients. Ce que TotalEnergies s’est refusé à faire en France. » Or, la situation change et, libérées « de leurs obligations auprès de leurs réseaux de stations-service, certaines compagnies pétrolières étrangères pourraient se désengager encore plus facilement du marché français ». Comme disent les golfeurs, « on n'est pas sortis du sable ».
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31 commentaires
Alors que la Russie e du pétrole en quantité astronomique et Monsieur Poutine est entièrement disponible à nous en vendre. Faudrait songer à remplacer nos incompétents de dirigeants.
Voilà où nous en sommes ! La politique macroniste a tout vendu et maintenant fait fuir le reste des entreprises . Nous sommes véritablement à l’aube de notre « tiers mondialisation » …..Nos enfants et nos petits enfants seront dans la mouise . Pauvre de nous !
Lorsqu’il ne restera plus qu’eux pour distribuer l’essence (et plus tard l’électricité), les grands distributeurs imposeront leur loi et chasseront les petits commerçants. Exactement comme ils l’ont fait avec les épiceries.
Ne perdons pas de vue l’essentiel : qui nous vend aujourd’hui du poulet ukrainien et demain brésilien ? Ce n’est pas votre boucher du coin. Alors, le cinéma du patron d’une enseigne qui prétend défendre le pouvoir d’achat des Français ainsi que la souveraineté alimentaire, à d’autres. Il transpire la fausseté.
La loi du marché, bien sûr, mais que restera-t-il de l’aspect humain et du service ?
Ils sont moins chers. Oui, car pour l’instant, « l’essence » reste un produit d’appel, tant qu’ils ne contrôlent pas au moins 80 % du marché. Ensuite, ce sera leur prix, et le dernier sera Total… s’il reste.
A
La question est de savoir si la grande distribution pourra s’engager à toujours livrer du carburant ou si le gouvernement ne veut pas profiter d’une pénurie générale pour que seule une certaine classe puisse continuer à se déplacer et à poursuivre certaines activités.
a peine 10% de noter consommation passe par le detroit d’Ormuz ,il se trouve que cette situation ne peut en aucun cas nous atteindre,tout cela n’est que cinéma organisé par des escrocs en tous genres qui se sont encore engraissés grace aux mouvements boursiers !
C’est entièrement vrai pour le carburant.
Beaucoup moins pour les engrais et les différents gaz.
« On n’est pas sorti du sable » d’autant plus qu’on fait l’autruche pour ne pas regarder la réalité en face. La France s’appauvrit et en matière économique reste en rade. C’est bateau hein ?
Dans votre tableau manque Elan, qui me semble de faible dimension. Il est intéressant de noter que des communes (j’en connais au moins deux en Bretagne) installent leurs propres stations services à faibles marges. Des stations services installées avec les impôts de ces communes (donc des con tribuables) afin de récolter les taxes d’état sur ces mêmes carburants…Qui c’est qui paye? Nicolas!
dans le village à 7 kms du mien, la mairie gère la station service, pratique mais hors de prix
Il y a longtemps que les pétroliers étrangers réduisent leurs activités ; Shell a fermé sa raffinerie de Berre, BP vendu celle de Martigues et les licences d’importation de produits raffinés n’ont pas arrangé les choses.
Voilà qui devrait réjouir macron. Lui qui ne rêve que de véhicules électriques, fabriqués en Chine puisque l’industrie française est poluante.
C’est ce qu’ils ont de mieux à faire.