Pour l’irremplaçable écrivain G.K. Chesterton, notre monde serait empli de « vertus chrétiennes devenues folles ». Mais ne serait-ce pas, tout simplement, notre monde qui serait devenu fou ? Ou alors notre monde dirigé par une oligarchie mondialisée qui, elle, ne perdant jamais le nord, tenterait, à défaut de nous rendre fous, d’au moins nous aveugler.

Ainsi, l’immigration de masse déferlant actuellement sur l’Europe. Au début, c’est youpi la fête ! Puis, la photo du cadavre d’un infortuné gamin échoué sur une plage, photo qui fait le tour de la planète, et aussitôt, le délire émotionnel. On ne réfléchit plus : on compatit et nous serons tous de bons samaritains. Et qui ne compatit pas se trouve, de fait, tenu pour salaud sans cœur. Puis, des hordes de gueux qui arrivent, tremblant de froid, de soif et de faim sur les côtes de notre eldorado présumé.

Des « familles entières », nous est-il assuré. Marrant, tout de même, de constater à quel point la vision de cette « famille » peut être à géométrie variable, surtout en ce jour où l’intitulé du ministère concernant le sujet éponyme se verra bientôt affublé d’un « s », histoire de ne pas froisser ces familles d’un autre genre, celle de Pierre et Paul, Pierrette et Paulette qui, vu leur livret familial, auraient sûrement quelques difficultés à s’assimiler en contrées islamo-orientales.

En effet, ces « familles », on les voit assez peu sur les photos. Marine Le Pen fut l’une des premières personnalités politiques à lever le lièvre – ou le fennec -, à peu près en même temps que l’auteur de ces lignes et ses confrères de Boulevard Voltaire. Kléber Arhoul, coordinateur national de l’accueil des réfugiés, reconnaît : “La population accueillie est très majoritairement masculine. La preuve en est que les demandes d’hébergement d’urgence concernent presque exclusivement des studios.”

Et le même de souligner la « diversité des professions » des impétrants : “Tous les ne sont pas des ingénieurs en pétrochimie ou des médecins. […] Il y a des agriculteurs, des commerçants, aussi des chômeurs.” Ça tombe bien : on en manquait, en France…

Mais c’est sur les chiffres que l’histoire devient autrement plus intéressante, ces derniers venant encore contredire la puissance des images et l’inanité des propos de notre actuel personnel politique, sachant que d’un côté, on nous montre d’interminables cohortes de gueux tout en nous assurant de l’autre qu’il ne s’agit, pour la seule France, d’en prendre seulement en charge 31.000 réfugiés et d’en relocaliser 160.000. Pourtant, en 2015, Kléber Arhoul affirme que plus d’un million de migrants sont déjà entrés en Europe, tout en ajoutant : “Je pense que les flux seront de plus en plus importants.” Où est passé le reste, soit quelques centaines de milliers d’individus ? L’histoire ne le dit pas.

Ce que Kléber Arhoul ne dit pas non plus, c’est qu’il est réduit à l’état d’un médecin condamné à soigner les effets d’une maladie, s’en sans prendre aux véritables causes. La première voulant que ces pays d’Orient qui vivaient jusque-là dans une stabilité relative sont désormais la proie d’un chaos créé par les Occidentaux, ce, pour de basses raisons gazières et pétrolières.

La seconde, sûrement plus profonde, a déjà été pointée par la plume de l’essayiste Hervé Juvin. Nous voulions, à l’instar d’un Jacques Attali, une humanité nomade qui ferait son beurre en une transhumance permanente, une humanité ayant grandi hors-sol, sans racines ni attaches, une humanité ne croyant plus qu’en une croissance infinie, une richesse sans limites. C’est l’hubris, la démesure crainte par nos ancêtres grecs : la volonté d’un « toujours plus » qui n’a pas forcément les atours d’un « toujours mieux ». Nous y sommes. Et pas au mieux de notre forme, semble-t-il.

4 mars 2016

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