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Coronavirus - Editoriaux - Politique - 16 mai 2020

Macron, le « général en chef » face à ses troupes à bout

« On ne croit plus en vous. » La sentence est sans appel. Elle n’émane pas d’un de ces ahuris de la campagne 2017 qui voyaient en Macron une sorte de prophète des temps nouveaux. Ceux-là, on les imagine confinés dans leur télétravail mais répondant toujours présent à l’appel de 20 heures pour applaudir le personnel soignant comme il se doit. Non, cette confession est celle d’une infirmière ou d’une aide-soignante de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris où le président de la République était en visite vendredi. Cri du cœur, de détresse, de désespoir. De rage, peut-être, aussi. Terrible, en tout cas, à bien y réfléchir.

Depuis deux mois, Macron et son gouvernement filent la métaphore sur le thème de la guerre. Sur la ligne de front, le personnel soignant. En deuxième ligne, ceux qui s’activent au contact du public pour que le pays continue à manger, à vivre ou survivre, à fonctionner un minimum. Le confiné sur son canapé fut promu en combattant de troisième ligne. Ne pas bouger une oreille calfeutré chez soi devint un acte de combat. À la tête de cette armée, un général en chef, , multipliant d’ailleurs les conseils de défense dans son bunker élyséen. Macron, c’était Clemenceau, osaient même certains. À son élection, on l’avait bien comparé à Napoléon. Un jour, donc, Macron allait patauger dans la boue de la tranchée hospitalière, le lendemain, il rendait visite à une usine de fabrication de casques lourds – pardon, de masques – en attendant le pont aérien qui, plus fort que celui de Berlin de 1948-1949, « d’ici la fin juin », allait inonder le pays entier de cet objet de protection passé d’inutile à quasi obligatoire. Curieuse métaphore guerrière, diront certains, alors qu’en même temps de vrais ennemis tuaient dans nos rues au nom d’Allah ou que des gamins de vingt ans, loin de chez nous, mouraient pour la France dans une relative indifférence, il faut bien l’avouer. Curieuse ou indécente ?

Et voici que le général en chef, dans une nouvelle visite sur le front, alors que, Dieu merci, les choses semblent aller mieux, se prend une volée de bois vert à la popote, de la part de ces soldats en blouse blanche, épuisés par des semaines de combat, de jour et de nuit, succédant à des années de dégradation de leur conditions de travail. Pour un peu, il se voyait peut-être décrocher sa Légion d’honneur pour l’épingler sur la poitrine de l’une de ces braves, comme une avant-première des prochaines remises de décorations. Muselé par son masque, le général en chef perd d’ailleurs un peu de sa superbe habituelle, face à ces combattants de la première ligne de front très remontés. Compte tenu des circonstances, il peut difficilement les rabrouer, comme il sait pourtant si bien le faire. Alors, il oscille entre incantations habituelles, déclarant ne pas vouloir « que la bonne énergie retombe et que le désespoir s’installe », et explications technocratiques : « Je m’étais engagé à ce qu’on sorte progressivement de la tarification d’activité sur une stratégie “Ma santé 2022”. » Tout ça tombe un peu à plat. N’est pas Clemenceau ou Napoléon qui veut.

Napoléon, à la veille de la bataille de Wagram, faisait le tour des bivouacs. « Ah ! Mon empereur ! Tenez, tenez, prenez celle-ci, c’est la plus cuite… Non, celle-là, c’est la plus grosse… Ah ! Misérable que je suis ! Prenez-les toutes, sire », disait le grenadier en tendant au petit caporal des pommes de terre tirées des braises du feu de camp. Le grognard, qui mourra peut-être le lendemain, abattu par une balle autrichienne, se serait sans nul doute fait découper en morceaux pour son empereur. Il croyait en lui. Aujourd’hui, dans cette guerre, qui n’en est pas une, les troupes de choc ne croient plus au général en chef, qui n’en est peut-être pas un, d’ailleurs.

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