[POINT DE VUE] Quand l’idée de la « panthéonisation » de S. Paty met des profs mal à l’aise

Force est de constater que ces enseignants de gauche ont raison sur toute la ligne.
Samuel Paty

L’idée est venue de la sœur de Samuel Paty, Mickaëlle : faire entrer au Panthéon le professeur d’histoire assassiné puis décapité à la sortie de son lycée de Conflans-Sainte-Honorine. Cet assassinat hautement symbolique, qui avait été accueilli à grands coups de « plus jamais ça » et de « grande fermeté », n’avait pas été le dernier de la série, puisque Dominique Bernard, un autre enseignant, avait lui aussi été assassiné, lui aussi dans son lycée, lui aussi par un islamiste. Il n’y a pas de raison de croire que cela va s’arrêter mais, du moins, la sœur de Samuel Paty pense-t-elle qu’en faisant entrer son frère dans l’endroit que la « patrie reconnaissante » a utilisé pour les « grands hommes » en désacralisant une église pendant la Révolution, un symbole en remplacera un autre.

Ce n’est pas ainsi que l’entend un collectif d’enseignants en histoire-géographie, qui viennent de signer une tribune dans Le Monde pour exprimer leur malaise vis-à-vis de cette idée. Ces professeurs commencent par affirmer qu’ils n’ont rien à reprocher à Samuel Paty - ce qui est bien le moins. En revanche, ils éprouvent un certain malaise à ce que leur collègue se retrouve ainsi panthéonisé, selon le nouveau verbe du premier groupe consacré.

Ce qui les dérange en premier lieu, c’est le côté totémique de la figure unique, par opposition à la sacralisation d’un collectif, qui leur semble davantage dans l’air du temps. Ensuite, ce qui les dérange, c’est la sacralisation du martyre des profs. En d’autres termes, cela enverrait un signal bien particulier : « Ce geste nous chuchote que c’est à cela que devrait ressembler notre métier : endosser l’habit du croisé et en accepter les risques », disent-ils.

Instrumentalisation

« Ni hussardes, ni magiciens », ces profs semblent refuser l’hommage, fût-il collectif, et se définissent comme des « artisans », une figure qui a d’autant plus le vent en poupe que plus personne, ou presque, n’exerce véritablement de métier artisanal, à l’exception des cadres du tertiaire qui, au mitan d’une vie passée dans le RER A, se rêvent parfois en ébéniste ou boulanger.

Vient ensuite, dans cette tribune, un argument qui, pour le coup, pèse lourd : l’institution scolaire a interdit aux enseignants de se rassembler après la mort de Samuel Paty pour en parler entre eux. Elle ne fournit pas aux enseignants les conditions de décence élémentaire nécessaires au serein exercice de leur profession. En conclusion, les signataires de cette tribune demandent « le temps de la discussion collective ». Et ajoutent : « Toute précipitation comporte le risque d’une instrumentalisation. »

À la vérité, on ne saurait donner tort à ces professeurs. Tout le monde sait que le pouvoir macronien en agonie prolongée n’aime rien tant que les cérémonies. Tout comme les déplacements à l’étranger, les panthéonisations donnent un petit vernis régalien à un pouvoir impuissant et vermoulu. Il s’agirait donc évidemment, et les professeurs signataires l’ont bien vu, d’une instrumentalisation. Ils ont également raison d’ajouter que le sacrifice des profs ne doit pas être érigé en absolu enviable : à la différence des pompiers ou des soldats, ils ne signent pas dans la perspective d’offrir leur mort, mais offrent tout aussi noblement chaque heure de leur vie active pour former des enfants souvent ingrats. On pourrait aussi leur donner raison sur le côté daté de la figure totémique du « panthéonisé », mais il faudrait, pour aller au fond des choses, accepter de déconstruire le récit républicain du Panthéon, temple païen qui se voulait une version low cost et terrestre de l’apothéose romaine.

Force est de constater que ces enseignants de gauche ont raison sur toute la ligne. L’institution qui a lâché Samuel Paty voudrait s’en tirer à bon compte avec une place au Panthéon. Mais, comme l’avait bien vu Stanislas Borowitz (Belmondo) dans Flic ou Voyou, quand il y a un ver dans le fruit, « soigner le fruit, ça peut prendre du temps ». Il vaut mieux régler le problème du ver, mais qui s’en chargera ?

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Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

54 commentaires

  1. je comprendrais tout à fait et souhaite vivement que l’on donne le nom de « Samuel Paty » à beaucoup d’établissements scolaires dans le pays. Son métier lui a couté la vie et on ne doit pas l’oublier. En revanche, la panthéonisation ne serait pas intelligente. Le Panthéon est réservé aux grands hommes (et femmes heureusement) qui ont apporté d’une manière ou d’une autre une avancée dans l’histoire de notre pays. Samuel Paty, lui, est une malheureuse victime de l’islamisme et non un héros qui a accompli un acte réfléchi et volontaire utile à la France.

  2. Tout à fait en phase avec votre chronique. La famille sera déçue. Mais la raison devrait la sauver. Ne pas tomber dans ces excès comme l’est la distribution de la légion d’honneur, banalisée au possible.

    • je partage votre analyse mais je vous corrige sur l’attribution de la Légion d’honneur. Elle n’est pas faite que pour les héros et les militaires (je suis officier supérieur en retraite). On l’atribue aussi à d’autres titres pour titrées des personnes qui par leur rayonnement ont fait honneur notre pays. Les artistes et les sportifs par exemple. Je reste toutefois plus prudent pour certains carrièristes politiques qui l’arborent sur leur veston.

  3. Qui va pouvoir s’occuper du ver dans le fruit ? Certainement pas les professeurs d’histoire-géographie qui ont été nombreux à penser que son installation était une bonne idée.

  4. Il faudrait que les profs qui sont allergiques au courage du quotidien comme lui celui de Samuel Paty change de métier.

  5. Il faut tout d’abord restaurer l’autorité, les profs copains c’est terminé ! C’est un échec total ! Pour ce faire, il faudra une poigne de fer, une droite agissante et décomplexée, votez pour ceux là, il n’y à pas d’autres alternatives !

  6. Les professeurs ne veulent pas la penthéonisation de S. Paty. Ils ont juste préféré ne pas dire que cela va être trop dur, difficile aux élèves qui visitent le panthéon d’entendre la raison de cette pantheonisation.
    Les professeurs ne se voient pas expliquer pourquoi il a été assasine..

  7. Ce n’est pas une question d’être de gauche ou de droite. Le Panthéon est réservé aux hommes exceptionnels, célèbres pour ce qu’ils ont pensé ou fait. Samuel Paty n’a rien à y faire. Il est absurde de vouloir installer au Panthéon une des victimes, parmi une infinité d’autres, des injustices de notre société.

    • Très juste. Samuel Paty n’a pas sa place au Panthéon. Il est, malheureusement, un martyre, une victime, parmi tant d’autres ….
      En l’occurrence pour lui, ce n’est pas  » la Patrie reconnaissante » mais la Patrie défaillante, car la Nation ne protège plus ses enfants, abandonnés à l’ensauvagement et à l’insécurité.
      La meilleure façon d’honorer la mémoire de Samuel Paty est de faire le nécessaire pour qu’une telle atrocité ne se reproduise plus.

  8. Tous égards dûs aux personnes « panthéonisées », je n’aime pas ce bâtiment ( tout comme Denis Tillinac d’ailleurs ). Je préfèrerai une reconnaissance symbolique aux personnes que l’on veut honorer et les laisser reposer là où certains ( pas tous… ) l’avaient choisi.

  9. Ces profs, de gauche, pleutres, ont lâché S P
    alors qu’il gardent leurs appréciations pour eux

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