Duralex de nouveau placé en redressement judiciaire, début juin ?

Changement de statut, engouement populaire et aides de l'Etat n'auront pas suffi à la résurrection : dura lex sed lex.
Le Nouveau Front Populaire en visite chez Duralex le 31 juillet 2024, en compagnie de François Bonneau, président de la région Centre-Val de Loire. (Photo by Guillaume SOUVANT / POOL / AFP)
Le Nouveau Front Populaire en visite chez Duralex le 31 juillet 2024, en compagnie de François Bonneau, président de la région Centre-Val de Loire. (Photo by Guillaume SOUVANT / POOL / AFP)

L’AFP a annoncé la nouvelle ce 27 mai : « La verrerie Duralex, en difficulté financière, s'apprête à demander son placement en redressement judiciaire en début de semaine prochaine, deux ans après sa reprise en coopérative par les salariés […] »

Deuxième placement en deux ans

Ce serait le deuxième redressement judiciaire en deux ans, et « si le tribunal de commerce d'Orléans accède à cette demande et accepte de placer l'entreprise sous sa protection, l'entreprise connaîtrait son cinquième redressement judiciaire en une vingtaine d'années », rapporte France 3. Il y a moins d’une semaine, France Inter révélait déjà qu’« un audit indépendant pointe des erreurs de gestion » dans l’entreprise et qu’« un redressement judiciaire n'est pas à exclure pour le verrier ». Même le service public semble avoir du mal à y voir clair : « Bien qu'il soit extrêmement difficile de délier les langues, malgré [ses] relances nombreuses, le ministère de l'Économie confirme qu'un audit indépendant est en cours. S'il n'y a pas de malversation, des erreurs de gestion, des approximations ont été détectées, selon une source proche du dossier. »

Malgré la mobilisation générale pour la SCOP

Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir mobilisé pour relever l’entreprise : en 2024, lorsque la verrerie était en redressement judiciaire, collectivités locales et particuliers avaient mis la main au portefeuille pour la relancer et elle avait été reprise par ses salariés dans une SCOP - une société coopérative et participative. En novembre dernier, Challenges racontait l’engouement populaire et les promesses d’investissement qui devaient être « l’occasion, pour la PME orléanaise, d’ouvrir un nouveau chapitre de son sursaut ». Le directeur général, François Marciano, racontait à Challenges avec enthousiasme que « cinq millions ont été récoltés, ce jeudi 27 novembre [2025], après l’appel au financement participatif de l’entreprise ». Selon le journal économique, François Marciano « vi[vait] son heure de gloire et, à travers lui, c’[était] tout Duralex qui [devait] renaît[re] de ses cendres ». N’est pas phénix qui veut et la mobilisation générale aura finalement été un feu de paille…

Pourtant, l’engouement populaire était massif : comme le raconte Le Monde, les verres Duralex sont une Madeleine de Proust pour beaucoup. Le quotidien précisait tout de même qu’il fallait rester prudent, ce n’est pas parce que de nombreux Français avaient fait preuve de nostalgie et d’un attachement certain au patrimoine industriel national que la verrerie était sauvée.

Dans un état critique malgré les perfusions

Grandeur et décadence : il n’aura pas fallu attendre deux ans pour constater la chute vertigineuse malgré tant de soutiens. France 3 détaille « un état critique » puisque « ce mois de mai 2026, les employés n'ont reçu que la moitié de leur paie ». Des salariés accusent la direction, François et Antoine Marciano, de mauvaise gestion. Ce dont ces derniers, qui ont quitté l’entreprise en avril, se défendent. En tout cas, tous semblent se demander où est passé l’argent.

C’est qu’effectivement, le soufflé est retombé bien brutalement. Duralex a été perfusée d’aides dès 2024 avec « un prêt de 750.000 euros » versé par l’État « au titre du programme du fonds de développement économique et social », rapporte Le Monde, qui ajoute que « la région Centre-Val de Loire a, par exemple, promis son soutien sous forme de garantie bancaire, quand la métropole d’Orléans a proposé de racheter le site de la verrerie, pour une somme évaluée entre 5 et 8 millions d’euros », sachant que l’entreprise avait déjà été « sauvée temporairement par un prêt de 15 millions d’euros de l’Etat en 2022 » pour contrer l’augmentation du prix de l’énergie dû à la guerre en Ukraine. Changer de statut juridique, lever des fonds, jouer sur les affects des Français et recueillir des aides à foison n’auront manifestement pas suffi.

Comme Resus, sur X, faut-il croire que « des salariés compétents auront perdu leurs économies en plus de leur travail parce qu'on leur a fait croire que le communisme pouvait fonctionner » ? Une chose est sûre, l’enthousiasme de Thomas Portes - qui expliquait, Duralex à l’appui, en août dernier, sur X, que « les entreprises doivent être entre les mains des salariés loin des patrons inutiles qui ne pensent qu’à se gaver » - a mal vieilli, tout comme la visite enthousiaste d'Olivier Faure et de Lucie Castets venus, en juillet 2024, « à la rencontre des @Duralex qui vont faire vivre leur entreprise sous forme de SCOP, loin des prédateurs qui jusqu’ici s’étaient emparés de leur destin ». C'est que, expliquait-il, « Duralex, ce n’est pas seulement nos souvenirs de cantine, c’est un fleuron industriel qui a un bel avenir ». Malheureusement, l'idéologie ne peut pas gagner contre la loi du marché : dura lex, sed lex !

Vos commentaires

28 commentaires

  1. Que faire devant les prix cassés des chinois qui entrent chez nous comme dans un moulin…tout ça pour permettre aux Allemands d’exporter leurs bagnoles et leurs machines ! Vive l’Europe !

    • Il y a aussi le mercosur, l’Inde, l’Australie. Ah oui il y a une semaine, un accord éclair avec le Mexique. Ursula vend l’Europe mais pas l’Allemagne!

  2. Et pendant ce temps à l’autre bout du monde, le chinois produit et exporte des milliards de verres. Le cauchemars va t-il prendre fin un jour ?

  3. Ce drame fait penser à une autre catastrophe. Heuliez et Madame Royal, cela vous rappelle-t-il quelque chose ? Plusieurs millions d’euros appartenant aux contribuables de Poitou-Charente , y ont été engloutis en vain. 4 ans plus tard c’était la faillite irrémédiable. La Dame est allée plustard tenter de se faire oublier comme « Ambassadrice aux Pôles » . Tristement risible.

  4. Avec Faure et Castets à la manoeuvre, comment Duralex aurait-elle pu survivre ? Ce n’est pas le job des politiques, surtout ceux-là, que de jouer les souffleurs de verre. Ils cassent tout faute de savoir-faire. Alors du verre…vous pensez !

  5. Je ne suis pas assez « habile » avec l’IA. Pourtant des scop il y en a eu et certaines ont bien fonctionné. Depuis la création des scop, j’aimerais savoir combien n’ont pas fermé? C’est un statut qui ne porte pas toujours de beaux fruits.

    • Il y a eu beaucoup plus de fermetures que de succès dans les reprises d’entreprises par leur salariés !
      Il faut des compétences dans les secteurs importants comme la gestion saine, le commercial… 
      Un bateau a besoin d’un capitaine experimenté!

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