Visitant une unité de production de masques près d’Angers, a qualifié « d’irresponsables » ceux « qui cherchent déjà à faire des procès, alors que nous n’avons pas gagné la guerre ». Sans doute estime-t-il que tous les politiques, les médecins, les journalistes, les simples citoyens qui critiquent sa gestion de la crise font preuve d’irresponsabilité.

À Mulhouse, le 25 mars, il a déjà dénoncé les divisions de la classe politique : « Je vois, dans notre pays, les facteurs de division, les doutes, tous ceux qui voudraient aujourd’hui fracturer le pays alors que nous ne devons avoir qu’une obsession : être unis pour combattre le virus », ajoutant : « Vous avez un gouvernement qui l’est. » Ce chantage à l’unité nationale – si vous ne soutenez pas l’action du gouvernement contre le coronavirus, vous êtes de mauvais Français – montre à quel point l’exécutif, qui se sait en défaut, détourne l’attention sur le comportement des autres au lieu de remettre en question son propre comportement.

S’il est vrai qu’il faut soutenir toutes les mesures qui permettent de lutter efficacement contre l’extension de l’épidémie, ce soutien n’englobe pas nécessairement celui de nos gouvernants, surtout s’ils ont montré auparavant une incroyable légèreté. Il est trop facile de déclarer, comme notre Président, que « le jour d’après ne ressemblera pas au jour d’avant » et que « nous devons rebâtir notre souveraineté nationale et européenne » quand on a contribué, pendant des années, y compris sous le quinquennat précédent, à la perte de cette souveraineté. De deux choses l’une : ou il ment pour apparaître comme un sauveur, alors qu’il veut surtout se sauver lui-même, ou il est décidé à faire désormais une politique contraire à celle pour laquelle il a été (mal) élu, ce qui paraît improbable.

La majorité s’inquiète d’éventuelles enquêtes parlementaires. Emmanuel Macron et son gouvernement sont sur la défensive. Pour donner le change, ils mènent l’offensive contre les récalcitrants qui osent critiquer leur gestion de la crise. Loin de reconnaître leurs propres fautes, ils chargent les autres. Ils espèrent faire l’unité nationale autour d’eux, alors que c’est contre le coronavirus qu’il faut s’unir. Si la situation empire, dans les prochains jours, ils reprendront peut-être à leur compte les mots de Danton, le 2 septembre 1792 : « Nul, quand la patrie est en danger, nul ne peut refuser son service sans être déclaré infâme et traître à la patrie. » On sait à quels excès cela conduisit.

Emmanuel Macron ne pourrait être crédible et rassembler tous les Français que s’il admettait ses propres responsabilités dans la crise sanitaire que nous subissons. Continuer de les nier, accuser les autres accentue la défiance à l’égard du pouvoir. Comment croire qu’il pourrait, après la crise, mener une politique différente de la précédente ? Ne risque-t-il pas, au contraire, d’en profiter pour l’accentuer ? Il ne saurait être pris au sérieux sur sa volonté d’une plus grande souveraineté que s’il s’engageait à changer son gouvernement et à provoquer des élections législatives anticipées.

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