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Editoriaux - Santé - 16 mai 2020

Réforme de l’hôpital : Macron fait son mea culpa et reconnaît une « erreur dans la stratégie »

En visite à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, le chef de l’État a dit vouloir « mettre fin » à la « paupérisation » des personnels . Le président de la République a admis une « erreur » sur la réforme du système de santé engagée il y a deux ans. Ce constat est juste, mais il n’est qu’approximatif et manque singulièrement d’une authentique sincérité.

Que, d’ailleurs, ne dit-il cela que maintenant ? Que n’a t-il rien fait pour améliorer les choses plus tôt ? Que n’a t-il fait précisément que le contraire depuis si longtemps ?

S’il déclare sa flamme, aujourd’hui, aux soignants, n’est-ce pas parce qu’il a vu l’élan de sympathie populaire que l’abnégation de ces gens a suscité dans la population ? C’est sans doute parce qu’une situation de crise paroxystique l’y a contraint. Probablement n’aurait-il pas commis ce mea culpa sans ces raisons que la nécessité immédiate rendait vitales. C’est aussi parce que la détermination revendicatrice des personnels de la santé, toutes hiérarchies confondues, puis leur dévouement sans borne dans l’exercice de leur métier exercé tel un véritable sacerdoce ne lui ont plus laissé le choix.

Cette réforme que d’autres, ailleurs, ont su mener à temps avait, dès l’origine, une large part consubstantielle de son idéologie matérialiste et financière, égoïste et délétère. Celle-ci ne pouvait conduire que dans le mur.

Il reconnaît avoir commis une erreur de stratégie. Mais il l’énonce comme l’aveu d’une culpabilité qu’il voudrait collective. Ce faisant, il semble omettre qu’en tant que « chef de guerre », il est le maître d’œuvre de l’entreprise et, donc, le responsable du naufrage, comme il aurait été l’artisan de la réussite dans une situation alternative positive. Sa défausse en pointillé est pusillanime.

N’oublions pas qu’il était déjà aux affaires, certes un peu en retrait, mais toutefois hyper-actif en 2012, lorsque tout a débuté dans cette dérive. Dire aujourd’hui, avec le masque de l’angélisme, « j’étais convaincu qu’on était en train de changer les choses » et « c’est très cruel pour moi-même » a quelque chose de véritablement retors.

Il se lance alors dans des promesses. Promesses qu’il n’est pas possible de ne pas rattacher à la chaîne sans fin des mensonges en série, proférés tout au long de cette période douloureuse, où les Français ont eu le sentiment abominable de se trouver sur un bateau déserté de tout esprit de responsabilité et de détermination.

Comment peut-on, sans la moindre vergogne, dénoncer un système inadapté que l’on a grandement contribué à déstabiliser ? Il y a quelque chose de pathétique à dénoncer les 35 heures, la dévalorisation du statut et la rémunération des personnels de santé, quand on le fait le couteau sous la gorge après avoir largement contribué à en faire ce que tout cela représente.

Il y a deux ans, un autre domaine de prévalence de l’État a souffert des manquements de son chef. C’est l’armée. Par la voix de son chef d’état-major, le général de Villiers, elle avait osé alerter le président de la République du délabrement de l’appareil de défense. Elle n’avait eu, en réponse, qu’un revers arrogant de la part de celui-ci. Heureusement que la guerre n’était pas à notre porte, car le mea culpa, qui n’eût pas manqué, eût été encore plus vain et pitoyable.

Il est temps que l’espace des affaires régaliennes retrouve le caractère de souveraineté qui l’a déserté par la seule volonté d’un esprit ultralibéral.

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