Editoriaux - Histoire - Politique - Réflexions - 8 décembre 2019

Livre : De la « France d’abord » à la « France seule ». L’Action française face au national-socialisme et au Troisième Reich, de Michel Grunewald

L’on a dit – et l’on profère encore – beaucoup de sottises sur et l’Allemagne, sur le nationalisme intégral – parce que monarchique – défendu par l’Action française et le national-socialisme hitlérien. C’est bien simple, la figure du Martégal a cristallisé tout ce que philo-germains enamourés et germanophobes rabiques ont pu ou peuvent éprouver de sentiments contradictoires, sinon ambivalents. Les uns lui reprochèrent avec hargne son « esprit de système » qui n’était, selon eux, que l’expression d’une crasse ignorance du « génie » teuton quand les autres continuent à lui intenter le procès imbécile et haineux d’un collaborationnisme effréné, autre illustration peu glorieuse d’une non moins atterrante inculture.

L’on doit savoir infiniment gré à l’historien Michel Grunewald, confrère et ami d’Olivier Dard (auquel on doit la codirection d’un récent et remarqué Dictionnaire des populismes) avec lequel il partage le même champ de recherche depuis des années, d’avoir bien voulu consacrer un livre entier (De la « France d’abord » à la « France seule ») à cette épineuse question des rapports qu’a entretenus L’Action française de Charles Maurras avec le nationalisme du Troisième Reich. N’ayant reculé devant aucune difficulté d’ordre historiographique ou archivistique, l’auteur s’est patiemment employé à compulser, collationner et annoter l’impressionnante collection du journal royaliste L’Action française, de sa première année de parution, le 21 mars 1908, à son ultime numéro, le 24 août 1944. Mais, surtout, Grunewald s’inscrit dans les pas de l’école historique allemande personnifiée par Leopold Ranke (1795-1886) pour lequel « l’histoire ne [doit être] faite que des témoignages directs et des sources les plus authentiques », soit s’en tenir rigoureusement à « ce qui s’est réellement passé ». Et il convient de reconnaître qu’en ce domaine, plus qu’ailleurs certainement, l’exposé ne doit souffrir la moindre incertitude ou approximation…

Les royalistes maurrassiens (Jacques Bainville, Léon Daudet, Pierre Lasserre, etc.) adhérant, en cela, à la conception que le jeune Maurras défendit dès 1895 dans son commentaire des Discours à la nation allemande de Fichte combattront avec une inoxydable constance cet « islam germaniste » expansionniste et raciste qu’ils abhorraient de tous les pores de leur peau de Français autant traumatisés par l’insupportable défaite de 1870 que révoltés par le « mauvais traité » de 1918-1919. Au prix, sans doute, d’une conception figée et dogmatique d’un antigermanisme mythifié bien plus ancré dans le romantisme du XIXe siècle que dans le modernisme du XXe qui leur échappait.

« Nous avons attaqué, jusque dans la racine, ce germanisme qui a fait de l’Allemagne le synonyme, la mesure, de Vérité, de Bonté, de Beauté, et qui remplace l’humanité par la germanité [All Mann, « tout l’homme », disait Fichte, dans son premier Discours]. L’Allemand suffit à tout. Il est tout. Rien n’est ni ne vaut hors de lui. Ainsi se retranche-t-il de l’humanité, ou s’oppose-t-il à elle », proclamera le vieux doctrinaire devant la cour de justice siégeant à Lyon. Peine perdue, car c’est au terme d’un véritable dialogue de sourds qu’elle condamnera Maurras à la réclusion perpétuelle et à la dégradation nationale pour « intelligence avec l’ennemi » – la seule qu’il n’ait pourtant jamais eue, selon François Mauriac – eu égard à son influence « prépondérante » sur l’opinion publique d’alors !

On ne comprend rien à cette répulsion viscérale de Germania si l’on ne la relie pas à la critique de fond que les royalistes d’Action française faisaient de la République, de la démocratie et de son arrière-plan rousseauiste. À la vérité, Maurras opposait la supériorité latine à la supposée barbarie outre-Rhin : « Non, la démocratie, le libéralisme, l’esprit de la République, de la Révolution et de la Réforme n’ont rien de latin. Tout cela tire, en fait, son origine des forêts de Germanie » (La Démocratie religieuse, Paris, 1921).

Même la fidélité de Maurras à la « monarchie » du maréchal Pétain n’a aucunement constitué un infléchissement de la position de son mouvement à l’égard de l’Allemagne, lors même que lui et « ses amis ne perçurent pas le caractère spécifique de l’antisémitisme nazi » et malgré son hostilité à Laval.

Un ouvrage qui fera référence pour « réfuter » les mensonges. En attendant la réhabilitation ?

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