Ce qu’il y a de bien, avec les défaites programmées, c’est que l’on peut anticiper leurs conséquences. Pour l’Afghanistan, à la suite du brutal retrait américain après vingt ans de présence, c’est la vague migratoire considérable qui va s’abattre sur l’Europe.

Le gouvernement afghan a d’ailleurs devancé l’actualité et demandé très officiellement aux pays européens de ne plus procéder à des de leurs ressortissants. Demande assez cocasse car, particulièrement en France, il y a belle lurette que l’on n’expulse plus grand monde. Et pour bien enfoncer le clou, les autorités afghanes précisent qu’elles n’accepteront plus les retours forcés des Afghans venant de pays avec lesquels elles ont signé des accords dans le domaine de l’immigration.

Parallèlement, selon une information du Figaro, le gouvernement français a donné pour consigne à ses services de ne plus octroyer de visas aux Afghans qui en font la demande. Cela ne va pas être simple : les ressortissants de ce pays représentent plus de 40.000 des 400.000 demandes faites chaque année en Europe. Il sera intéressant de voir si ces consignes vont tenir ou, comme d’habitude, s’effacer devant les événements que l’on ne cherche plus à contrôler.

Il semble tout de même que la France ait fait des exceptions pour les Afghans ayant travaillé pour elle, notamment à la suite de l’assassinat par les talibans de l’un d’eux. Mais cela ne concerne que quelques centaines de personnes, et ce sont pourtant des milliers d’Afghans qui se sont installés chez nous ces dernières années. Cette posture sur les visas n’est donc que de pure forme : depuis quand a-t-on besoin d’un visa pour s’installer dans notre bon pays où tout est gratuit pour le nouvel arrivant ?

Les routes migratoires sont bien fréquentées, les passeurs plus nombreux que jamais et le gouffre de l’aide médicale d’État, brillante invention socialiste sur laquelle la droite s’est bien gardée de revenir, plus abyssal que jamais.

Face à cette Bérézina annoncée, de son côté, reste de marbre et, montrant qu’il a le sens de la litote, a déclaré qu’il n’était « pas inévitable » que l’Afghanistan tombe entre les mains des talibans. Entre pas inévitable et très probable, la différence est ténue.

Mais il est vrai que la messe, si l’on ose dire, n’est pas tout à fait dite. La grande majorité des Afghans refusent de revivre le cauchemar islamiste. De plus, profitant de la confusion générale, des chefs de guerre improvisés veulent se tailler un territoire et s’enrichir grâce au trafic d’armes américaines (il en circule des quantités gigantesques) et au trafic de drogue, activité économique numéro un de l’Afghanistan. Le scénario d’un émiettement général à travers les multiples milices présentes dans toutes les provinces est sérieusement envisagé. Il serait, en outre, favorisé par la mosaïque tribale qu’est l’Afghanistan.

Le seul homme qui aurait pu refaire l’unité nationale est le vieux prétendant au trône, le prince Ahmad Shah, fils du dernier roi d’Afghanistan. Mais les Américains n’aiment pas les rois et ont mis à l’écart la royale lorsqu’elle est rentrée d’exil en 2001. Aujourd’hui, il est trop tard.

En attendant la vague migratoire, les prochaines semaines seront sanglantes en Afghanistan.

12 juillet 2021

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