Accueil Santé Coronavirus Les « beaufs » plébisciteraient Raoult : mépris de classe de la bourgeoisie à l’égard du peuple ?
Coronavirus - Editoriaux - Politique - Santé - 28 mai 2020

Les « beaufs » plébisciteraient Raoult : mépris de classe de la bourgeoisie à l’égard du peuple ?

Dis-moi qui tu es et qui tu soutiens et je te dirai qui tu es en vrai ; et surtout pour qui tu votes. Bref, si tu es une « belle personne » ou un « gars qui fume des clopes et roule au diesel », pour reprendre les mots de Benjamin Griveaux (pour ne pas le nommer), ancien porte-parole du gouvernement et pris la main dans le sac, si l’on peut dire.

Ainsi, et ce, à en croire un sondage de l’institut Harris Interactive pour LCI publié le 26 mai, il semblerait que les défenseurs du professeur ne soient pas exactement de « belles personnes ». Déjà, populistes ignares qu’ils sont, ils seraient sympathisants de La France insoumise et du Rassemblement national, à hauteur de 72 %. Pire encore : les trublions seraient quasiment majoritaires chez les vieux (53 %) et les pauvres (49 %).

Dieu merci, les CSP+ seraient à peu près épargnés par la pandémie populiste, même si l’on note une poussée de fièvre des électeurs de LR, avec leurs 56 % d’opinions favorables vis-à-vis du turbulent professeur phocéen. Bref, toujours la même histoire. Les « derniers de cordée » persistent à voter en dehors des clous. Logique, ils n’ont pas fait d’études. Ce qui serait plutôt rassurant, sachant ce qui est enseigné dans les grandes écoles, de Sciences Po à la Sorbonne : théorie du genre, indigénisme, racisme sous pavillon antiraciste, féminisme devenu fou et autres calembredaines. À croire que moins il y aurait d’études et plus il y aurait de sens commun. C’est une hypothèse à ne pas négliger.

Sans sombrer dans le marxisme d’arrière-basse-cour, on notera néanmoins – effet Raoult oblige – que cette grande frousse des classes possédantes vis-à-vis des plus démunis ne date pas d’hier. Autrefois, la Commune ? Aujourd’hui, les gilets jaunes et les rétifs au confinement ! À ce titre, un petit rappel historique n’est pas incongru, tel celui récemment dressé par nos confrères d’Éléments.

Ernest Feydau, patron de presse et père de Georges, l’homme du théâtre de boulevard qu’on sait, à propos des Communards : « Ce n’est même plus la barbarie qui nous menace, ce n’est même plus la sauvagerie qui nous envahit, c’est la bestialité pure et simple. » Tableau du siège, Paris, 1870-1871.

Et à propos des gilets jaunes, suppôts de la réaction et de la haine du vivre ensemble : Franz-Olivier Giesbert, pourtant mieux inspiré dans ses éditoriaux du Point : « Des hordes de minus, de pillards rongés par leur ressentiment comme par des puces. » Le Point, 13 décembre 2018

Sans oublier, évidemment, Bernard-Henri Lévy, qui est un peu à la philosophie ce que Chuck Norris est à l’Actors Studio de Lee Strasberg : « Le peuple, celui qui ne respecte rien que lui-même, celui qui dit “on est le peuple et, parce qu’on est le peuple, on a tous les droits, absolument tous, à commencer par celui d’enfreindre la loi”, eh bien ce peuple-là, chers amis, je me permets de vous signaler que c’est contre lui que se déchaîne la sainte colère de Dieu. » Discours prononcé devant la Convention du CRIF, 18 novembre 2018.

Mais pour résoudre l’insoluble équation entre élites et peuple, quoi de mieux que le knout ? Pour Jules Favre, ministre des Affaires étrangères du temps du Paris assiégé par la puissante Allemagne, « nous triompherons par la force, qui est la sanction du droit, et nous ne reculerons devant aucune de ses nécessités. » L’Officiel, 14 mai 1871.

Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur et humoriste à l’insu de son plein gré, est sur la même ligne quand il affirme : « Je souhaite qu’il y ait des poursuites pénales mais aussi qu’ils assument financièrement la casse, puisqu’ils sont heureux de la voir. Il faut qu’ils remboursent sur leurs deniers personnels… » Le JDD, 19 mars 2019.

Alors, oui, ceux qui persistent à soutenir Didier Raoult ne sont peut-être pas des gens bien. Mais ce sont des gens tout de même. Ce que la bourgeoisie d’affaires, de droite comme de gauche et maintenant réunifiée sous le pavillon de complaisance macrono-louis-philipparde, paraît avoir oublié.

Il est à craindre qu’un simple coup de turlu à Jean-Marie Bigard ne puisse résoudre l’affaire.

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