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Editoriaux - People - Politique - 28 mai 2020

Après Bigard, Hanouna… et pourquoi pas un pétomane à l’Élysée ?

Au degré de haine et de bêtise autosatisfaite et militante où nous en sommes rendus, tout est possible. La preuve, Bigard et Hanouna (pour commencer…) se sentent des démangeaisons dans le chaudron, à la perspective des présidentielles de 2022. En toute humilité, bien sûr.

Le cauchemar continue… La France qui se prend toujours pour le pays des Lumières, du bon goût et de l’intelligence n’en finit plus de s’enfoncer dans la crétinerie vulgaire et racoleuse d’un « populisme » de bas étage. Résultat : à deux ans du scrutin présidentiel commencent déjà à se mettre sur les rangs les chantres des blagues scatologiques.

Le Tout-Paris journalistique ne bruit que de cela : le cas Bigard a été évoqué à l’issue du Conseil des ministres le mercredi 27 mai à 14 h 32. Le HuffPost est précis. Sibeth Ndiaye n’a pas démenti ; a juste feint de s’étonner que l’on s’étonne de l’étonnant coup de fil du Président à l’humoriste qui vise sous la ceinture. On se le demande : en ces temps troublés, Emmanuel Macron n’aurait-il rien de plus urgent sous le coude ? Le croire serait une erreur. Sous ses airs juvéniles, l’animal est un fin politique. L’opération, d’ailleurs, est déjà une réussite car l’histrion, flatté, finira comme la grenouille de la fable : « La chétive pécore s’enfla si bien qu’elle creva. »

Le Président a également appelé Éric Zemmour. On peut croire que l’échange s’est fait à un autre niveau, tout comme avec Philippe de Villiers. Emmanuel Macron aime bien téléphoner…

Bigard, se croyant appelé par la foule aux plus hautes fonctions, a déroulé devant les micros son slogan à tout faire : « Parlement et gouvernement, ça finit par “ment”, du verbe mentir. » Ah Ah ! Puissamment raisonné… À quoi l’on pourrait lui répondre « et dans saltimbanque, il y a banque », et des saltimbanques qui s’en mettent plein les poches. Ainsi le futé Hanouna qui vient de déposer à l’INPI le slogan « Hanouna 2022 », selon Capital. Vu à la télé, c’est toujours une affaire qui marche.

Derrière cet activisme téléphonique, Le Monde croit déceler une crainte : « Celle de voir un concurrent pour 2022 émerger hors des formations politiques traditionnelles, à l’heure où la popularité se mesure au bruit généré sur les réseaux sociaux. » C’est ainsi que d’aucuns évoquent l’arrivée, dans le paysage politique, de , dieu vivant des Marseillais, des gilets jaunes et des complotistes. Ce qu’analyse ainsi Jean-Yves Camus, directeur de l’Observatoire des radicalités politiques à la fondation Jean-Jaurès : « Marine Le Pen est elle-même une femme politique du système (élue à l’Assemblée nationale, avant au Parlement européen…) et le parti est dans une ambiguïté. Car même s’il est antisystème, il fait partie du paysage classique. On a peut-être passé le cap où le vote contestataire ne se trouve plus dans la sphère politique, mais chez des personnalités venues d’ailleurs. »

Analyse inverse dans Le Figaro par deux doctorants de Science Po : si l’Élysée « ne cache pas sa crainte de voir émerger bientôt une figure antisystème capable de catalyser la colère populaire », il apparaît que « le Président n’a rien à perdre mais plutôt tout à gagner de la popularité montante de telles figures ».

Sachant qu’« en France, l’offre politique à l’heure actuelle présente déjà pléthore de mouvements et représentants “antisystème”, si bien que l’espace qui leur est dédié apparaît déjà saturé », la multiplication des candidatures fantaisistes ne peut que servir le pouvoir en place. En effet, « le discours “antisystème – anti-élites – préférence pour la souveraineté populaire” ne rencontre un écho dans l’électorat que s’il est associé à un programme articulé »… Et l’on a vu que les gilets jaunes, pour ne citer qu’eux, se sont révélés incapables de s’entendre et de produire quoi que ce soit de structuré. Alors, leur céder le pays…

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