Bosco Ntaganda a été transféré à La Haye où il sera jugé par la Cour pénale internationale. Bosco Ntaganda. Ce nom ne dit peut-être rien au plus grand nombre. Il fait pourtant frémir des millions de Congolais.

Bosco Ntaganda n’est pas un « rebelle congolais » comme le répètent les grands médias, mais un mercenaire rwandais qui commença sa sinistre carrière au sein de l’ patriotique rwandaise, lors de la guerre du Rwanda (1990-94). Il fut ensuite envoyé par le président (rwandais) Kagame au Zaïre où il participa à toutes les guerres fomentées par le dictateur : invasions, occupations, guerres tribales et rébellions. Dans ces conflits, Ntaganda s’est tristement illustré, méritant son surnom de « Terminator ».

J’en ai entendu parler pour la première fois en 2001, alors que je participais à la démobilisation d’enfants soldats qu’un groupe armé avait envoyés en Ouganda pour y subir une formation militaire. Je fus le premier à dénoncer les crimes du Terminator, dans un livre paru en 2003 2. Ntaganda était à l’époque « chef d’état-major » de Thomas Lubanga, le leader d’une milice issue du « Rassemblement congolais pour la démocratie – Kisangani mouvement de libération », qui était lui-même une faction pro-ougandaise du RCD pro-rwandais. Je n’en voudrai pas à ceux qui trouveront mon explication confuse. Qu’ils sachent simplement que j’ai beaucoup simplifié, tant la situation à l’est de la République démocratique du Congo était compliquée.

Il y avait une multitude de petits chefs « rebelles » propulsés sur le devant de la scène politico-militaire par les stratèges ougandais ou par ceux du Rwanda, parfois par les deux. Tous étaient manipulés, montés les uns contre les autres, sur fond d’occupation militaire, de lutte pour le contrôle des richesses naturelles, de rivalités politiques et de querelles tribales. L’est de la République démocratique du Congo était devenu un « far east » sans foi ni loi, où la vie ne comptait plus, où les enfants étaient transformés en tueurs, où le était une « arme de guerre », où seuls comptaient, pour les seigneurs de la guerre, l’enrichissement et le pouvoir.

Dans mon livre, j’ai raconté comment Ntaganda avait utilisé « ses » enfants soldats pour monter une embuscade en pleine ville de Bunia, afin de liquider un rival, lui-même protégé par d’autres enfants soldats. Après avoir mitraillé son véhicule, abattu les gardes du corps et criblé de balles leur chef, Ntaganda s’avança vers son rival allongé, sortit son pistolet et lui donna le coup de grâce. Puis, il fouilla les poches du cadavre pour en sortir une liasse de dollars qu’il empocha. Cet épisode sanglant résume parfaitement la personnalité du « Terminator ».

Depuis, Ntaganda a poursuivi sa triste carrière, malgré deux mandats d’arrêts internationaux. Il fut un temps protégé par Kinshasa, lui et ses hommes ayant été intégrés dans l’armée. Cet arrangement lui permit de poursuivre ses lucratives activités au Kivu, en se pavanant à Goma en uniforme de général, au nez et à la barbe des casques bleus qui auraient pourtant dû l’arrêter. Avec, en 2012, la création d’une énième « rébellion », toujours organisée et soutenue depuis Kigali, Ntaganda se lança dans sa dernière aventure, sans se rendre compte qu’il devenait encombrant, même pour ses parrains. Craignant pour sa vie, il finit par se dire que le confort relatif d’une cellule hollandaise valait peut-être mieux qu’une tombe anonyme dans la forêt congolaise. Kagame, se sentant de plus en plus en plus isolé internationalement, préféra sans doute se débarrasser d’un pion devenu compromettant.

Quelles que soient les raisons qui ont motivé la venue du « Terminator » à La Haye, je me réjouis qu’il soit enfin sous les verrous. Mon seul regret est que ses puissants protecteurs ne partagent pas à ses côtés le banc des accusés.

6 avril 2013

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