Un véhicule participant au rallye-raid Dakar 2022 a explosé sous l’effet d’une charge camouflée à bord, le 30 décembre dernier, en Arabie saoudite, deux jours avant son départ de Jeddah. Le pilote Philippe Boutron, blessé grièvement aux jambes, a été rapatrié en France et admis à l’hôpital renommé de Percy, plongé dans un coma artificiel. Il a repris conscience ce 6 janvier, dans un état encore incertain.

Le 4 janvier, le parquet national antiterroriste (PNAT) a jugé les indices suffisamment probants pour ouvrir une enquête préliminaire pour « tentative d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste​ ». Plus qu’à un nouveau degré de risque et de menace, c’est à un danger d’une nouvelle nature que le célèbre rallye -Dakar, créé en 1978 et rebaptisé Dakar, est confronté, et qui mérite une mise en perspective.

Des accidents involontaires aux manifestations d’hostilité locale.

Le risque d’accident involontaire, première forme de violence, est inhérent à cette course de vitesse et d’endurance en milieu ouvert qui oppose des véhicules de différentes catégories à deux et à quatre roues, ainsi que des aéronefs, dont le crash d’hélicoptère au qui a coûté la vie, en 1986, à son fondateur, à un chanteur célèbre et à trois autres personnes. En 43 ans, des dizaines de morts et de blessés ont marqué l’histoire de ce rallye. Parmi les participants, mais aussi parmi les populations riveraines des parcours, non préparées aux risques associés à cette distraction fugace et dangereuse par ses sorties de route et la trop grande proximité des spectateurs. Les actions localisées d’aide au développement de cette « caravane sportive », avec des retombées économiques nationales peu redistribuées dans les zones rurales, n’ont pas toujours empêché les manifestations d’animosité populaire sous forme de slogans hostiles et de jets de pierres, auxquels les participants sont habitués.

Des revendications politico-économiques à l’attentat terroriste.

Un premier changement de nature dans l’opposition à ce rallye-raid a eu lieu dans les années 2000, alors que le départ était encore donné à et l’arrivée fixée au Sénégal. Le risque d’attentat ou d’enlèvement, sur fond de revendications politiques et socio-économiques, était déjà sérieusement envisagé dans des zones de crises nationales et régionales, notamment au Niger ou le long de la frontière entre la Mauritanie et la région indépendantiste du Sahara occidental. À tel point - l’auteur de ces lignes y a participé - que les forces spéciales françaises et l’état-major stratégique opérationnel de l’OTAN (en quête de justification post-guerre froide) ont planché sur divers scenarii et modes opératoires préventifs et réactifs, avec la mise en alerte d’éléments d’intervention rapide. Avec le besoin de nouveaux espaces, c’est ce qui a amené les organisateurs à déplacer le rallye annuel en du sud de 2009 à 2019 puis, depuis 2020, dans le golfe Persique où a eu lieu cet attentat.

S’il est trop tôt pour identifier les auteurs et les motivations de cet acte certifié volontaire par des témoins directs, à notre connaissance non revendiqué, il marque un nouveau changement de nature et de degré dans la opposée à ce rallye. À ce stade, il reste possible qu’un acte de simple malveillance en soit la cause. Mais, compte tenu du mode opératoire utilisé, qui nécessite des moyens humains et logistiques, et le contexte géopolitique explosif qui règne dans la région, on ne doit pas exclure un acte terroriste islamiste, religieux et (donc) politique. Aux oppositions et rivalités claniques internes mal étouffées par un royaume soutenu par les États-Unis et autres pays occidentaux associés (dont la France) s’ajoutent les affrontements interreligieux islamiques à l’échelle régionale (sunnites contre chiites et autres mouvances), notamment au Yémen. En mars 2021, à Jeddah déjà et sur d’autres sites, des rebelles yéménites Houthis, soutenus par l’Iran, avaient endommagé des installations pétrolières et gazières saoudiennes avec des missiles et des drones. L’occasion de montrer, maintenant, qu’ils restent opérationnels et peuvent maintenir la pression pour faire relâcher celle exercée sur leur territoire, par des attaques contre des infrastructures stratégiques et contre des « invités mécréants » occidentaux.

Ainsi, le Dakar 2022, qui poursuit sa course, semble être la victime collatérale d’un problème qui le dépasse largement, tout en l’atteignant au cœur de son organisation pour en donner le plus grand écho médiatique. À suivre.

7 janvier 2022

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