Comme pour les avertissements en déni de responsabilité (disclaimer, en anglais), pour cet article, ne nous attachons pas à ce que des mots peuvent parfois véhiculer en odieuses connotations. Une gestation pour autrui, c’est une génitrice qui fournit un ovule, qui est fécondé in vitro par un géniteur (anonyme ?) qui fournit du sperme et l’embryon est implanté dans l’utérus d’une gestatrice qui l’hébergera jusqu’au terme de la grossesse et le remettra après l’accouchement aux commanditaires. L’argent du commanditaire rémunère tous les fournisseurs qui en font la demande et l’écosystème qui gravite autour de ces processus complexes. Ceux qui prétendent qu’existerait la chimère d’une GPA éthique disent que, sans rémunération, c’est beau, c’est généreux et c’est noble.

L’Assemblée nationale, qui n’a pas trouvé de tâche plus urgente que de discuter en seconde lecture le projet de loi bioéthique, a voté en commission un amendement qui permettra, s’il est définitivement voté, à des couples de lesbiennes de « partager » une maternité : « L’une sera la génitrice et l’autre la gestatrice », précise Le Figaro. Cela porte un nom, ROPA, pour réception des ovocytes de la partenaire. Le fait que génitrice et gestatrice soient, ensemble, les commanditaires n’y change rien : c’est une GPA. Cet amendement avait été rejeté lors de la précédente lecture, le 26 septembre 2019 : le gouvernement avait fort justement considéré qu’il s’agissait et d’un don dirigé et d’une GPA qui ne dit pas son nom. Mardi 30 juin, en l’absence du gouvernement qui ne daigne pas participer à ces discussions, il est voté en commission. Certes, ce n’est pas le vote définitif. Pas encore ?

Vole ainsi en éclats ce qui reste de l’éthique du don d’organe. « Pas de don dirigé » était la règle, avec l’exception des dons de reins intrafamiliaux. Mais entre le droit d’accès aux origines et l’autorisation du don dirigé, les principes sont en voie d’éradication. Il est vrai que le don pourrait, sous peu, être rémunéré pour pallier les pénuries annoncées de gamètes, créant ainsi un oxymore. Organiser la collecte et la commercialisation de ces gamètes sera un juteux marché.

Bien sûr, nous ne savons pas tout de la tolérance immunitaire de l’embryon dans l’utérus de la mère. De nombreuses recherches doivent encore être menées pour comprendre cette énigme. L’hypothèse d’une moindre tolérance en cas d’implantation d’un embryon complètement étranger conduit à surmédicaliser les grossesses des mères porteuses à titre onéreux : la bonne fin d’une grossesse lucrative mérite bien quelques précautions. Le primo non nocere des médecins (« en premier ne pas nuire ») concerne surtout le business.

Un pas après l’autre. La taille du pas importe peu, pourvu qu’il soit dans le bon sens, celui d’un progrès vendu à madame Michu à grands coups d’émotions : « Puisqu’elles s’aiment ! » aujourd’hui, « Puisqu’ils s’aiment ! » demain pour les couples gays. Transgression après transgression, la dignité de l’homme s’efface, se brade au plus offrant et le vivant devient l’objet des marchés. Les désirs suscités deviennent des besoins tyranniques et le transhumanisme s’impose comme la norme de demain, pour ceux qui ont du fric. Je peux zapper vers une autre époque ?

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