[RAISON GARDER] Le mot pour la chose
On se souvient du scandale ORPEA, il y a quelques années : une chaîne d’EHPAD (maisons de retraite pour personnes âgées) qui, pour gagner plus d’argent, aurait rationné les repas et les soins médicaux, diminué le personnel d’encadrement, etc.
Aujourd’hui, après avoir bien réfléchi et examiné le problème sous tous les angles, le gouvernement français a pris une mesure qui va radicalement changer les choses et éviter à tout jamais ces dysfonctionnements : les 7.500 EHPAD que comprend notre pays vont être rebaptisés « Maisons France Autonomie ». On peut être sûr qu’à la suite d’une décision aussi radicale et pertinente, les personnes âgées vont tout de suite se sentir mieux, les familles vont être rassurées, la situation des maisons de retraite va s’améliorer en un clin d’œil.
La chose pourrait faire sourire si le sujet n’était si sérieux. Mais elle manifeste l’un des plus étonnants et des plus constants travers français : la manie de changer les noms, couplée avec la superstition de croire que cela va réellement changer les choses.
Changer de nom pour « remettre les compteurs à zéro »
Les hommes politique, en particulier (mais ils ne sont pas les seuls, hélas), sont friands de ces « renaissances » par le changement de nom. Le parti macroniste s’est appelé En marche !, La République en marche, Ensemble pour la République, Ensemble pour la majorité présidentielle et, actuellement, Renaissance. Le parti originellement gaulliste (nous ne donnerons que les acronymes, pour éviter de prendre trop de place), connu comme le RPF (Rassemblement du peuple français) à partir de 1947, est devenu UNR, puis UNR-UDT, puis UDVe, puis UDR, puis RPR, puis UEM, puis UMP, puis LR : neuf avatars en quatre-vingts ans. Et gageons que ce nom va encore changer, dans les années à venir.
C’est ce que les linguistes, les sociologues et les snobs (ce sont souvent les mêmes) appellent le « discours performatif » : « quand un signe linguistique réalise lui-même ce qu'il énonce ». Les Français sont intimement persuadés, en effet, qu’ils peuvent changer les choses simplement en les nommant autrement.
Quel est le but de ces changements de nom ? D’après ce qui est claironné, il s’agit de « prendre un nouveau départ », « effacer l’ardoise », « remettre les compteurs à zéro », « se libérer d’un lourd passé », etc.
Cette ambition n’est pas absurde dans tous les cas. Cela peut avoir du sens, même si assez rarement, notamment quand une institution porte le nom d’un individu désormais voué aux gémonies. C’est le cas, par exemple, de l’abbé Pierre, aujourd’hui rejeté à cause de ses abus sexuels, après avoir été absurdement adulé dans le passé. Il y a effectivement une certaine logique à avoir débaptisé la « fondation Abbé-Pierre » pour se distancer des crimes du prétendu héros.
Le changement de nom n’apporte rien à la réalité
Cependant, même dans un cas aussi clair, le gain n’est pas si mirobolant qu’on le croit. Car tout le monde connaissait la « Fondation Abbé-Pierre », tandis que bien peu de personnes connaissent son nouveau nom, la « Fondation pour le logement des défavorisés » : des décennies de communication et d’installation de la marque « Abbé Pierre » ont été perdues par ce changement de nom. Et il faudra bien longtemps (si cela arrive un jour) pour que la « Fondation pour le logement des défavorisés » devienne aussi célèbre que la « Fondation Abbé-Pierre ».
En revanche, ordinairement, le changement de nom n’apporte rien à la réalité. Qui peut dire que de s’appeler « Union pour la défense de la République » ou « Rassemblement pour la République » ou « Les Républicains » change quoi que ce soit au positionnement idéologique de ce parti, à son programme politique et même à l’image que s’en fait l’opinion ? Après le changement, ceux qui n’ont pas suivi l’affaire ignorent qui sont « Les Républicains », par exemple, et ceux qui l’ont suivie se disent : « Ah oui, c’est le nouveau nom du RPR ! » Le gain espéré est donc à peu près nul, dans la réalité.
Le pire est que cette volonté de changement, qui ne modifie évidemment pas les choses elles-mêmes, souvent ne change même pas le nom.
Le Front national, par exemple, a changé de nom en 2018 pour devenir le Rassemblement national afin de mieux se « dédiaboliser ». Mais les journalistes - non sans une pointe de perfidie, d’ailleurs - n’omettent jamais de parler du « Rassemblement national, anciennement Front national » : autant dire que le changement de nom aura été un coup d’épée dans l’eau.
Et il ne faut pas croire que les années vont forcément entériner même seulement le changement de nom : parfois, c’est un échec total, forme et fond. Tout le monde connaît et apprécie son facteur (qui est souvent une factrice). Et quand, chez moi, sonne l’interphone à une certaine heure de la matinée, je sais ce que je vais entendre : « Bonjour, c’est la factrice, j’ai une lettre recommandée à vous faire signer ». Ce qui signifie que personne ne sait, pas même les intéressés, semble-t-il, qu’il n’y a plus de « facteurs », mais seulement des « préposés », depuis… 1957 !
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67 commentaires
« France autonomie » ça me donne envie de faire mes valises pour aller m’y installer (l’heure approche à petits pas). Le mode de financement avec ses 3 budgets serait la première chose à revoir avec de vrais échanges constructifs et transparents entre les financeurs (CD et ARS) et les directions.
Ce sera une source de mouvements de fonds dont une partie ira dans les poches des profiteurs du système, et ce, aux différents stades. Voyez vous-même…
1) le changement de nom a été l’objet d’études approfondies et rémunératrices.
2) l’étude du logo avec une charte visuelle : beaucoup d’argent dépensé et redistribué (en rétrocessions et +) aux donneurs d’ordre et aux conseillers et publicistes chargés du travail.
3) Enfin, achats de tout ce qui propage l’identité visuelle (papiers à entête, enseignes, affichages, etc.) : avec des coûts gonflés pour permettre les rétrocessions et autres.
Suite aux scandales des EHPAD, beaucoup de prébendes et d’argents ont été perdus pour les profiteurs, les administrateurs etc… Ce changement d’identité outre le fait de masquer les scandales dans la mémoire collective, permettra de rattraper, comme à chaque fois qu’il y a ce genre de changement que ce soit dans une administration ou une société, le « manque à gagner » temporaire des sangsues qui vivent aux crochets de celles-ci (reportez vous au changement minimaliste du logo de la Société Générale qui suivit le scandale Kerviel !) etc. Ni vu, ni connu ! Dans très peu de temps, les pensionnaires des MFA seront victimes des mêmes fautes de soins et des repas « allégés ».
Cela change tout et fera moins peur pendant 6 mois ! Si nous nous retrouvons dans ces endroits, c’est justement que nous n’avons pus notre autonomie ! Je me rappelle le moment ou nous avons changé le nom cancérologue par oncologue, c’est nettement plus rassurant…pendant 6 mois. Quand j’ai fréquenté ces spécialistes, j’ai résolu le problème en disant crabologue. Alors au lieu de Maisons France autonomie, ne serait-il pas plus juste de dire Mouroirs ?
Maison France autonomie…dans ve nom il ya France et ça colle avec les centres d’abattages des vieux au nom de la mort digne.
« Centres d’abattages des vieux »… On peut avoir quelques précisions sur ces fameux centres ?