Lyhanna : Darmanin présente ses « excuses » mais continue sa petite carrière

Dans d'autres pays, la question de la démission du ministre responsable va de soi. Pas en France.
Capture d'écran
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Après la découverte de l'ampleur des défaillances de la Justice dans le dossier du suspect du meurtre de la petite Lyhanna, dans le Gers, l'émotion et la colère des Français ont obligé le garde des Sceaux Gérald Darmanin à intervenir, vendredi soir, au JT de TF1. Sentant que cette colère pourrait bien remonter jusqu'au sommet de l'institution, et donc jusqu'à lui, voire jusqu'au sommet des institutions, il a choisi de prendre les devants.

S'associer à l'émotion et à la colère : oui, mais encore ?

Il a su ne pas tergiverser et trouver les mots attendus : « L’institution judiciaire n’a pas su protéger » Lyhanna, a-t-il déclaré, et « au nom de la justice, comme ministre », il a « présenté [s]es excuses » à la famille de la victime et « aux Français qui sont légitimement choqués, terrifiés de voir de telles défaillances ». « Je suis furieux de cette situation », a-t-il ajouté, tout en dénonçant « un immense échec ». Son intervention a multiplié les signes d'empathie : « Je m’en veux personnellement parce que je suis père de famille », « un citoyen comme tous les autres », « je ne réfléchis pas comme un comptable », « je réfléchis parce que j’ai du cœur et que je vois la souffrance atroce de cette famille ». On ne saurait lui faire un procès en insincérité.

Mais voilà, M. Darmanin n'est pas tout à fait un citoyen comme tous les autres, il est ministre, et être ministre, c'est être responsable. Et responsable, aussi, des manquements de ses subordonnés, de son administration. Que l'on se souvienne, par exemple, de la démission du chef d'état-major de l'armée de terre, le général Cuche, le 1er juillet 2008, après une bavure sanglante accidentelle à Carcassonne (dix-sept personnes, dont quinze civils et des enfants, avaient été blessées par des tirs à balles réelles lors de ce qui devait être une démonstration). Le Président de l'époque, Nicolas Sarkozy, avait tenu des propos très durs à l'encontre des militaires. Le général avait immédiatement assumé ses responsabilités. Et démissionné. Certes, c'était un militaire... Or, si Darmanin a bien déclaré « J’en tirerai toutes les conséquences », estimant qu’« on a failli dans le suivi des plaintes », s'il a bien précisé « J’assume mes responsabilités et je proposerai des sanctions », jamais il n'évoque la possibilité de sa propre démission.

« Irresponsabilité » : le mot est lâché...

Assumer ses responsabilités de ministre ? Celles de la politique que l'on conduit mais aussi celles de son application. Si, sur le premier point, on peut lui reconnaître d'avoir donné des instructions pour prioriser le traitement de ce type de plaintes, on peut néanmoins lui reprocher, comme à ses prédécesseurs, de rendre la Justice bien plus zélée quand il s'agit de mettre en garde à vue tel ou tel militant identitaire pour un post politique anti-immigration.

Et, sur le second point, Darmanin est bien obligé de déplorer que l'application de son instruction a failli : « J’ai dit qu’il fallait qu’on priorise les plaintes pour des attouchements sur les enfants et les femmes. Ça n’a pas été priorisé. » Si le ministre n'est pas écouté dans son ministère, cela pose question, et cela pose la question de l'autorité dudit ministre. Et de sa responsabilité. Darmanin a bien prononcé le mot d'« irresponsabilité » : « L’indépendance » des magistrats, a-t-il déclaré, ce « n’est pas l’irresponsabilité ». Il sait bien que cette question de l'irresponsabilité, y compris des ministres, nourrit la colère des Français.

Et dans son cas, elle est légitime, car M. Darmanin ne vient pas d'arriver Place Vendôme et n'en est pas, à ce poste et à tous ceux qu'il a occupés au plus haut niveau de l'État depuis neuf ans, à sa première « irresponsabilité ». Lui aussi a été, pendant quatre ans, un ministre de l'Intérieur dépassé, à la Nuñez, tentant de minimiser les émeutes urbaines pour en faire porter le chapeau aux Kevin et aux Mathéo. Il y eut aussi l'horreur du meurtre de la petite Lola, en 2022. Darmanin avait survécu politiquement à tous ces fiascos. Les choses ont-elles changé, depuis Darmanin ? À la Justice, force est de constater que, derrière quelques (petits) coups de menton, Darmanin ne faire guère mieux que Dupond-Moretti, en poste au moment de l'évasion sanglante d'Amra. Dans d'autres pays, la question de la démission du ministre responsable va de soi. Pas en France.

L'expression « en responsabilité », maintes fois rabâchée par les dizaines de ministres qui ont défilé au gouvernement de la France, en bientôt dix ans de macronisme, n'est en fait que le cache-misère de l'irresponsabilité de tous ces gens. Il n'est pas étonnant que les Français se posent cette question de l'irresponsabilité de ministres qui s'accrochent à leur petite carrière, malgré toutes ces années de « défaillances », d'« échecs » aboutissant à la mort tragique de Français innocents, des « dysfonctionnements », pour citer Macron, qu'ils se contentent de déplorer, quand ils ne peuvent plus les dissimuler ou les minimiser. Pas étonnant que les Français en viennent aussi, comme Philippe de Villiers ce vendredi soir, à se poser la question de la responsabilité du Président. Et, pour beaucoup, de sa démission à lui.

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Frédéric Sirgant
Chroniqueur à BV, professeur d'Histoire

Vos commentaires

95 commentaires

  1. Ce n’est pas des  » excuses » qu’il devait présenter ( le mot est faible, inapproprié et en décalage avec le drame) c’est sa démission qu’il devait présenter. Mais pour cela il faut avoir le sens de l’honneur et de la responsabilité de sa fonction.

    • Paroles, paroles, spécialiste du vent comme son mentor Sarko.
      Ces gens n’ont aucune honte dans leur inutilité et incapacité.
      Mis à part faire le paon devant les écrans de TV, il ne vaut pas grand chose. Mais la gamelle est bonne.

    • On ne présente pas ses excuses mais on demande d’accepter ses excuses, excuses que personnellement je n’aurai pas accepté. C’est trop facile de dire : Excusé moi Madame, Monsieur j’ai été incompétent incapable de protéger Lyhanna mais néanmoins je m’accroche à mon maroquin comme la moule à son rocher. Le premier coupable (pas responsable car en France il n’y en a jamais) est Macron qui recase au Conseil Constitutionnel un copain qui s’empresse de censurer les lois qui auraient permis de protéger Lyhanna. Ces individus sont pitoyables et déshonore la France.

  2. Qui aura enfin le courage de proposer une loi reconnaissant la responsabilité des juges qui refusent de condamner les délinquant et celle des JAP qui remettent des récidivistes en circulation, sans oublier les psychiatres dont expertises concluent à l’absence de risque de récidive de leurs  »clients ».
    Ca calmerait certainement les ardeurs ce ces idéologues gauchos.

    • Un psychiatre digne de ce nom, et j’en connais un très proche, ne peut pas accepter de répondre honnêtement à la fameuse question que l’on pose aux experts judiciaires: considérez vous que l’accusé n’avait plus son discernement AU MOMENT DES FAITS. C’est un scandale, entre autres, du fonctionnement judiciaire.

  3. En France on brigue des postes à responsabilité mais comme en cas de scandale on ne se considère jamais coupable on n’assume justement pas ces responsabilités. Elle n’est pas belle la vie? Monsieur Darmanin est un futé car en arrivant à son poste il a rédigé une directive qu’il savait impossible à tenir mais qui lui permet maintenant de faire le chef trahi par ses subordonnés. Bien joué!

  4. Comme si les hommes politiques français avaient un quelconque honneur…
    Il s’en fout de ce qu’il dit, les Français suivent les conseils de TF1 France 2 France Inter BFM Mediapart libération et le monde. Dans 30 secondes ils auront tout oublié.

  5. Ils ne démissionneront pas : ils ont trop à faire dans la déconstruction, telle celle qui donne de vrais moyens au maintien de l’ordre (y compris celui qu’ils appellent « immatériel ») face aux paysans, face aux « idées déviantes », etc, etc…

  6. Il y en a plus que marre de ces Ministres « Responsables mais pas coupables » qui, de fait, n’assument jamais leurs responsabilités.
    Le Ministre de la Justice se dédouane à bon compte en s’excusant pour l’incurie de la magistrature qu’il est censé superviser mais qui elle n’est responsable que devant Dieu et encore … Si Darmanin avait le sens de l’honneur et du respect pour sa fonction, il DÉMISSIONNERAIT.
    Il aurait déjà dû le faire lorsqu’il a menti effrontément sur les Kevin et Matteo lors de son audition au Sénat en Juillet 2023!
    J’espère que les Français auront de la mémoire si il devait briguer la fonction suprême …

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