Swinging London : Chapeau melon et bottes de cuir, 007 et toutes ces sortes de choses !
Nous sommes à Londres dans l’immédiate après-guerre. L’Angleterre se remet péniblement du Blitz. Les enfants jouent encore dans les ruines. Les tickets de rationnement sont là ; les bases militaires américaines aussi, telle une sorte de revanche sournoise du colonisé sur le colonisateur. Le monde semble être toujours en noir et blanc, telles ces actualités cinématographiques ayant rythmé la vie de la population, six ans durant. Et c’est grâce à ces bases qu’un peu de couleur commence à poindre, les GI étant régulièrement approvisionnés en disques jusqu’ici introuvables. C’est le blues, c’est le jazz, c’est le rock. Et surtout, c’est Elvis, le seul roi capable de rivaliser avec la reine locale.
Les Beatles, la réponse anglaise à Elvis Presley…
La réplique des jeunes Anglais sera donc le skiffle, sorte de musique country, elle aussi venue des USA et censée être le pendant blanc du rythm’n'blues noir. C’est dans ce genre rudimentaire que les Beatles, qui à l’époque s’appellent encore les Quarrymen, font leurs premières armes. Le reste appartient à l’Histoire. Et cette dernière a une bande-son, celle du Swinging London, brillamment restituée en ce coffret de trois disques, What’s It All About?.

Au fait, qu’est-ce que ce fameux Swinging London ? Une sorte de parenthèse enchantée durant laquelle la perfide Albion devient le centre culturel du monde entier. Certes, le rock vient d’outre-Atlantique ; mais la pop music, elle, est née au Royaume-Uni. Derrière le chemin tracé par les quatre de Liverpool s’engouffrent, tôt, les Rolling Stones, Pink Floyd, Yardbirds, Traffic, Cream, Led Zeppelin et consorts. Il serait laborieux de tous les citer ici. Résultat ? Les USA subissent ce qu’ils nomment la British Invasion. Dans le même temps, l’agent James Bond 007 de Ian Fleming s’impose sur grand écran, créant au passage un genre nouveau : le film d’espionnage. Mieux : il en explore aussi le versant sombre avec Harry Palmer, personnage né de l’imagination de Len Deighton. Ce sera Ipcress – Danger immédiat (1965), de Sydney J. Furie. Le tout au service de Sa Majesté la reine. Bref, les rosbifs se rebiffent.
Une effervescence culturelle hors du commun…
Toujours du côté du septième art, nos amis britons révolutionnent le film fantastique avec la Hammer, le mythique studio qu’on sait. Christopher Lee en comte Dracula et Peter Cushing en baron Frankenstein déferlent sur le monde tout en contribuant à la bonne tenue de la balance commerciale anglaise. Dans la foulée, les Beatles se voient décerner la Medal of British Empire, équivalent de notre ordre du Mérite, by the queen en personne. Le raz-de-marée est tel que la BBC lance, au passage, des séries depuis entrées dans la mémoire commune : Chapeau melon et bottes de cuir, Le Prisonnier et les Thunderbirds, feuilleton de science-fiction plus connu en nos contrées sous le titre de Sentinelles de l'air, mais qui sera le premier à être entièrement réalisé avec maquettes et marionnettes animées.
Et, pour tout arranger, Mary Quant lance la mode de la mini-jupe, rendue possible par l’apparition des collants. Les érotomanes pleurent la disparition programmée des porte-jarretelles, mais l’amateur de jolies gambettes est au nirvana.
L’Angleterre, ce pays si longtemps corseté, est devenu l’emblème de la coolitude. La preuve par Alfie (1966), film de Lewis Gilbert mettant en scène un Michael Caine en dragueur invétéré, faisant ainsi rêver des générations de puceaux encombrés par leur boutonneuse puberté.
Une révolution d’enfants gâtés…
C’est tout cela, le Swinging London : une apothéose culturelle, vestimentaire, musicale et cinématographique, qui marquera durablement la face du monde. Pour le pire et le meilleur, objecteront certains mauvais coucheurs voyant l’arrivée de la pilule contraceptive et de la libération sexuelle allant avec d’un mauvais œil.
Et dire que tout cela est arrivé dans quelques rues seulement, situées autour de Carnaby Street. Certes, cela ne concernait à l’origine que peu de monde, tel qu’en témoigne le cinéaste Michael Winner, auteur du très réactionnaire Justicier dans la ville (1974), avec Charles Bronson en vengeur urbain, à l’occasion d’un entretien avec David Bailey, le photographe des stars d’alors : « Les années soixante à Londres étaient fantastiques pour une élite de cinq cents à deux mille personnes. Mais si vous étiez chauffeur de taxi ou mineur de fond, rien ne changeait. » Notons que dans Le Flingueur (1972), Michael Winner réglait déjà ses comptes avec les enfants du flower power, les dépeignant en dégénérés drogués. Voilà pour l’inévitable fausse note, mais qui méritait néanmoins d’être rappelée.
Pour le reste, ce coffret nous propose donc un véritable voyage dans le temps. En introduction ? Le sublime générique de Chapeau melon et bottes de cuir, du Laurie Johnson Orchestra. Et celui de James Bond, composé par Monty Norman et arrangé par ce génie qu’était John Barry, dont on retrouve ici le thème du Ipcress – Danger immédiat plus haut évoqué. Le reste n’est qu’enchantement sonore, avec des chansons de stars oubliées, telles Lulu l’Écossaise ou la Cilla Black, Liverpuldienne ayant grandi à l’ombre des Fab Four.
Une telle aventure spatio-temporelle pour à peine quarante euros, avouez que c’est donné.
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20 commentaires
Une grande époque.
J’aurais ajouté les Shadows (Apache c’était quelque chose …)
Et Cliff Richard.
Vous nous enchantez une nouvelle fois , Cher Nicolas, par cette chronique rafraîchissante qui évoque des temps qui semblent bien lointains. Quelle explosion de talents musicaux en si peu de temps!. La création était partout . Aujourd’hui les Britons sont étouffés par une chape de plomb qui préfigure leur disparition. Seule peut-être la pop music respire encore. En tout cas très belle chronique parfaitement illustrée qui nous donne envie d’acquérir le coffret.
Les américains de New York avaient leur Carnaby Street au Greenwich village. C’était pas le même esprit plus « underground » moins stylisé . Avec aussi ses artistes , écrivains et beaucoup d’intellos .Andy Warhol , le velvet underground , NIco , Lou reed , la période Electric Ladyland de Jimi Hendrix etc . La scène New yorkaise comme on disait à l’époque . La différence est que le Village n’a pas eu la fugacité de l’époque du swinging London qui a fait tout son charme . Greenwich village a toujours été un haut lieu de l’intelligentia New Yorkaise comme St Germain des prés en France . Où se trouvait de nombreux clubs et maison de disque de Jazz , où les mouvement Beatniks en a fait un lieu de résonnance de leur mouvement puis le mouvement Gay et LGBT ont pris le relai .
L’Angleterre des années 70 , qui n’est plus , le grand remplacement est passé par là , comme en France et ailleurs en Europe.
L ‘ Angleterre et……. les Anglaises !!….des sixties , l’apogée de l ‘ histoire de l ‘ Humanité !!
Ce fut bel et bien le bon temps !
Oui, ce fut le bon temps. Malheureusement, nous ne le savions pas. Enfin, c’est toujours ça de pris.
OMG ! Me sont remontés les Nights in white satin, A whiter shade of pale, She’s not there (repris par Santana), Friday on my mind…tsunami face auquel les US ne sauront opposer que les sinistres Monkees, ou les bien plus appréciables Turtles, qui au passage sonnaient nettement plus fish and chips qu’hamburger…
Quant aux Patrick, Macnee et McGoohan, cela fait un bail que j’ai l’intégrale.
Les who du début , le style mods . Mais il est vrai qu’en France nous étions pris dans un mouvement qui allait des states aux Anglais aussi bien les Moody Blues, les Manfred Mann que Bob Dylan ou les Byrds . En 1969, je ne sais pas si le festival de Woodstock a annoncé une fin de cette période enchantée ; sauf pour les jeunes américains engagés dans la guerre au Vietnam !
L’Angleterre, la France et secondairement l’Italie, ont connu une période que personne ne retrouvera. On évoque les 30 glorieuses, un siècle de Périclès qui s’est éteint durant les années 70
La fin de la récré a été sonnée en 1973 avec le choc pétrolier . Et cette habitude depuis , de parler de crise pour tout et n’importe quoi pour conditionner les gens à ce qu’ils aient moins qu’avant .
On remarquera que les problèmes ,depuis, viennent tous du Moyen Orient et nos « élites » ont bien contribué à ce qu’il en soit ainsi . On n’était pas obligé d’accueillir le Mollah Khomeiny qui a transformé la petite commune de Neauphle Le Chateau, en QG de campagne pour préparer ses gardiens de la révolution à installer à coups de gourdins, un totalitarisme islamique des plus radical .
Pour la mode et la musique , et accessoirement le cinéma , c ‘était une époque bénie qui touchait toute une génération ; le » Swinging London » est devenu mythique et évocation de nostalgie
C’est une époque qui fait encore rêver . J’étais encore jeune mais chapeau melon et botte de cuir c’était déjà une série culte .le psychédélisme à la sauce anglaise , carneby st
Moi aussi, Emma Peel m’a fait rêver, humour, glamour… Des scénarios super, une vraie détente loin des séries pleines de narcos. Bond, je les ai tous vus. Et oui, réponse d’un boomer.
Je me suis toujours interrogé sur le fait de savoir comment Patrick Mac Goohan avait pu avoir une idée aussi fascinante et géniale que Le Prisonnier.
Cependant j’exclue ici les deux derniers épisodes qui sont du pur « n’importe quoi » qui ont d’ailleurs mécontenté, à juste titre, les télespectateurs à l’époque, contraignant Mac Goohan a poursuivre sa carrière aux Etats Unis, en particulier dans Columbo.
Ce qui prouve que vous n’avez rien compris à sa démarche .Mac Goohan nous expliquait que l’opposition de la guerre froide était une illusion pour les gogos et qu »il se préparait un gouvernement mondial à notre insu qui ferait croire aux individus qu’ils étaient libres alors que par leurs compromissions ils deviendraient tous des esclaves . Son final magnifie au contraire l’homme qui a résisté et a lutté pour chetcher et trouver la vérité cachée .L’homme qui par sa maîtrise de lui-même a finalement mérité de dominer le monde !
Très bonne analyse , le dernier épisode est la synthèse de tout .
Vous vous exprimez avec le recul. J’étais tout gosse quand j’ai vu le dernier épisode, et après avoir été littéralement fasciné par la série, le dénouement m’a terriblement déçu et interloqué. Ce n’est que plus tard…
» Je ne suis pas un numéro , je suis un homme libre ! » A l’aire du numérique et des QR codes , on peut dire que cette phrase était annonciatrice de ce que l’on vit actuellement. Ce n’est plus de la science fiction , c’est de la prophétie .
Quelle formidable série !!