Editoriaux - Polémiques - Politique - 12 février 2019

Il n’est pas glorieux d’instrumentaliser les actes antisémites à des fins politiciennes

Après la découverte du tag “Juden” sur la vitrine d’un restaurant parisien, de croix gammées sur des portraits de Simone Veil, d’une inscription sur le siège du journal Le Monde traitant Macron de “putain de la youtrerie universelle” et autres actes antisémites d’un goût plus que douteux, après l’abattage d’un arbre planté à la mémoire d’Ilan Halimi, séquestré et mortellement blessé, en 2006, par le gang des barbares, des représentants du gouvernement ont dénoncé la flambée de l’antisémitisme en France. Leur dénonciation serait plus crédible si elle n’était apparemment entachée d’arrière-pensées politiciennes.

Le ministre de l’Intérieur est dans son rôle quand il s’inquiète de la hausse de 74 % des actes antisémites en France et déclare que “l’antisémitisme se répand comme un poison, comme un fiel”. Même s’il oublie de condamner les fréquentes profanations d’églises ou de préciser que l’antisémitisme se développe surtout chez ceux qui prennent parti contre Israël dans le conflit palestinien.

On ne s’étonne pas, non plus, de son silence devant l’attaque, par des “antifas”, de la Nouvelle Librairie, accusée – quel crime abominable ! – d’inviter Éric Zemmour. Franck Riester, Laurent Nuñez ou Nicole Belloubet semblent effectuer, dans leurs indignations, un pareil tri sélectif.

Mais quand le délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT tweete : “Tags antisémites jusqu’à la nausée en plein Paris ce WE. Quand la haine des Juifs se recoupe avec la haine de la Démocratie, le vocabulaire de la #fachosphere se retrouve sur les murs !”, quand, sur RTL, il met en cause les gilets jaunes et “l’extrême droite”, regrettant “qu’il n’y ait pas assez de condamnations, au sein des gens qui animent ces manifestations et ce mouvement, de ces mots, ces pratiques et ces gestes qui sont complètement déplacés”, on peut légitimement se demander s’il ne participe pas un peu à une instrumentalisation de l’antisémitisme.

Le 1er novembre 2018, Emmanuel Macron avait déjà fait un rapprochement avec les années 30, soulignant “la ressemblance entre le moment que nous vivons et celui de l’entre-deux-guerres”. Fin novembre, Gérald Darmanin, qui ne fait pas dans la dentelle, avait surenchéri : “Ce ne sont pas les gilets jaunes qui ont manifesté, c’est la peste brune. Ce n’est pas parce que vous mettez un gilet jaune que vous ne portez pas une chemise brune en dessous.” Serait-ce faire un procès d’intention au chef de l’État et à son gouvernement que de déceler, dans leurs condamnations, des objectifs pour le moins équivoques ?

Quand, au même moment, un sondage, réalisé par l’IFOP et largement médiatisé, affirme, comme par hasard, que les gilets jaunes sont plus sensibles que la moyenne des Français aux théories complotistes, que 46 % d’entre eux adhèrent à la théorie du Grand Remplacement, on peut légitimement douter que les déclarations gouvernementales soient innocentes. Ces actes antisémites, aussi stupides que condamnables, sont utilisés, dans une campagne européenne qui ne dit pas son nom, pour promouvoir les « progressistes » (le camp du bien) aux dépens des « nationalistes » (le camp du mal), selon la distinction établie par Macron lui-même.

Il n’est pas glorieux pour un gouvernement, fût-il aux abois, d’utiliser les actes de quelques provocateurs ou irresponsables pour chercher à discréditer à la fois le mouvement des gilets jaunes et les souverainistes. Ce n’est pas rendre hommage aux victimes des tragédies de l’Histoire de les instrumentaliser dans des combinaisons politiciennes.

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