Editoriaux - Justice - Politique - 16 novembre 2019

« Fake news » sur France Culture : retour sur l’affaire Rémi Fraisse

Mercredi matin 13 novembre, lors de l’interview de Bernard Cazeneuve, , sociologue de son état et producteur des « Matins », la matinale de , a été pris en flagrant délit de propagation de fausse nouvelle. En effet, lors de cette interview, il n’a pas hésité à présenter la mort du militant écologiste Rémi Fraisse, à Sivens, en 2014, comme un « meurtre », alors qu’il n’y a pas eu de faute commise de la part des gendarmes, comme l’a montré l’enquête de l’inspection générale de la gendarmerie nationale, et que cette affaire a donné lieu à un non-lieu de la part de la Justice en janvier 2018.

Ce type de comportement à une heure de grande écoute ne grandit pas celui qui en est l’auteur ni le service public, au moment où l’emploi à tort et à travers de l’expression « violences policières » met à mal la défense même de notre démocratie et renvoie à une violence qui serait illégitime. L’esprit confus de ce producteur de radio est affligeante et mériterait, me semble-t-il, un blâme de la part de France Culture.

J’écrivais dans ces colonnes, le 16 décembre 2014, qu’avec l’interdiction d’emploi des grenades offensives ordonnée par Bernard Cazeneuve, les casseurs avaient gagné. Aujourd’hui, avec la présentation qui en a été faite par Guillaume Erner, les casseurs ont gagné une seconde fois.

Petit retour en arrière. Au terme de leur instruction, les juges Anissa Oumohand et Élodie Billot ont considéré que le gendarme qui a lancé la grenade ayant mortellement blessé Rémi Fraisse a agi dans les règles. Cette nuit-là, sur le site du projet de barrage de Sivens, les gendarmes mobiles devaient protéger de l’incursion de manifestants une zone vide mais destinée à accueillir des engins de chantier, dite « zone de vie ». Peu avant 2 heures du matin, le gendarme Jean-Christophe J. décide de tirer une grenade pour « provoquer le recul du groupe de manifestants se trouvant face à lui » mais « sans avoir à aucun moment souhaité les atteindre », conclut l’ordonnance de non-lieu.

Il a « effectué les avertissements d’usage » et, au préalable, « observé la zone distante d’une vingtaine de mètres ». Les juges ont considéré qu’il était, en outre, fondé à user de la force, car deux conditions étaient réunies : les militaires subissaient des violences et ils n’avaient d’autre moyen de défendre le terrain qu’ils occupaient. « Les gendarmes étaient la cible de projectiles divers (pierres, cocktails Molotov, fusées de détresse…) de la part d’un nombre croissant d’opposants » et « le gendarme n’avait d’autre solution que de lancer une grenade en raison de l’impérieuse nécessité de mettre à distance les opposants les plus virulents dont certains étaient quasiment au contact ». Les forces de l’ordre « ont adapté leur riposte, de façon parfaitement proportionnée ». Par ailleurs, aucune mise en examen n’avait été décidée au cours des plus de trois années d’enquête et le parquet avait lui-même requis un non-lieu, le 20 juin 2017.

Alors, participons à la formation et l’information de Guillaume Erner en lui rappelant que la doctrine française du maintien de l’ordre est fondée sur la graduation de la riposte à l’agression des forces de l’ordre. L’usage des grenades offensives par les gendarmes faisait partie de la panoplie disponible en situation extrême, lorsque la vie des personnels est mise en danger ou lorsque le chef militaire ne peut défendre autrement le terrain qu’il est chargé de défendre et remplir sa mission. Cet usage fait partie de la responsabilité du chef qui en donne l’ordre et qui doit en justifier.

J’ai demandé personnellement à Guillaume Erner de bien vouloir rectifier ses propos dès le lendemain matin afin que la vérité soit bien dite dans l’affaire de Sivens.

J’attends sa réponse.

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