Editoriaux - Politique - 16 novembre 2019

Islamisme : plus facile de fermer un débit de boissons qu’une mosquée ?

Vous pourriez croire que les mosquées ou les associations culturelles sont des foyers privilégiés de la propagande islamiste ? Eh bien, vous vous trompez. Si l’on en croit Laurent Nuñez, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur, les débits de boissons sont également des lieux de contagion. Invité de France 2, le vendredi 15 novembre, le bras droit de Christophe Castaner a voulu montrer la fermeté du gouvernement à l’égard de l’islam politique. A-t-il convaincu ?

Une quinzaine de quartiers de France seraient « frappés par l’islamisme politique et le communautarisme » (pas plus ?). Laurent Nuñez a dressé une liste des fermetures, depuis février 2018 : « Nous avons fermé un peu moins de 130 débits de boisson, […] douze lieux de culte […], quatre écoles hors contrat, neuf associations et établissements culturels, parce que dans ces endroits-là, on entendait un discours qui faisait passer la loi de Dieu avant les lois de la République et le vivre ensemble. » Tout en invitant à ne pas faire « d’amalgame avec les musulmans de France, avec l’islam, qui est une religion qui se déploie dans notre pays de manière tout à fait calme et pacifique ».

Il lui fallait bien pratiquer le « en même temps », qui permet de dire tout et son contraire, et ne pas prêter le flanc à l’accusation d’islamophobie. Mais il est plus facile d’éluder le problème en distinguant les « bons », qui seraient majoritaires, et les « méchants », qui seraient des dévoyés, que de l’affronter avec lucidité et de trouver des solutions pour le résoudre. Le Coran ne sépare guère le religieux du politique : la maxime du Nouveau Testament « Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu » lui est inconnue.

Mais venons-en aux fermetures. On se doutait que les écoles musulmanes hors contrat ou certaines associations culturelles étaient propices à la propagation de l’islamisme, mais on s’étonne que seuls douze lieux de culte aient été fermés, le nombre de mosquées salafistes en France étant bien supérieur à la centaine. Il est vrai que, pour fermer une mosquée, il faut établir qu’on y tient des propos punis par la loi, des appels au djihad ou un discours haineux. Et quand on sait qu’un imam de Sarcelles, qui aurait dû quitter la France en 2015, assure cinq prières quotidiennes à la mosquée de Gonesse, on peut s’interroger sur l’efficacité de ces expulsions.

Mais le plus surprenant, c’est le nombre de débits de boissons qui ont été fermés. Un article de L’Express du 11 avril 2019, qui s’était intéressé à la question, nous apprend que ces « débits de boissons » sont principalement « des kebabs, salons de thé, bars à chicha, mais aussi des bars qui vendent de l’alcool mais dont les patrons sont proches de la mouvance radicale ». Il faut croire qu’il est plus facile de trouver des raisons de fermer administrativement de tels établissements.

Laurent Nuñez est bien obligé de se faire le porte-voix de Christophe Castaner qui – allez savoir pourquoi – n’est pas pris au sérieux quand il prend la parole. Mais son excès de prudence risque de lui être reproché. C’est bien beau, d’énumérer la liste des fermetures, finalement peu nombreuses, mais on préférerait qu’il prît des mesures fortes pour éteindre tous les foyers d’islamisme qui continuent de prospérer.

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