Editoriaux - Politique - 20 avril 2019

Européennes : le Rassemblement national remet les pendules à l’heure

Le Rassemblement national peut se réjouir : après un long coude-à-coude avec le parti majoritaire, un sondage pour Paris Match, CNews et Sud Radio, daté du 19 avril, le place en tête : 22,5 % (+1) contre 22 % (=). Il faut attendre les prochaines études pour savoir si cette tendance se confirme, mais cet avertissement devrait conduire les partis dits « de gouvernement » à s’interroger sur la pertinence de leur stratégie.

Après son livre Révolution, Macron a choisi de nommer sa liste « Renaissance ». Elle est censée, selon Stanislas Guerini, rassembler « tous ceux qui croient en la Renaissance du projet européen ». Une appellation bien ambitieuse pour le croque-mort de la France et de ses valeurs. Cette liste, soutenue par un conglomérat de partis (LREM, MoDem, Agir, MRSL), a beau ratisser large, elle n’attire guère les foules (deux points de moins qu’au premier tour de la présidentielle). Si l’on compte sur le chant de Nathalie Loiseau pour charmer les électeurs, c’est mal parti. Il va falloir que le Président s’y mette lui aussi. Il est à parier qu’il ne lésinera pas sur les moyens.

Les petites listes eurosceptiques et souverainistes stagnent. Nicolas Dupont-Aignan ne parvient pas à décoller. Il est crédité de 4,5 % (-0,5 %), à peu près son score du premier tour de la présidentielle. Laissons-lui le soin de juger, avec son état-major, s’il n’eût pas été plus habile de chercher à s’entendre avec son alliée du second tour. Les Patriotes de Florian Philippot restent à 2 %. Les chaînes de télévision continuent, pourtant, de l’inviter sur leurs plateaux, mais il faut croire que les Français ne lui pardonnent pas d’avoir quitté le FN en emportant les mandats qu’il avait acquis sous cette étiquette. Quant à François Asselineau, il a le mérite de la constance, mais son 1 % d’intentions de vote ne changera pas la donne.

Ne soyons pas trop cruels pour la gauche, qui n’en finit pas de se diviser. La France insoumise est stable, à 7 %, mais quelle dégringolade depuis la présidentielle ! Elle est devancée par Europe Écologie Les Verts (8,5 %) mais devance – faible consolation – le Parti socialiste (6,5 %), malgré l’arrivée de Raphaël Glucksmann, ainsi que le micro-parti de Benoît Hamon (3 %) et le Parti communiste (2,5 %), qui pourra bientôt se réunir dans une cabine téléphonique. La gauche peut remercier François Hollande, qui parade alors qu’il est le premier responsable de cette déconfiture.

Le choix de François-Xavier Bellamy comme tête de liste LR semble avoir été judicieux : il permet aux Républicains de limiter les dégâts et d’atteindre les 14 % (+0,5 %). Mais ce parti souffre, lui aussi, de sa décomposition, entre ceux qui ont rejoint Macron, avant ou après son élection, ceux qui veulent rester dans l’opposition, ceux qui préfèrent coopérer, ceux qui attendent de voir comment le vent va tourner… Sauve qui peut, les gars ! Mais tous n’auront pas l’heur d’entrer au Conseil constitutionnel. Il serait temps, pour la droite, de réfléchir sérieusement à ses alliances plutôt que de tergiverser.

C’est, sans conteste, le Rassemblement national qui tire le mieux son épingle du jeu. Marine Le Pen, qu’on disait perdue après le débat d’entre-deux-tours, a vite remonté la pente, s’est habilement comportée pendant la crise des gilets jaunes en les soutenant sans les racoler. Il est probable qu’une partie des 3 % attribués à une éventuelle liste des gilets jaunes se reportera, si elle ne va pas jusqu’au bout, sur la liste conduite par Jordan Bardella. Sans compter l’électorat des Républicains, qui commence à trouver que le Rassemblement national défend mieux ses valeurs que son propre parti.

Paradoxalement, celle qu’on traitait en paria de la politique remet les pendules à l’heure !

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