Génocide pontique : entre déni turc et silence européen
Au début du XXe siècle, l’Empire ottoman agonise. Battu dans les Balkans puis entraîné dans la Première Guerre mondiale aux côtés de l’Allemagne, il voit monter un nationalisme turc radical porté par le mouvement des Jeunes-Turcs. Dans cette idéologie nouvelle, les minorités chrétiennes de l’Anatolie deviennent alors des ennemis intérieurs désignés comme responsables de l’affaiblissement de l’empire. Après les Arméniens et les Assyro-Chaldéens, les Grecs pontiques deviennent ainsi à leur tour une cible à abattre.
Ces derniers vivaient depuis l’Antiquité sur les rives de la mer Noire, dans la région du Pont-Euxin, qui leur donnera leur nom. Ils formaient une importante communauté grecque orthodoxe implantée autour de Trébizonde, Samsun ou Sinope, forte d’environ 600.000 individus. Leur présence plurimillénaire devient insupportable pour les nationalistes turcs qui veulent bâtir une nation homogène ethniquement et religieusement, débarrassée de ses populations chrétiennes. Le 19 mai 1919 marque un tournant majeur lorsque Mustafa Kemal Pacha débarque à Samsun pour lancer la guerre d’indépendance turque. Cette date est aujourd’hui célébrée en Turquie comme une fête nationale, mais pour les défenseurs des Grecs pontiques, elle symbolise au contraire l’intensification d’un génocide encore trop peu reconnu.
Déportations, marches de la mort et extermination
Dès 1914, les autorités ottomanes mettent en place une politique de persécutions systématiques contre les Grecs pontiques. Les hommes sont arrachés à leurs familles et envoyés dans des bataillons de travail forcé où beaucoup meurent d’épuisement, de faim, de maladies ou de mauvais traitements. Les femmes, les enfants et les vieillards sont quant à eux déportés lors de longues marches forcées comparables à celles infligées aux Arméniens. Sans nourriture, sans soins et souvent sous la violence permanente, des milliers de civils périssent. Cette politique vise autant à éliminer physiquement les Pontiques qu’à effacer toute trace de leur présence historique sur les rives de la mer Noire, et plus les années passent, plus l’extermination s’intensifie.
La signature du traité de Lausanne, le 24 juillet 1923, reconnaît officiellement les frontières de la nouvelle Turquie et impose un échange obligatoire de populations entre la Grèce et la Turquie. Des centaines de milliers de Grecs orthodoxes doivent alors quitter définitivement l’Anatolie, tandis que des musulmans de Grèce sont transférés vers la Turquie. Officiellement présenté comme une solution pacifique, cet échange légalise en réalité les conséquences des massacres et des expulsions précédentes.
La LICRA rappelle ainsi qu’environ 400.000 Pontiques furent expulsés vers la Grèce, mais seuls 260.000 arrivèrent à destination. Entre 1914 et 1923, on compte un total d’environ 350.000 morts parmi les Grecs pontiques. Environ 50.000 Pontiques auraient échappé à la mort et à la déportation en reniant leur identité grecque, en se convertissant à l’islam et en abandonnant leur langue maternelle au profit du turc. Cette violence ne fut donc pas seulement physique, elle fut également culturelle, religieuse et identitaire.
Une mémoire en quête de reconnaissance
Aujourd’hui, la Turquie refuse toujours de reconnaître le génocide pontique, tout comme elle nie officiellement le génocide arménien. Plusieurs pays et institutions ont pourtant reconnu le génocide pontique, notamment la Grèce, Chypre, l’Arménie ou encore la Suède. Cependant, la France, qui reconnaît officiellement le génocide arménien depuis 2001, n’a jamais reconnu officiellement le génocide pontique, malgré l’abondance des témoignages, des archives, des récits de survivants et des travaux d’historiens attestant de la réalité des massacres.
Ce silence est également d’autant plus frappant qu’il s’agit d’un crime perpétré contre une minorité chrétienne d’Orient entièrement déracinée de sa terre ancestrale. Il dit long sur l’attention que l’Europe accorde aux violences commises contre les chrétiens d’hier comme d’aujourd’hui, malgré les demandes de reconnaissances faites auprès de l’Union européenne. Pendant des siècles, les Grecs pontiques avaient pourtant constitué l’une des plus anciennes communautés chrétiennes du monde méditerranéen. Leur disparition brutale des rives de la mer Noire ne relève ni d’un exode spontané ni d’un simple déplacement de populations, mais bien d’une politique d’extermination organisée. Comme le déclare Laurence Trochu, députée française au Parlement européen, face à l’absence de réaction et de reconnaissance : « Se souvenir est notre devoir face à l’oubli. » Cette phrase résume l’enjeu mémoriel entourant le génocide pontique, pour lequel les descendants continuent encore aujourd’hui de réclamer la justice et une reconnaissance internationale.
Il y a 107 ans débutait le Génocide Pontique. Présents depuis le VIIIe siècle av. J.-C. au sud de la Mer Noire, sur cette terre qui fut celle d'Homère, les Grecs du Pont ont vu leur destin basculer au début du XXe siècle.
Dès les années 1910, les autorités ottomanes les… pic.twitter.com/StRsypTlZE
— Laurence Trochu (@LaurenceTrochu) May 19, 2026
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23 commentaires
Que l’on puisse même contempler la possibilité d’admettre le Sultan Erdogan dans l’Union Européenne est d’une stupidité époustouflante. Et la Turquie n’a aussi pas de place dans l’OTAN.