Editoriaux - 20 avril 2019

Notre-Dame : attention au recel de détournement de fonds caritatifs !

Le Figaro a mis en ligne un sondage qui pose la question : « Notre-Dame de Paris : faut-il utiliser une partie des fonds récoltés pour sauver d’autres églises en péril ? » Sur plus de 37.000 votants, le « oui » recueille 76 % et le « non » 24 %.

On peut, certes, considérer que cette manne qui s’accumule pour restaurer Notre-Dame est disproportionnée, voire choquante, par rapport à l’indigence de certains budgets alloués pour la réfection d’églises plus modestes, moins en vue. Mais il me semble que la charrue précède ici les bœufs.

La triste expérience de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes, en janvier 1972, nous enseigne que la responsabilité de l’État avait été retenue au motif qu’il n’avait pas dépoussiéré les lieux avant les travaux qui, effectivement, ont causé le départ du feu. Il faut espérer que l’entretien de Notre-Dame était moins défaillant.

L’origine du sinistre de Notre-Dame est-elle déterminée ? À ma connaissance, non. Est-il possible que la responsabilité en incombe à l’une des entreprises en charge des travaux ? Il n’y a aucune raison d’écarter a priori cette hypothèse de travail. Si tel devait être le cas, il serait logique que le coût intégral du sinistre incombât à l’assureur de l’entreprise responsable. C’est le principe même de l’assurance en responsabilité civile, même si c’est un sinistre à un milliard d’euros. Auquel cas, les contributions généreuses de chaque donateur, quel que soit le montant, devraient leur être remboursées.

Il y a, aussi, l’hypothèse de l’acte malveillant d’une personne forcément non solvable à hauteur du sinistre. La condamner, comme un Jérôme Kerviel, à payer cinq milliards de dommages et intérêts n’aurait guère de sens ni de portée pratique. Envisageons, encore, l’incapacité à déterminer formellement une quelconque responsabilité à une quelconque partie. C’est au propriétaire et à la collectivité qu’il incomberait, alors, de financer la restauration. Que l’État bénéficie de la générosité de mécènes, tant mieux ! Mais jusqu’à concurrence des montants strictement nécessaires à la restauration, et qu’il rembourse les éventuels reliquats aux donateurs ou à leurs ayants droit, une fois celle-ci terminée.

Il y a un principe essentiel à respecter dans toute action caritative, c’est une allocation des fonds conforme à ce pour quoi ils ont été collectés, en sus d’une gestion saine et honnête des frais de fonctionnement et de collecte. Le scandale de l’ARC (Association pour la recherche contre le cancer) reste dans certaines mémoires, c’est pourquoi il faut être irréprochable. Une utilisation pour d’autres églises me semblerait relever d’un « détournement de fonds caritatifs » dont je ne sais s’il est public ou privé. Bref, la proportion de « oui » de ce sondage me choque par l’immoralité de la démarche.

Deux réflexions incidentes.

L’incendie de Notre-Dame de Paris aura mis en évidence la faiblesse du budget de l’État consacré au patrimoine. Si nous récapitulons, la justice, l’armée, la police, la gendarmerie, l’enseignement sont exsangues, et une partie de la culture aussi. Et pourtant, nous sommes les champions du monde incontestés des prélèvements publics. Cherchez l’erreur…

La décentralisation mal bricolée depuis 1981 conduit les maires à parfois mal gérer, faute de moyens ou de courage politique, la sauvegarde des églises sous leur responsabilité. Il y a, heureusement, des contre-exemples. À leur décharge, si ces églises étaient pleines chaque dimanche, peut-être percevraient-ils mieux l’intérêt qu’il y a d’assurer leur pérennité. Nonobstant les discours publics ambiants qui édulcorent volontiers cet aspect pour se borner à des appréciations esthétiques, les églises sont d’abord et avant tout des lieux de culte.

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