[ANIMAUX] [TRIBUNE] Marineland : quand l’idéologie animaliste se fracasse sur le réel
Les orques du Marineland d'Antibes sont devenues le symbole tragique d’une époque politique qui préfère l’émotion aux conséquences, le symbole au réel, la posture morale à la responsabilité. Quatre ans après le vote triomphal de la loi interdisant les spectacles de cétacés, la France découvre soudain ce que certains avaient pourtant annoncé dès le premier jour : il ne suffit pas de voter une interdiction pour faire disparaître les problèmes biologiques, vétérinaires et logistiques qu’elle soulève.
Les deux orques Wikie et Keijo vivent toujours dans des bassins devenus inadaptés, tandis que l’État cherche fébrilement une solution de transfert à l’étranger. Les ONG se déchirent. Les autorités hésitent. Les animaux attendent. Et le réel présente l’addition.
Une situation prévisible ?
Évidemment. Mais à l’époque, quiconque osait introduire un peu de nuance dans le débat était immédiatement accusé d’insensibilité ou de complicité avec une prétendue barbarie moderne. La loi du 30 novembre 2021 fut adoptée à l’Assemblée nationale par 118 voix contre… une seule. Une seule députée eut le courage de voter contre : Anne-Laure Blin.
L’Histoire lui rend aujourd’hui justice. Elle avait alerté sur l’absence de solution crédible pour les animaux concernés. Elle avait dénoncé une loi émotionnelle, pensée pour flatter l’air du temps davantage que pour résoudre concrètement les problèmes. Mais dans la France médiatique de 2021, la raison n’avait plus droit de cité. Il fallait communier. Il fallait s’indigner ensemble. Il fallait sacrifier quelques professions supplémentaires sur l’autel de la vertu spectaculaire.
Le plus extraordinaire est que cette loi fut portée, notamment, par Loïc Dombreval… vétérinaire de profession. Oui, vétérinaire. C’est-à-dire, précisément, quelqu’un qui connaissait mieux que personne les contraintes biologiques, comportementales et sanitaires liées aux animaux captifs. Il savait donc qu’une orque née en captivité ne se « réensauvage » pas comme dans un dessin animé. Il savait qu’aucun sanctuaire marin réellement opérationnel n’existait alors. Il savait que la fermeture des structures françaises poserait immédiatement la question du transfert à l’étranger. Et pourtant, la logique idéologique l’a emporté sur la prudence professionnelle.
Voilà ce qui frappe, aujourd’hui : ce ne sont pas des ignorants qui ont conduit cette politique, mais des responsables parfaitement informés qui ont préféré céder à l’air du temps.
En Espagne, la captivité deviendrait acceptable ?
Avec Gilles-William Goldnadel, nous avions pourtant publié, dans Le Figaro, une tribune intitulée « Le cirque traditionnel n'est pas un lieu de maltraitance animale ». Nous y dénoncions, déjà, cette mécanique désormais bien connue : quelques vidéos virales, une indignation médiatique, des amalgames, puis une loi d’interdiction votée dans l’urgence morale, enfin, plusieurs années plus tard, les conséquences concrètes que plus personne n’assume. Nous rappelions surtout une évidence : tous les professionnels du cirque ou des delphinariums ne sont pas des bourreaux, pas plus que tous les élevages ne sont des usines concentrationnaires. Mais dans notre époque binaire, la nuance est devenue insupportable. Le plus ironique est que cette politique prétendument menée « au nom des animaux » se retourne aujourd’hui contre eux.
Car, enfin, que propose-t-on, désormais ? Transférer les orques vers un autre parc étranger. Autrement dit : déplacer le problème hors de France pour sauver la cohérence du récit politique français. La captivité devient soudain acceptable… à condition qu’elle soit espagnole. Tout cela aurait quelque chose de comique si le sujet n’était pas aussi grave. Cette affaire révèle surtout une maladie plus profonde de notre démocratie : la confusion permanente entre poésie et gouvernement.
Nous avons tous chanté, avec Pierre Perret, « Ouvrez la cage aux oiseaux ! » La chanson est magnifique. Mais c’est une chanson. Dans le monde réel, un oiseau élevé en captivité puis relâché brutalement possède souvent une espérance de vie très limitée. Il ne connaît ni les prédateurs, ni les circuits alimentaires, ni les comportements du monde sauvage.
La poésie est nécessaire. Elle élève les cœurs. Elle inspire les hommes. Mais une civilisation devient dangereuse lorsqu’elle commence à gouverner le réel comme on écrit des comptines.
L’affaire Marineland restera probablement comme l’un des grands exemples de cette politique de Gribouille qui consiste à supprimer un symbole avant d’avoir construit les solutions. On interdit. On applaudit. Puis on découvre que le réel existe encore. Et qu’il se moque des slogans.
Pour ne rien rater
Les plus lus du jour
LES PLUS LUS DU JOUR
































36 commentaires
Il est nécessaire que ceux qui recoivent de la propagande pensent un peu par eux-mêmes.
Vous me pardonnerez de vous contredire. Votre article tend à prouver que vous ne connaissez pas le dossier Marineland. Sa fermeture avait été préparée, très en amont, par des associations de défense animale, telle que ONE VOICE, en proposant des sanctuaires. Mais toutes les propositions ont été refusées par l’Etat. Pour faire court et revenir au présent, sachez que le 12 décembre dernier, le ministre de la Transition écologique a annoncé son intention de transférer les orques Wikie et Keijo dans le sanctuaire marin de Nouvelle-Ecosse, une décision résultant de longues années de travail, d’échanges et de mobilisation. Puis, les pressions du lobby de la captivé ont repris. Les autorités évoquent de nouveau un transfert vers Loro Parques en Espagne, en dépit du refus du gouvernement espagnol. Mais, les industriels ne désarment pas ! Il s’agit donc, non pas de l’errence psychologique et de l’irresponsabilité des associations, ainsi que vous le suggérez, mais bien de la pression de ceux qui se gavent avec l’argent fait sur la captivité des animaux ! Sachez également qu’un autre sanctuaire est proposé, au large de l’îlot de San Paolo, dans la zone protégée de la Mar Grande, à Tarente en Italie. Le site s’étend sur 7 hectares ouverts sur la mer. Et pour répondre à ce que j’ose qualifier de « sarcasmes », je vous informe qu’un bassin d’adaptation devrait permettre aux dauphins marqués par des années d’enfermement d’opérer une transition progressive vers la vie marine. Equipe vétérinaire spécialisée, protocoles sanitaires rigoureux, ingénierie environnementale maîtrisée, le projet est solide, mené dans l’esprit et le respect des principes de l’ACCOBAMS (Accord sur la Conservation des Cétacés de la Mer Noire, de la Méditerranée et de la zone Atlantique adjacente, qui préconise la préservation des cétacés dans leur milieu naturel). (Source : ONE VOICE). Vous voudrez bien reconnaître que si les orques sont transférées, non pas dans un sanctuaire marin mais dans un nouveau delphinium, ce ne sera en rien la faute de « poètes à temps perdu » mais bien la victoire des lobbies, comparables à ceux de l’industrie agroalimentaire qui veulent nous imposer OGM et pesticides à tout prix, ne se souciant jamais de notre santé pourvu qu’ils vendent leurs produits ! Quant aux cirques, je réfute également vos doutes. Pour ne citer que le cirque Tony Zavatta, une enquête récente a démontrer la profonde détresse de plusieurs animaux, parqués sur un terrain vague et dans des cages. Des fauves qui ne servent pas aux représentations du spectacle mais uniquement en « ménagerie »… Faire payer quelques sous pour voir des animaux enfermés, privés de leur liberté, au mépris de leurs besoins physiologiques les plus élémentaires ! Quand on se bat pour la liberté pour soi-même et pour les humains on ne peut que lutter, également, contre la détention et l’exploitation honteuse de tout être vivant !
Merci de rétablir les faits
Il faut voir l’extrême cruauté de la vie sauvage pour en conclure que les animaux sont bien plus heureux dans nos parcs animaliers, où ils ne se font pas manger tout vifs par d’autres espèces. Allez demander aux gnous et aux zèbres s’ils sont heureux d’être constamment pourchassés par les lions et les hyènes dans la savane !
Il est évident que des animaux nés en captivité ne peuvent être relâchés dans la nature. Si je comprends bien, il n’y aura plus de spectacles d’animaux dans les cirques. Je ne pense pas que ces animaux aient été maltraités du moins pas plus que certains chiens qui ont le malheur de tomber dans des mains de sadique.
Les écolos pastèques ruissellent de bons sentiments mais n’ont pas d’eux neurones pour réfléchir. Ils sont plus dangereux et destructeurs que ceux qu’ils s’imaginent combattre car en réalité il ne connaissent rien au réel qui ne ressemble pas à leur monde bisounours imaginaire
Éthique de conviction contre éthique de responsabilité. A chaque fois que la première l’emporte sur la seconde le résultat est catastrophique. Une fois de plus Max Weber a raison.
Qui paie l’entretien des animaux et de leurs bonnes conditions de vie ?
Créer un parc de semi liberté pour ces orques et dauphins où il pourront évoluer comme en liberté mais aidés, protégés, sans rebords de piscine mais des filets et beaucoup d’espace. Pourquoi ne pas le faire au lieu de perdre du temps avec de fausses solutions qui ne règlent rien ?
Qui paye, et jusqu’à quand ?
Salut Richard!
Monsieur Dombreval s’il était vétérinaire il serait dans son cabinet en train de soigner des animaux, tout comme Larcher qui était pourtant un bon vétérinaire avec une certaine renommée. S’ils sont entrés en politique c’est qu’ils n’avaient pas leur métier chevillé au corps, alors de là à penser qu’il a préféré la politique aux orques il n’y a pas loin.