Discours - Editoriaux - Histoire - Industrie - Politique - Table - 27 avril 2017

Estrosi, l’homme de tous les bons coups

Dans son succulent livre paru en 1936, Panorama de la IIIe République, Léon Daudet, parlant du caractère versatile des politiciens vendus à tous les vents, écrit que “celui qui est à tous n’est à personne”. Nous pourrions modifier très légèrement cette maxime pour la faire correspondre plus exactement encore à l’inénarrable Christian Estrosi : “Celui qui est à tous n’est personne.”
 
Difficile, en effet, de trouver personnalité politique plus archétypale de tout ce qui, en politique, révulse les Français et décourage les électeurs. Le président de la région PACA est une synthèse, une version flamboyante de l’apparatchik d’un Système en place, au bénéfice de la conservation duquel il est prêt à toutes les compromissions. Glissant comme une anguille entre les mains de ceux qui veulent le saisir, il arrive systématiquement à être dans les “bons coups”, flairant comme un chien truffier le lieu et l’instant de ses intérêts.
 
Sa lubie du moment : réclamer, contre le danger fasciste du FN, que les LR excluent tous les membres qui n’appellent pas à voter Emmanuel Macron au second tour – ni plus ni moins. C’est un nouveau concept politique : pour montrer qu’on est un démocrate qui lutte contre le fascisme, on réclame des purges et des exclusions. Le fait qu’en parallèle de ses fantasmes de purification il déclare aussi qu’il est prêt à travailler avec ledit Macron après sa victoire n’a évidemment rien à voir.
 
Le sieur Estrosi, pourtant, lorsqu’au lieu de lorgner un poste il tenait encore son rôle d’adversaire politique, n’était pas avare de commentaires cinglants contre celui qui n’était pas encore son plus grand espoir de revenir au premier plan. Les archives Twitter sont un régal : “Ds sa suffisance le technocrate Macron me répond que les CCI manquaient d’intelligence. Quel mépris pour ceux qui entreprennent!” déclarait-il en novembre 2014. Quelques mois plus tôt : “Nommer Emmanuel Macron, un financier technocrate, comme ministre de l’industrie va mener notre outil de production à la catastrophe” (août 2014).
 
C’est la magie électorale à l’œuvre : Macron n’a eu qu’à réussir un scrutin pour passer, aux yeux d’Estrosi notamment, de “technocrate financier méprisant qui nous mène à la catastrophe” à “républicain fréquentable avec qui l’on peut travailler”. Tant qu’il était ministre du Président le plus impopulaire de l’Histoire, on croyait pouvoir le critiquer sans risque. Maintenant qu’il arrive en tête d’un scrutin présidentiel, et que le Système se met en Marche pour le faire gagner, les cadors d’hier tempèrent leurs coups de gueule. “Fort avec les faibles, faible avec les forts.” Le mot de Patrick Buisson est implacable à cet égard : “Le vote Macron est un simple désir d’appartenance sociale. Faire partie des vainqueurs.”
 
Faire partie des vainqueurs à tout prix, y compris celui que coûte, pour un socialiste, de voter de concert avec Estrosi, à propos de qui Jean-Christophe Cambadélis disait pourtant sur Twitter qu’il “reprend mot à mot le discours du FN”, au point que c’est à se demander “s’il n’est pas au FN”.

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