Édouard Balladur (1929-2026), dernier témoin du pompidolisme, pionnier du libéralisme conservateur
Édouard Balladur approchait de son centième anniversaire et avait gardé toute sa lucidité. Il s’était retiré de la vie politique au point de refuser une place au Conseil constitutionnel, en 2010, lorsque Nicolas Sarkozy, sans doute par gratitude envers celui qui fut son mentor, le lui proposa. Tout au plus avait-il accordé son soutien à Valérie Pécresse, en 2022, par fidélité à ses convictions, probablement davantage que par confiance dans les capacités de la calamiteuse candidate de la droite.
Culture encyclopédique, humour et combativité
Édouard Balladur avait connu les débuts de la Ve République. Secrétaire général de l’Élysée sous Pompidou, il assura l’intérim non officiel dans les derniers mois de la maladie du Président. Il y noua une amitié sincère – autant que peuvent l’être les amitiés politiques - avec Jacques Chirac. Passé par le privé, puis député de Paris, ministre d’État dans le gouvernement de cohabitation de 1986, puis Premier ministre en 1993, il tint tous les postes d’envergure de notre régime. Les gens, guidés par les caricaturistes, se moquaient de sa diction surannée, de ses airs de régent, de ses remarquables costumes taillés par Henry Poole. Ils ignoraient sa culture encyclopédique, son humour et sa combativité, qualités auxquelles les journalistes qui l’ont connu rendent aujourd’hui hommage.
Édouard Balladur avait fait un pacte avec Jacques Chirac lors de son arrivée à Matignon : à l’un la gestion du crépuscule mitterrandien, à l’autre la candidature de 1995. Et puis, l’attrait radioactif du pouvoir le fit manquer à sa parole. Sarkozy, qui était un proche de Chirac, se rallia à cette candidature un peu traîtresse. On connaît la suite : battu au premier tour, Balladur appela à voter Chirac. Ses partisans huèrent et il eut cette phrase : « Je vous demande de vous arrêter. » Mal à l’aise devant la colère populaire comme il l’était dans le métro, Balladur fut aussi ridicule que Giscard avec son « Au revoir ». Il signa, au passage, l’une des sorties les plus tristement célèbres de la politique française.
Clairvoyance économique
Son programme de 1995 était objectivement bon, à défaut d’être lumineux : raisonnable, rigoureux, sincère, austère, à la fois libéral et conservateur. Les électeurs lui préférèrent Chirac, terriblement démago, faussement gentil, avec ses pommes et sa fracture sociale. Les Guignols de l’info, acteurs d’une forme de guerre psychologique qui ne disait pas son nom, firent beaucoup, pour cela. Balladur, blessé, incompris, ne s’en releva jamais. Rétrospectivement, ce qu’il proposait, en termes de rigueur budgétaire, était de bon sens, bien davantage que les trente ans de gabegie que nous venons de traverser. Est-il le Président que nous avons loupé ? Pas sûr, tout de même, mais quand on regarde le règne de Chirac, on est du moins certain qu’il n’aurait pas fait pire.
En apprenant la disparition d'Édouard Balladur, je ressens un profond chagrin. Je perds un homme qui fut pour moi un exemple, un mentor et un ami. J'ai travaillé à ses côtés pendant de longues années et je n'aurais pas eu la carrière politique qui fut la mienne sans sa confiance… pic.twitter.com/VJgHd7V5Br
— Nicolas Sarkozy (@NicolasSarkozy) August 31, 2026
Il y a quelques mois, la perte de sa tendre épouse, Marie-Josèphe, fut (Nicolas Sarkozy le rappelle aujourd’hui, sur X) la pire épreuve de sa vie. Cela aussi, c’était suranné : Balladur fut un mari aimant et le père attentionné de quatre garçons qui firent de belles carrières. Là aussi, il fut peut-être l’un des derniers, avec d’autres, à offrir aux Français le modèle d’une famille stable et exceptionnellement ordinaire. Les voici désormais réunis, sans coups de fil, sans prise d’otage comme celle qu’il dut gérer à Noël 1994, sans chausse-trape ni coup tordu – sans la politique. Et lui, Édouard Balladur, si souvent négligé ou décrié, le voici désormais couvert d’hommages, comme il sied aux disparus.
Édouard Balladur est mort.
Plusieurs fois ministre, Premier ministre de la France de 1993 à 1995, il était un homme d’Etat, conscient que notre pays, pour rester maître de ses choix et de son destin, doit maîtriser ses finances publiques.
Encore récemment, il plaidait…
— Jordan Bardella (@J_Bardella) August 31, 2026
On ignorait qu’il eût été un modèle ou un repère pour un Laurent Wauquiez ou un Gérard Larcher. Le seul hommage honnête qui lui est rendu est peut-être celui de Jordan Bardella, qui rend aujourd’hui hommage à la clairvoyance économique de Balladur, manière discrète de continuer d’incarner l’aile libérale du RN. Édouard Balladur, inspirateur de Bardella Premier ministre ? Ce serait une belle et ironique victoire posthume.
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18 commentaires
Pompidou fort malade ,le concini-balladur a joué a Machiavel pendant des années pour finir dans une mer de corruption assez profonde pour qu’on finisse par l’oublier
C’est faire beaucoup de compliments à Bardella que de comparer la culture de Balladur à la sienne…
« accordé son soutien à Valérie Pécresse, en 2022 » un visionnaire, sans aucun doute. Il n’aurait pas pu trouver mieux à « soutenir »? Il n’empêche qu’il n’est pas pour rien dans la faillite de la France, qui commença bien avant chirac.
Quand on veut diriger un Pays comme la France, on n’a pas droit à l’erreur.
Je ne sais pas si il était mieux ou plus mal que nos « nouveaux arrivés » en politique , mais au moins il avait la classe et l’élégance ,ce qui déjà leurs manquent !!!
Il est l’histoire d’un rendez-vous raté avec France : intègre, sérieux (surtout sur les finances). Mais France lui a préféré l’esbrouffe Chirac dans laquelle il n’y avait rien., avec Raffarin ! France aime le cinéma, les jolies images, et s’est pareillement donnée à Hollande le Père Noël servi par Moscovici (« mon ennemi c’est la finance » – en fait surtout celle des Français) et à Macron l’illusionniste aux trucs minables et ruineux. Qu’en sera-t-il de la suite ? Un réveil ? Un peu de lucidité ?
Avant de tabler sur la lucidité des Français, jetez donc un coup d’oeil sur les commentaires.
Il est d’usage de louer un individu après sa mort. Pour ce qui me concerne, je m’en abstiendrai concernant E.BALLADUR.
Je n’ai pas oublié que subrepticement, en Août 1993, il a fait passer de 10 à 25 ans les meilleures années de cotisations pour le calcul des retraites dans le privé ( ce qui a eu pour effet de diminuer de plus de 50% le montant des pensions de nombreux Français, dont je suis) sans , bien entendu, toucher aux retraites de la fonction publique. Ce n’est pas la marque d’homme d’état, contrairement à ce que l’on peut lire ici ou là.
J’y suis dans ces retraites et ne m’en plains surtout pas. Et à part que les finances de notre Pays étaient en ordre, vous n’avez rien d’autre à lui reprocher ? Des fois je me dis qu’avec tous ces gadgets disponibles on pourrait lancer des « extendeurs de mémoire ».
les vertus viennent souvent avec la mort, cela m’étonnera toujours.
Ila été éliminé par Chirac, avec l’appui de la Gauche. Ce fut le commencement de la fin.
Indifférence totale comme tout ce qui touche à une disparition de politiques, ils ont tous bien vécu, eu de gracieux avantages payés par nous les Français, et ont tous œuvré à désintégrer notre pays, même si ce ne fut pas le pire
Bravo !
idem, pas un très bon souvenir.
Pas un très grand souvenir pour moi à part sa marionnette sur canal. Repose tout de même en paix.
Je ne me réjouis pas de la mort d’un homme, mais son parcours est parsemé de trahison et cet homme a fait parti du système qui a ruiné la France.
Édouard Balladur est né à Izmir en 1929 et ses parents ont été naturalisés français seulement quelques années plus tard. Je dis ça c’est pour SOS Racisme, LFI, Bally Bagayoko, Assa Traoré et tous nos fameux militants décoloniaux et antiracistes…
Bref, il était d’origine immigrée, comme eux, mais c’est toujours pareil pour ces gens : il y a les bons immigrés et les mauvais (qui sont de droite), comme il y a les bons homosexuels et les mauvais (qui votent RN) et les bons violeurs (en général sous OQTF) et les mauvais (les blancs)…
Vous avez oublié Villepin , Melanchon Vallaud-BelKacem Et j’ en passe .