[CINÉMA] L’Inconnue, ou la métempsycose au cœur d’un récit envoûtant
Post coitum animal triste…
Voilà un film qui risque bien de provoquer des réactions extrêmes ; certains pointeront avec frustration l’opacité d’un récit fantastique aux explications trop succinctes, quand d’autres crieront un peu vite à l’éloge de la déconstruction et de la transidentité – ce dont se défend ouvertement le réalisateur dans ses entretiens.
Et pour cause : L’Inconnue nous raconte l’histoire de David, un photographe solitaire et taciturne qui repère, lors d’une soirée, une femme mystérieuse qu’il avait croisée précédemment et qui l’avait fasciné au point de la mitrailler de photos à son insu. Troublé de la retrouver en de nouvelles circonstances, David la suit dans un coin sans un mot, couche avec elle et, à son réveil, se retrouve coincé dans son corps de femme, tandis que le sien a disparu… Horrifié, le photographe essaie de comprendre ce qui lui arrive, part sur les traces de cette inconnue et, au fil de son enquête, rencontre une autre victime, Malia, qui a récupéré son corps entre-temps…
Réunis dans leur détresse, David et la jeune femme tentent de remonter la trace de cette mystérieuse entité prédatrice qui s’empare du corps de ceux avec qui elle s’accouple…
Le défi de l’adaptation
Récit fantastique lorgnant à la fois vers le cinéma d’Hitchcock, d’Antonioni, de Lynch et de Cronenberg, L’Inconnue, réalisé par Arthur Harari, coscénariste d’Anatomie d’une chute, est l’adaptation de la bande dessinée Le cas David Zimmerman, parue en 2024 chez Sarbacane. Une histoire imaginée par son frère Lucas Harari et à l’écriture de laquelle il a activement participé. Obsédé, confie-t-il dans le dossier de presse du film, par ce récit de changement de corps, Arthur Harari sut très vite qu’il le porterait un jour à l’écran. Tout le défi fut alors de gommer les explications trop appuyées de la bande dessinée de façon à sortir du cadre littéraire et à se conformer aux impératifs du cinéma : « Le corollaire a été d’aller vers un assèchement du commentaire, systématiquement rejeté par le film lui-même : les personnages ne pouvaient pas verbaliser ce qui leur arrivait, contrairement à une convention explicative qui prévaut dans de tels récits. »
La transmigration des âmes
Le résultat est tout simplement vertigineux. L’Inconnue joue à fond la carte de l’inquiétante étrangeté, plonge le spectateur dans un trouble de deux heures durant lesquelles son esprit est constamment sollicité, ballotté entre diverses interprétations.
Fascinant par son concept, envoûtant par son ambiance, ce film sur la métempsycose (la transmigration des âmes), aux niveaux de lecture multiples et variés (allégorie du karma, ou morale sur la responsabilité sexuelle ?), utilise les codes du cinéma d’épouvante et nous rappelle avec nostalgie la grande époque des X-Files, avec ses mutants énigmatiques et ses créatures malveillantes.
Si l’enquête, à proprement parler, tourne court, faute de pistes, l’errance psychologique de nos deux héros solitaires et tourmentés, prisonniers de corps qui ne sont pas les leurs mais dont ils n’ont d’autre choix que de s’accommoder, s’impose comme la préoccupation majeure ; l’ironie du tournage étant que Léa Seydoux et Niels Schneider traversaient une période de leur vie où ils ne disposaient pas de leurs « corps habituels », la première ayant accouché, trois mois seulement avant le début des prises de vues, quand le second est tombé malade après sa participation à La Bataille de Gaulle et a connu une perte de poids considérable.
À ce sujet — [CINÉMA] Anatomie d’une chute… et d’une Palme d’or
Sans doute L’Inconnue laissera-t-il nombre de spectateurs au bord du chemin, mais il trouvera indubitablement son public. Les amateurs de fins ouvertes apprécieront, pour leur part, de pouvoir confronter leurs points de vue sur le devenir des personnages.
4 étoiles sur 5
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5 commentaires
En dépit de votre critique élogieuse je n’ai aucune envie d’aller voir ce film. Je n’aime pas ce genre de fiction. Enfin, les cinéastes que vous citez, Lynch, notamment, ne sont pas ma tasse de thé. Je garde un fort mauvais souvenir de l’un de ses film, pourtant érigé en chef d’oeuvre…
Cela n’a rien à voir avec la metempsychose qui peut s’accomplir apres un cycle de vie et de mort complet . ..et qui selon les indiens peut aller jusqu’à projeter une âme dans le corps d’un animal !
Là il s’agit d’un récit sûrement basé sur l’observation de cas troublant de réincarnations in vivo qui ne peuvent s’accomplir que par l’utilisation de pratiques magiques démoniaques dans leurs tenants et aboutissants pour aboutir à une vie éternelle dans notre monde matériel .
Je suis d’accord, la métempsychose est la réincarnation d’une âme après la mort du corps qu’elle habitait. Pas ce transfert d’un individu à l’autre. Il suffit pour moi que le Monde et l’Humanité le portent aux nues pour ne pas aller le voir.
Je ne l’ai pas vu et n’irai pas le voir. Les critiques négatives que j’ai lues, sur un site bien connu de chroniques cinéma m’en dissuadent.
Ces films qui font l’éloge de la vacuité n’ont pas ma faveur. J’ai le souvenir de m’être infusé jusqu’au bout « La vie d’Adèle » avec, décidément, la même Léa Seydoux. Une purge.
J’ai donné dans le genre. Je me souviens aussi de « Lobster » avec Colin Farell; celui-ci décrochait les palmes et me valut d’être questionné par d’autres spectateurs à la sortie, qui, comme moi, n’en saisirent pas la portée.
En effet, ce film est déroutant parce que sujet à interprétation. Et puis la métempsychose n’est pas facile à aborder. J’en ai eu des échos de ceux qui l’ont vu. Un regard mitigé.