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Editoriaux - Politique - 9 mai 2020

Des députés marcheurs envisagent de déserter : le début de la fin ?

Selon des informations publiées dans Les Échos et confirmées par Le Figaro, une vingtaine de députés marcheurs s’apprêteraient à quitter le groupe pour former, avec une trentaine d’autres élus, un nouveau groupe, appelé du nom passe-partout d’Écologie, démocratie, solidarité. Le mouvement majoritaire avait déjà perdu dix-huit députés, soit par démission, soit par exclusion. Mais, cette fois, ils vont quitter ensemble le navire. perdrait alors la majorité absolue. Les plus optimistes verront, dans cette désertion collective, le début de la décomposition. Mais, à y regarder de près, c’est plutôt un retour aux sources, dont le Président Macron pourrait chercher à tirer profit.

Tous les sécessionnistes ont en commun de dénoncer certaines orientations prises depuis le début du quinquennat et le fonctionnement du parti. On pourrait les féliciter de déchausser les godillots qu’on leur imposait et de s’émanciper. On se demande, cependant, pourquoi il leur a fallu trois ans pour ne plus supporter une servitude qui s’exerçait dès les origines. Leur motivation serait donc ailleurs.

Le nom de certains députés rebelles est instructif. Aurélien Taché, par exemple, ancien du Parti socialiste, passé, comme bien d’autres, chez les marcheurs, connu pour ses prises de position laxistes sur l’islam et la laïcité : en mars 2019, il s’était illustré par des propos controversés où il comparait « une jeune fille de douze ans qui porterait le voile » et « une jeune fille à qui on mettrait un serre-tête ». Ou encore Guillaume Chiche, ex-socialiste lui aussi, considéré comme un représentant de l’aile gauche de la majorité, qui multiplie les critiques contre Bercy, jugé trop à droite.

Bref, beaucoup de dissidents voudraient gauchiser davantage la politique de Macron. On parle aussi de Cédric Villani, qui pourrait trouver ainsi de nouvelles alliances pour jouer un rôle à Paris. Ils seraient rejoints par des élus qui ont la bougeotte, comme Matthieu Orphelin, ancien militant EELV, qui avait quitté LREM, en février 2019, pour s’apparenter au groupe disparate Libertés et territoires, Delphine Batho, ancien ministre de François Hollande, vite remerciée, députée de la Nouvelle Gauche en 2017, avant de la quitter, et quelques députés moins connus, qui espéreraient se faire un nom en sortant de l’anonymat politique.

Ces élus semblent donc, avant tout, soucieux de peser davantage sur les décisions de la majorité. Selon le texte fondateur de ce projet, que Le Figaro a pu consulter, les signataires se disent déterminés à « faire entendre [leur] voix dès la préparation du plan de relance et de transformation de notre pays et de l’Europe », se présentant comme « une force exigeante, prête à construire avec le gouvernement et la majorité chaque fois qu’ils seront à l’écoute de [leurs] propositions ». Un peu comme le groupe UDI, Agir et indépendants, mais à gauche, cette fois. Une façon d’offrir leurs services plutôt que de s’opposer.

Le fidèle président Gilles Le Gendre invite ses troupes à « la plus grande prudence », estimant qu’une telle initiative « constituerait une double rupture de confiance » à l’égard du chef de l’État et des électeurs. D’autres cadres de la majorité jugent que les dissidents éventuels « n’ont pas compris ce qu’est le dépassement » et « n’ont pas tiré d’enseignement du discours du Président sur les nouvelles perspectives dressées ». Macron pourrait, finalement, profiter de cette apparente dispersion de ses soutiens pour adapter aux circonstances son positionnement « ni droite ni gauche » et chercher à sauver sa peau en feignant de faire peau neuve.

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