Cinéma : The World of Love, vent debout contre la posture victimaire

Le film pointe autant les limites d’une société confucéenne que ses dérives libérales et victimisantes.
Copyright 2025 - BARUNSON E&A - SEMOSI - VOL MEDIA
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  • L’avenir semble sourire à la réalisatrice sud-coréenne Ga Eun Yoon. Son troisième long-métrage, The World of Love, a enregistré 200 000 entrées dans son pays, représentant ainsi le plus gros succès du cinéma indépendant sud-coréen pour l’année 2025. Depuis, nombre de cinéastes de renom en Asie l’ont encensée, tels Bong Joon-ho, Park Chan-wook, Kore-eda Hirokazu, ou Jia Zhangke. La réalisatrice n’a pourtant pas mis en scène un blockbuster au casting démentiel et aux moyens technologiques inédits, mais une simple comédie dramatique à dimension sociétale sur les conséquences psychologiques d’une agression sexuelle.

Les possibilités de résilience face aux résurgences d’un traumatisme

Le récit se déroule de nos jours en Corée-du-Sud. Jooin, dix-sept ans, est un véritable boute-en-train. Populaire, toujours le mot pour rire, elle amuse ses camarades de lycée de ses excentricités d’un goût parfois douteux. À l’heure où le personnel enseignant interroge les jeunes sur leurs souhaits d’orientation professionnelle, Jooin ne pense qu’à ses copines, à ses cours de taekwondo et... aux garçons. Des expériences sentimentales qu’elle a tendance à écourter très vite, faute de se sentir totalement à l’aise physiquement.

Lorsqu’un jour, un camarade de classe lui demande de signer une pétition contre la réinstallation dans le quartier d’un délinquant sexuel, Jooin refuse catégoriquement, arguant du fait que le texte présente les victimes comme étant « détruites » et « traumatisées à vie ». Personne, au lycée, ne comprend sa réaction, mais l’adolescente a ses raisons : victime d’inceste quelques années plus tôt, elle s’insurge depuis lors contre l’idée que cette agression définirait son être et sa destinée.

Néanmoins conditionnée, ne lui en déplaise, par cette sombre histoire – en attestent son rapport physique aux garçons, et même à la violence – Jooin se débat comme elle peut contre un passé qu’elle voudrait enfouir pour de bon. Sa propre famille, également, souffre de cette agression sexuelle commise par un oncle paternel : le père, en effet, rongé par la honte, ne répond plus aux messages téléphoniques de sa fille, ne sachant quoi lui dire, quand la mère se réfugie dans l’alcool. Le petit frère, quant à lui, dissimule à sa sœur les lettres que lui envoie régulièrement de prison cet oncle honni et indésirable.

Vent debout contre la posture victimaire

Plutôt paradoxal dans ses intentions, The World of Love entend aussi bien pointer les limites d’une société confucéenne régie par les rites, la bienséance et les apparences, que les dérives d’une société libérale dans laquelle chacun se victimise par réflexe narcissique et par désir romantique de se démarquer des autres. La réalisatrice cherche un juste milieu, mais c’est bel et bien vers la famille, en définitive, que se concentrent tous ses espoirs. La posture victimaire, très occidentale au demeurant, n’étant nullement de son goût. L’on s’étonne que la presse de gauche française ait si bien exalté un film qui torpille autant son imaginaire intellectuel…

 

3 étoiles sur 5

 

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Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

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