[CINÉMA] Le Virtuose, un drame policier à l’ambiance jazzy

Les cinéphiles apprécieront la présence au casting des trop rares Jean Reno et Dustin Hoffman.
©Black Bear Pictures
©Black Bear Pictures

Taiseux et discret, Niki White travaille en tant qu’accordeur de piano pour Harry Horowitz, son ami et mentor. Souffrant depuis l’adolescence d’hyperacousie sévère, une extrême sensibilité aux sons, Niki se balade en ville avec des bouchons dans les oreilles et un casque antibruit ; un mode de vie des plus contraignants, au quotidien. Le jeune homme est d’autant plus frustré par son handicap qu’il aurait aimé, jadis, faire carrière dans la musique. Il possède, en effet, l’oreille absolue, un don qui concerne seulement une personne sur dix mille à travers le monde.

Bien évidemment, cette faculté à identifier chaque note est un avantage dans le cadre de son travail : Niki perçoit automatiquement ce qui ne va pas dans l’accordage d’un piano.

Un soir, alors qu’il termine une commande dans une riche demeure, il entend un bruit à l’étage qui l’empêche de se concentrer. En allant voir de plus près, il se retrouve nez à nez avec des malfrats qui tentent de forcer un coffre à la perceuse. Pour que ceux-ci déguerpissent au plus vite et le laissent travailler sur le piano, Niki consent à les aider en déchiffrant la combinaison avec la molette, son hyperacousie lui permettant de percevoir le moindre cliquetis mécanique. Avec succès, l’accordeur parvient à ouvrir le coffre ; son don va alors l’amener, les semaines suivantes, à réitérer l’exploit de nombreuses fois auprès de ses nouveaux « amis ». Une pente dangereuse qui ne sera pas sans conséquences et mettra en péril sa relation sentimentale avec Ruthie, une jeune pianiste de talent qu’il vient de rencontrer…

Un drame aux accents policiers

Réalisé par Daniel Roher, Le Virtuose est à appréhender non pas comme un film policier stricto sensu mais, plus exactement, comme un drame aux accents policiers. Le cinéaste, qui avait déjà montré son intérêt pour la musique avec le documentaire Once Were Brothers: Robbie Robertson and The Band, soigne son ambiance jazzy et prend le temps d’installer la mécanique d’un scénario malin, à la fois conceptuel, concis et implacable. Légèrement téléphonée, disons-le, la progression dramatique se suit sans déplaisir et sait faire preuve de créativité dans les moments-clés.

Dans le rôle de Niki, le Britannique Leo Woodall, qui s’est fait connaître récemment avec les feuilletons The White Lotus et Le Délicieux Professeur V, ainsi qu’avec le film Nuremberg, se montre peu expressif, énigmatique ; de quoi servir, précisément, cet antihéros instinctif et animal aux sens surdéveloppés. Notons, à ce propos, un impressionnant travail de mixage afin de transmettre au spectateur les singulières perceptions sonores de Niki White.

Pleinement investi dans son rôle, qui pourrait bien lui ouvrir des portes pour la suite de sa carrière, Leo Woodall a suivi pour les besoins du film un entraînement intensif au piano en amont du tournage, tout comme sa partenaire de jeu Havana Rose Liu.

Les amateurs de cinéma apprécieront, en outre, la présence au casting des trop rares Jean Reno, dans un petit rôle à l’importance déterminante, et Dustin Hoffman qui, avant de devenir comédien, avait songé dans sa jeunesse à devenir pianiste…

 

3,5 étoiles sur 5

https://youtu.be/Jhprf14_gbs

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 09/06/2026 à 15:44.

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Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

Vos commentaires

4 commentaires

  1. Je l’ai vu, et c’ est excellement bien trouvé. Effectivement, l’ ambiance musicale est agréable. Moi même appareillé bi latéralement, la volonté du réalisateur de vouloir NOUS faire entendre aussi fort que « le virtuose » est – par contre – douloureuse. Mis cela ne m’ a pas fait fuir. Je me suis adapté. A voir ….Et entendre, donc !

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