Editoriaux - Polémiques - Politique - 22 février 2019

Cette guerre contre l’antisémitisme part bien mal

Parfois, on se demande si on n’est pas chez les fous. Mercredi soir, au dîner du CRIF, Emmanuel Macron évoquait “une résurgence de l’antisémitisme sans doute inédite depuis la Seconde Guerre mondiale”. S’il le dit. La veille, Gilles-William Goldnadel déclarait : “Depuis 1945, toute goutte de sang juif qui a coulé en France vient de l’islamisme, personne d’autre”, et l’avant-veille, la journaliste Judith Waintraub soulignait qu’“aujourd’hui, l’antisémitisme qui tue et qui a tué depuis 2003, ce sont des crimes qui ont été perpétrés par des arabo-musulmans, ce n’est pas l’extrême droite”.

Alors, sans doute un peu naïf, on imagine qu’ils vont taper un grand coup. Par exemple, fermer quelques salles de prière où l’on prêche – pas en latin – la haine de la France, des croisés, des juifs, expulser quelques imams étrangers. Mais non, pas du tout. Le Président annonce qu’il a demandé au ministre de l’Intérieur d’engager la procédure pour dissoudre trois groupuscules d’extrême droite, dont le Bastion social. “Une annonce d’opportunité”, affirme Mediapart, révélant que la décision était dans les tuyaux du ministère de l’Intérieur depuis plus de deux mois. Dans opportunité, il y a opportunisme, que voulez-vous… Et, toujours selon Mediapart, le motif de dissolution du Bastion social ne serait pas l’antisémitisme mais son incitation à la constitution d’un groupe armé. Qu’il soit opportun de dissoudre ces groupuscules (Bastion social, mais aussi Blood & Honour Hexagone et Combat 18), c’est possible, nous n’avons pas les éléments pour en juger. Mais, franchement, est-ce bien au niveau de l’enjeu que beaucoup considèrent aujourd’hui comme une grande cause nationale ? On nous parle d’une sorte de croisade, si j’ose dire, et on nous exhibe le panier à salade du petit matin avec Castaner qui mène les gardes à vue dans son sweat à capuche et Nuñez qui distribue les sandwichs.

Mais, cela dit, ne désespérons pas : le Président a annoncé que c’était “pour commencer”. Une mise en bouche, en quelque sorte, une manœuvre de diversion ou de contournement pour frapper encore plus fort après. Le coup de la tenaille comme dans La Septième Compagnie… Frapper fort, c’est bien. Frapper au bon endroit serait encore mieux.

Mais il faudrait quand même qu’on leur dise que Drumont est mort depuis plus d’un siècle, que la Seconde Guerre mondiale est terminée depuis trois quarts de siècle, que Lucien Rebatet, lui aussi, est mort (dans son lit) en 1972 et que « Franco est tout à fait mort », comme chantait Brel, Franco qui, du reste n’était pas antisémite. Leur dire aussi, puisqu’on aime décidément les amalgames dans ce pays, que le seul ministre qui a été condamné pour crime contre l’humanité, en France, avait appartenu à l’UDR (ancêtre des LR)… pas au FN. Mais nous nous éloignons du sujet. Quoique. Car on a bien compris que, par capillarité, si cette lutte contre l’antisémitisme peut nuire à qui vous savez, on ne va pas se gêner. À trois mois des élections, que voulez vous…

Donc, visiblement, comme le fait remarquer Gabrielle Cluzel, il ne manque pas un bouton de guêtre à notre armée du bien pour gagner la guerre d’avant. On s’apprête à accueillir les djihadistes de retour de Syrie et d’Irak (il se trouvera bien des avocats pour défendre leurs droits à pension d’invalidité et, pourquoi pas, au pays des fous, à pension du combattant) qui reviendront « auréolés » de leur « gloire guerrière ». Mais qu’on se rassure, la République va dissoudre ce qu’elle considère sans doute comme les restes des ligues de février 34 !

Cette guerre contre l’antisémitisme part bien mal.

À lire aussi

Ils n’ont pas honte ?

Il ne demandait pas grand-chose : une minute. Une petite minute. Une minute de silence à l…