Didier Raoult a ouvert un centre de vaccination dans son IHU[1] et déclaré que le vaccin allait nous aider et ne présentait pas de risque a priori[2]. Il a aussi admis que sa première étude sur l’hydroxychloroquine ne permettait pas de déduire une efficacité[3]. Malgré l’évidence scientifique et médicale cent fois redémontrée[4], il parvient encore à dire qu’elle aurait quand même une utilité[5]. Le voilà entré dans un étrange jeu de funambule : conserver à la fois sa notoriété et son statut de médecin. La pourrait être qu’il perde les deux.

Mais pour celles et ceux qui ont à cœur de défendre une libre et souveraine, aussi bien en matière de publique que dans d’autres matières, l’affaire Raoult apporte trois salutaires leçons.

Premièrement, elle nous rappelle la nécessité d’apprendre et d’exercer un véritable esprit critique contre tout ce qui a un caractère officiel, mais aussi contre tout ce qui se revendique ne pas en avoir ; contre les informations et décisions qui nous déplaisent, mais aussi et surtout contre celles écrites pour nous plaire. Non, n’essaie pas de réduire la population de la planète (d’après Raoult en personne[6]) ; non, le gouvernement n’a jamais soutenu le remdésivir davantage et plus injustement que l’hydroxychloroquine[7] ; non, ceux qui dénoncent cette dernière ne sont pas corrompus par des labos[8] ; non, Didier Raoult n’est pas désintéressé dans cette affaire[9] [10] ; non, il n’est pas toujours nécessaire d’être soi-même médecin pour s’apercevoir qu’un médecin raconte n’importe quoi[11] ; non, les effets secondaires du vaccin ne sont pas alarmants (d’après Raoult lui-même, toujours)[12] ; non, la pandémie ne tue pas que 0,05% des personnes contaminées[13] ; non le vaccin à ARN n’est pas une technologie nouvelle sur laquelle nous n’avons aucun recul[14] ; etc.

Et quand bien même ce serait le cas, cela n’enlèverait rien aux faits car, et deuxièmement, l’affaire Raoult nous rappelle qu’il ne faut pas politiser ce qui n’est pas . Un virus, une molécule, un essai clinique n’ont de carte dans aucun parti. En faisant de Didier Raoult l’ennemi de leur ennemi, et donc leur ami, les patriotes se sont aveuglés eux-mêmes et leurs yeux n’ont pas su voir les réalités scientifiques. Ils ont soutenu l’hydroxychloroquine non pas parce qu’elle aurait une efficacité (on s’est vite aperçu, par exemple, que les 192 études présentées par certains comme favorables à l’hydroxychloroquine, en réalité, ne le sont pas du tout, il suffisait pour cela de les consulter[15]), mais parce qu’elle leur a été présentée comme une option alternative à celles choisies par des gouvernants qu’ils détestent. Les faits ne collaient pas à leurs théories, alors ils ont changé les faits, ou les ont inventés, pour ne pas avoir à accepter des incertitudes ou des convergences avec le camp adverse.

Par conséquent, et troisièmement, la troisième leçon est qu’il ne faut pas laisser au camp d’en face le monopole des faits et de la rationalité scientifique. Combien de soutiens précieux de la cause patriote, combien de médias de « réinformation », combien de Français sincères et engagés se sont ainsi décrédibilisés en se lançant dans un combat qui n’était pas le bon ? La gauche cosmopolite et interventionniste a, comparativement, bien mieux résisté aux assauts de la pseudo-science. Désormais, quand il s’agira de débattre de bioéthique, d’environnement ou de toutes les problématiques que traverse notre pays et qui relèvent, aujourd’hui, de réalités objectives et mesurables, quel camp aura la science de son côté ?

Prudence dans la manière de s’informer, tempérance pour ne politiser que ce qui doit l’être, force pour agir selon le réel. Trois vertus que nous avions oubliées et dont il est urgent, aujourd’hui, de se souvenir.

 

 

[15] Hcqmeta.com et assimilés : les résultats des études présentés sur le site ne correspondent pas à leurs résultats réels et facilement consultables.

 

21 janvier 2021

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