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A-t-il été lui-même à la hauteur ?

Le pouvoir fait ce qu’il peut le moins mal possible, le président de la République, le Premier ministre et le ministre de la Santé tentent, contre le fléau qui pour l’instant progresse encore, d’opposer des armes qui, aussi bien psychologiques que techniques, pragmatiques et évolutives, conseillées par des experts et des comités, auront un jour – on doit l’espérer – des effets bienfaisants.

Le pouvoir accomplit, dans cette épouvantable période, qu’on la qualifie de guerre ou non, sa mission de sauvegarde au jour le jour, avec une efficacité dont il cherche à nous persuader mais, à l’évidence, il n’y a pas de quoi pavoiser quand on compare avec les stratégies sanitaires mises en œuvre par d’autres pays. Ma perception relativement positive de ses efforts est d’ailleurs majoritairement contredite, mais j’ai du mal à décourager quand le soutien est une part non négligeable pour l’élan politique et collectif et sa victoire future.

Aussi, je ne lui jetterai aucune pierre car ce n’est pas au milieu de la bataille – je le répète, voir mon billet du 22 mars – qu’il convient de démobiliser par des suspicions et des intimidations.

Il y aura, dans l’apaisement revenu, mille responsabilités à identifier et à incriminer : celles du temps présent et de la dramatique impréparation et pénurie de bien avant le coronavirus.

Je le dis avec d’autant plus de prudence que j’ai été impressionné par notre débat, le 26 mars, aux « Vraies Voix », avec le talentueux Fabrizio Di Vizio, avocat du collectif de médecins C19 qui a déjà déposé une plainte contre Agnès Buzyn et – étrange compagnonnage, d’ailleurs, comme si le second était à mettre dans le même sac que la première. Il a engagé, par ailleurs, un processus administratif pour déterminer la nature exacte des liens commerciaux pour le matériel médical, avec la Chine principalement.

Je continue à penser – je le lui ai rétorqué – que même l’exercice d’un droit, en ces circonstances gravissimes où l’exigence d’unité est prioritaire, est inopportun. On aurait pu attendre.

Ce point de vue, sans doute minoritaire à en juger par les réactions des auditeurs largement en faveur de mon contradicteur, impliquait au moins que, du côté présidentiel, on fasse profil bas et qu’on se concentre seulement sur l’obligation d’éradiquer cette « cochonnerie », selon l’expression du professeur Juvin, le plus vite possible, sans se faire d’illusions non plus.

Aussi, quelle n’a pas été ma surprise quand j’ai appris qu’ avait déclaré, au sujet des ministres, qu’« on se souviendra[it] de ceux qui n’ont pas été à la hauteur », à cause de la maladresse de certains durant cette crise sanitaire (Le Point).

Difficile de nier qu’elle a pu exister et surprendre ici ou là, mais peut-être parce que la ligne directrice est demeurée trop longtemps équivoque, la communication du gouvernement étant jugée mauvaise par des spécialistes.

Reste que Sibeth Ndiaye, porteuse officielle d’une parole qu’elle ne maîtrise pas, Muriel Pénicaud ou Didier Guillaume n’ont pas été, en effet, irréprochables sur ce plan !

Mais triple erreur du Président, cependant.

Familièrement, de son propre chef, il remet avant l’heure une pièce dans cette machine infernale de l’aigreur et du soupçon.

Il menace ceux qui travaillent à ses côtés et il introduit, sans aucune utilité, un ferment de crainte et de doute anticipé sur leur futur. Alors que l’essentiel n’est pas vraiment lié, aujourd’hui, à la gestion des ambitions et des carrières.

Surtout, et enfin, il nous contraint à projeter notre regard sur lui-même, ses forces et ses faiblesses durant cette épreuve qui, apparemment, n’a même pas encore atteint son comble mortifère. Il nous incite à nous pencher sur lui, ses actions ou ses abstentions. A-t-il été lui-même à la hauteur ?

Notamment au sujet de cette interrogation qui m’obsède et sur laquelle personne n’a osé le questionner. Agnès Buzyn lui aurait annoncé le pire à venir le 11 janvier 2020. Sans la nommer, il a tourné en dérision ceux qui étaient clairvoyants sur la catastrophe, mais celle-ci advenue. On souhaiterait, cependant, une réponse qui ne détourne pas et éclaire vraiment le citoyen.

Donc, attention à la chasse aux ministres parce qu’elle pourrait devenir celle au Président !

Extrait de : Justice au Singulier

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