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Cinéma - Editoriaux - 28 mars 2020

Le livre de Woody Allen enfin publié : le grand déballage ?

Après un insoutenable feuilleton, finalement assez dérisoire en ces temps de pandémie, les mémoires de , À propos de rien, seront finalement édités. Grand Central Publishing, antenne américaine du très français groupe Hachette, avait jeté l’éponge, avant que le gant ne soit relevé par une certaine Jeannette Seaver, Française d’origine, mais mariée à un Américain hors normes, l’un des directeurs d’un autre groupe concurrent, Arcade Publishing.

Elle s’en explique dans Le Point de ce 24 mars dernier : « Dans les années soixante, mon mari a publié Jean Genet, Histoire d’O et les auteurs que les Américains jugeaient inacceptables, comme William Burroughs, Henry Miller, Hubert Selby, D. H. Lawrence, Jack Kerouac, et même le marquis de Sade. » Voilà au moins la preuve d’une belle ouverture d’esprit et de goûts pour le moins éclectiques en matière de chose imprimée.

Et la même d’en ajouter une couche : « Vous savez, la pire tempête, c’est ce coronavirus qui nous fait tant de mal. […] Ce que disent les prudes, je n’en ai rien à faire. »

Woody Allen, donc. Celui qui en parle le mieux, c’est encore Laurent Dandrieu, confrère plus qu’affûté en matière de critique cinématographique, officiant à Valeurs actuelles et, par ailleurs, l’un des meilleurs spécialistes français du clarinettiste new-yorkais en question, à en juger de son remarquable Woody Allen, portrait d’un antimoderne : « Remise sur le tapis médiatique à la faveur de #MeToo, l’accusation a toujours été niée par le cinéaste, qui l’a mise sur le compte de la colère de Mia Farrow [son ancienne épouse, NDLR], lors de leur séparation houleuse. »

Mieux : « Elle a surtout été démentie par la justice américaine, qui a conclu après une enquête approfondie, que la petite Dylan [l’une de ses filles adoptives, NDLR] n’avait subi aucune agression sexuelle. Depuis qu’elle a classé l’affaire, en 1995, aucun fait nouveau n’est venu étayer la thèse des accusateurs de Woody Allen. » Et, toujours à en lire Laurent Dandrieu : « Voilà qui n’empêche pas les médias de les relayer régulièrement, sans jamais citer un autre fils adoptif de Woody et Mia, Moses Farrow, qui a notamment publié sur son blog un très long article expliquant pourquoi son père ne peut matériellement pas avoir commis l’agression dont on l’accuse – et pointant par ailleurs la personnalité manipulatrice de sa mère… »

De son côté, Jeannette Seaver enfonce le clou : « Pourquoi ne pas connaître la version de l’accusé ? Je vais vous le dire, je l’aurais même publié s’il avait été reconnu coupable. » Quant à Woody Allen, avouant que son livre est celui « d’un paria toxique et d’une menace pour la société », il reconnaît volontiers : « Ce n’est pas parce que je suis un mari lamentable que ça fait de moi un mauvais père et encore moins un criminel… »

Pour le reste, et à lire les extraits dévoilés dans la presse, que ressort-il de ce livre ? Rien que de très banal, finalement. De tristes histoires de famille, comme il y en a tant de par le vaste monde, dans les milieux les plus modestes ou les plus huppés. Et rien que les spécialistes du septième art ne savaient déjà : c’est-à-dire que Mia Farrow est une femme, comment dire… un brin perturbée.

Qui adopte des enfants comme si sa vie en dépendait. Qui en aurait parfois renvoyé à l’expéditeur parce que le produit ne lui aurait pas tout à fait convenu : logique, quand on commande le produit avec options et qu’on ne réceptionne que celui de série, on appelle le SAV. Qui fait croire à son époux, Woody Allen, que celui entre eux conçu à l’ancienne ne serait finalement pas le sien, son ancien mari, Frank Sinatra, ayant pu jouer les prolongations conjugales.

En attendant, Woody Allen demeure un excellent cinéaste.

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