« L’Union européenne fait un véritable coup d’État en Italie ! »

L’Italie occupe le devant de la scène politique ; le Mouvement 5 étoiles et la Lega, grands vainqueurs des dernières élections, ont présenté un candidat au ministère des Finances italien, Paolo Savona, connu pour ses positions ouvertement anti-euro. Candidature refusée par le président de la République italienne qui, sous la pression de l’Union européenne, a choisi Carlo Cottarelli, ancien responsable du FMI, pour gérer les affaires courantes avant la tenue d’élections anticipées.

Réaction de Jean-Frédéric Poisson, président du Parti chrétien-démocrate, au micro de Boulevard Voltaire.

Dans votre dernière vidéo, vous avez largement commenté les résultats des élections italiennes et notamment l’incapacité de la Ligue et du Mouvement cinq Étoiles à constituer un gouvernement qui agréerait au président de la République italienne.
Pourquoi avoir fait ce billet d’humeur ?

Nous avons assisté à un coup d’État de l’Union européenne à l’intérieur même des institutions italiennes. Cela n’est pas exactement le premier puisque lorsque l’Union européenne force tel ou tel pays à adopter telle ou telle législation, lorsqu’elle sanctionne la Pologne, parce que les Polonais veulent simplement faire en sorte que leur conseil supérieur de la magistrature soit conforme aux résultats électoraux qui ont été décidés par le peuple polonais. Ce n’est donc pas nouveau de la part de l’Europe, mais de manière aussi spectaculaire, ouverte et brutale, cela est une nouveauté.
Il n’est tout de même pas banal de voir deux formations politiques aussi différentes que le Mouvement cinq Étoiles d’un côté et la Ligue de l’autre côté de trouver un accord. Les attaques qu’ils ont subies quasiment le jour même de la constitution de cet accord sont assez spectaculaires. Les marchés financiers ont attaqué la dette italienne très très vite comme pour envoyer une forme d’avertissement. J’allais dire une attaque sans frais, mais ce n’est pas exactement le cas, car cela va leur coûter un peu d’argent.
Deuxièmement, monsieur Conte, Premier ministre nommé par le président italien, a quand même dû finalement renoncer au motif que son ministre des Finances était un eurosceptique.
Il y a là deux signaux extrêmement négatifs. Le premier est : l’Europe est toujours gouvernée par la finance, contrairement à ce qu’on nous en dit. Les principes qui prévalent sont bien ceux des règles de la finance internationale et des marchés de la spéculation, et non pas un projet européen, qu’il soit civilisationnel, industriel et même pas institutionnel.
Deuxièmement, c’est une intrusion sans précédent et d’une brutalité insupportable de l’Europe dans les affaires intérieures italiennes.
Quand j’ajoute cela aux déclarations de l’inénarrable commissaire Juncker qui a dit: « Nous veillerons à ce que les droits des Africains soient respectés en Italie », j’ai envie de lui demander de s’occuper de ses affaires.

Le nouveau nom sorti en remplacement de monsieur Conté serait monsieur Cottarelli, surnommé « le ciseau » en Italie. Ancien du FMI, il représente la politique d’austérité que voudrait imposer l’Europe. Tous les signaux sont a priori là pour mettre une pression européenne sur l’Italie…

Il y a plus qu’une pression. D’une certaine manière, elle peut se comprendre, car si effectivement, l’Italie venait à échapper à l’emprise de Bruxelles et commençait à entamer une volonté de prise de distances et pourquoi pas de sortie des institutions ou de la monnaie unique, cela commencerait à faire désordre. L’Italie n’est pas la Grèce. C’est un pays beaucoup plus gros, certes très endetté, mais nettement moins que la Grèce. C’est un gros morceau et de surcroît un des pays fondateurs.
Le fait que Bruxelles, dans cette religion quasiment sectaire qu’est l’adoration des institutions européennes de Bruxelles, constate qu’un membre fondateur puisse vouloir s’en écarter par l’expression de son peuple, c’est insupportable pour tous ceux qui sont les thuriféraires de la foi de Bruxelles. Évidemment, ils réagissent.
Maintenant, c’est vrai que c’est le même Juncker qui déclarait il y a trois ans qu’en aucun cas, l’expression démocratique des peuples ne pourrait aller contre la signature des traités européens. C’est encore un très grand signe de respect et de considération pour les peuples des États membres. Tout cela est cohérent. À chaque fois que d’une manière ou d’une autre, nous ferons mine de nous écarter de la ligne décidée sans contrôle, sans élections, avec le pouvoir, mais sans autorité par la Commission de Bruxelles, alors les pays et les peuples qui le feront se verront admonester et ramener dans le droit chemin. Cela milite donc pour deux choses, d’abord l’affirmation très claire d’une ligne critique à l’égard de cette politique bruxelloise et du pouvoir de la Commission. Des élections européennes sont prévues dans un an; les Français devront choisir. Ensuite, cela milite pour la constitution de groupes extrêmement puissants dans le futur parlement européen défendant cette ligne politique.
Le parlement européen est une sorte d’objet bizarre capable d’initiative, mais pas tant que cela, car il ne peut pas lui-même décider des textes qu’il veut étudier, contrairement aux parlements nationaux. Pour autant, il reste une caisse de résonance formidable de l’opinion européenne. De plus en plus de peuples protestent contre cette hégémonie bruxelloise, pour ne pas dire cette forme de dictature soft qui se met en place depuis des années et dont nous voyons aujourd’hui les manifestations les plus violentes. Nous devrons donc constituer dans le futur parlement européen des groupes politiques qui soient exactement sur cette même ligne, c’est à dire avec la volonté de réduire les pouvoirs exorbitants et illégitimes de la Commission.

Ces élections européennes se préparent avec des listes, des projets de listes, des groupes et des projets de groupe.
Ambitionnez-vous de devenir député européen ?

La réflexion est en cours. Pour devenir député européen, il faut être candidat et ensuite être élu. Cela fait encore deux étapes à franchir. Le parti chrétien-démocrate a pris la décision, par le biais de son bureau politique, de prendre part aux élections européennes moyennant que les projets présentés soient conformes à ce que nous croyons et que nous ayons des candidats en situation de pouvoir bien figurer. C’est la décision politique de ma formation. En revanche, ma décision personnelle quant à elle sera prise après l’été.

Le dernier mandat européen a été un peu tendu. Rappelons qu’entre l’affirmation d’une politique assez indépendante de la part de la Hongrie de Orban, la Pologne, l’Angleterre qui s’en va et maintenant l’Italie qui se rebiffe.
Assistons-nous à un déclin de l’Union européenne et pourquoi pas envisager un scénario catastrophe dans les années à venir ?

Nous sommes en train d’assister, d’une certaine manière, à la mort de l’idée européenne telle que Maastricht et Bruxelles l’ont conçue. Vous pouvez ajouter à votre inventaire les Danois qui viennent de décider de fermer leurs frontières avec l’Allemagne pour empêcher les afflux de migrants. L’Autriche vient d’élire un gouvernement extrêmement critique à l’égard de Bruxelles et la Slovaquie l’a fait depuis longtemps. Les Hollandais envoient régulièrement au parlement européen des députés qui sont ouvertement contre le projet de l’Union. Et en France, je rappelle que nous ne sommes jamais sortis du clivage 50/50 de Maastricht que nous retrouvons à toutes les élections, et pas seulement qu’européennes. Si nous prenons comme grille de lecture le nombre de voix qui se portent sur des candidats réalistes sur l’Europe et qui ne sont sont pas béa devant Bruxelles d’un côté, versus les candidats qui sont à genoux devant les institutions de Bruxelles, c’est moitié moitié. Nous ne sommes au fond jamais sortis de ce clivage d’il y a bientôt 26 ans du traité de Maastricht.

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