Vitraux de Notre-Dame de Paris : chronique d’un patrimoine sacrifié

Nous avons à faire aux sacrifice de l'ancien et du vénérable au profit de l'inutile et de l'orgueilleux.
Les vitraux de Viollet-le-Duc dans la chapelle Sainte Clotilde.© Samuel Martin
Les vitraux de Viollet-le-Duc dans la chapelle Sainte Clotilde.© Samuel Martin

Malgré les 353.591 signatures recueillies par la pétition « Conservons à Notre-Dame les vitraux de Viollet-le-Duc », malgré les recours engagés devant la Justice administrative, malgré l'opposition unanime de la Commission nationale du patrimoine et de l'architecture, rien n'aura finalement infléchi la décision prise au sommet de l'État. Le souhait du prince président se sera ainsi imposé envers et contre presque tous les avis exprimés par les spécialistes de la conservation du patrimoine et aura fait force de loi.

Ainsi, ce 22 juin 2026 a marqué le début de l’impopulaire dépose de six vitraux conçus sous la direction d'Eugène Viollet-le-Duc et installés en 1865 dans les chapelles du bas-côté sud de la nef de Notre-Dame de Paris. Épargnées par l'incendie du 15 avril 2019 et conservées dans un état jugé satisfaisant par les experts, ces verrières vont ainsi céder leur place à six créations contemporaines réalisées par l'artiste Claire Tabouret et les ateliers Simon Marq de Reims. Il s’agit ici du sacrifice de l'ancien et du vénérable au profit de l'inutile et de l'orgueilleux.

Le chantier de la discorde

Les nouvelles verrières, consacrées au thème de la Pentecôte, seront normalement installées entre octobre et novembre 2026 et deviendront les premiers vitraux du XXIe siècle à entrer dans la cathédrale. Pour leurs défenseurs, Notre-Dame ne saurait demeurer dans un état définitif. Leur créatrice, Claire Tabouret, déclare ainsi que c’est une bonne chose « de rajouter une strate d’histoire à ce bâtiment constitué de mille strates d’histoire et qu’on ne peut pas congeler dans le temps ». Quand il s’agit de contemporanéité, la ville de Paris apporte bien évidemment son soutien en affirmant que « Notre-Dame de Paris n’est pas un monument figé ».

Ces arguments n’ont pourtant pas convaincu une grande partie du monde patrimonial. Les associations « Sites et Monuments » et « SOS Paris » ont multiplié les recours - en vain. Quant à la Commission nationale du patrimoine et de l'architecture, réunie le 11 juillet 2024, puis à nouveau le 12 juin 2025, elle a rappelé au ministère de la Culture son opposition à l'enlèvement de vitraux classés, conservés en bon état et pleinement intégrés à l'architecture de la cathédrale. Un avis purement consultatif, puisque le ministère n’en a pas tenu compte. On peut se poser la question de l’utilité de ces commissions, si elles ne sont pas écoutées.

Ancien et vénérable

Les vitraux déposés ne sont ni des ajouts récents ni des œuvres accessoires. Ils sont le fruit du grand chantier conduit par Eugène Viollet-le-Duc au XIXe siècle, lequel rendit à une Notre-Dame fatiguée par les siècles une cohérence et une magnificence nouvelles. L'architecte travailla naturellement selon les canons néo-gothiques de son époque, plus riches et parfois plus démonstratifs que le gothique des bâtisseurs médiévaux. Pourtant, loin de rompre avec l'âme de l'édifice, il chercha à en prolonger le génie et à s'inscrire dans sa continuité. Ses vitraux participent de cette ambition. À l'inverse, les verrières destinées à les remplacer rompent sans nuance avec cet héritage pluriséculaire.

À cela s’ajoutent également les incohérences des choix opérés : suite à l’incendie de 2019, l'État a fait le choix de reconstruire la flèche exactement selon les plans de Viollet-le-Duc, érigeant son travail en référence absolue de la restauration. Dans le même temps, les verrières, originelles et intactes, pourtant préservées par le feu, sont aujourd'hui retirées pour être remplacées.

Les défenseurs du patrimoine rappellent, enfin, que la Charte de Venise de 1965, texte fondamental de la conservation monumentale, recommande le respect des apports historiques successifs et s'oppose au remplacement d'éléments anciens bien conservés par des créations nouvelles. Le retrait des anciens vitraux créés en 1865 constitue donc une entorse manifeste à ce texte auquel la France adhère notamment via son lien avec l’ICCROM [organisation intergouvernementale qui se consacre à la conservation du patrimoine culturel, NDLR].

Inutile et orgueilleux

La critique du remplacement des vitraux est également une histoire de sens, de coût, de calendrier et de symbole. En effet, au sein même de Notre-Dame, il existe d'autres emplacements possibles pour accueillir ces nouvelles verrières. Julien Lacaze, président de l'association « Sites et Monuments », a ainsi notamment proposé leur installation dans les tours de Notre-Dame, où cela n’aurait pas nécessité la dépose d'éléments historiques.

Le coût du projet nourrit également la contestation. Les nouvelles verrières représentent une dépense d'environ quatre millions d'euros financée par le ministère de la Culture. Une somme conséquente pour remplacer des vitraux en bon état de conservation, alors que partout en France, dans nos campagnes, des églises, des chapelles, des abbayes, des châteaux et bien d’autres monuments historiques attendent désespérément les financements qui permettraient simplement d'assurer leur survie. Cette réalité a été dénoncée par Stéphane Bern qui, en avril dernier, sur le plateau de C à vous, rappelait, avec une certaine irritation, que « la France n'est pas Paris ». Déplorant la concentration des moyens sur la capitale, il ajoutait : « Il y en a marre, il y a aussi des petites églises qui ont mille ans d'histoire [...] et on ne trouve pas le dixième, le millième d'euros. »

Enfin, la dimension politique de l’opération est loin d’être anodine. Tous y voient l’expression d’une volonté présidentielle d’Emmanuel Macron de laisser une empreinte personnelle, dans un geste presque despotique et capricieux, dans un contexte de crise, de dette et de fragilisation du patrimoine sur l’ensemble du territoire, et ce, malgré les réserves des experts et les critiques de l’opinion publique. Cependant, « Notre-Dame de Paris n’est pas un monument figé », n'est-ce pas ! Alors, rien n’interdit qu’un jour, les vitraux de Viollet-le-Duc puissent retrouver leur place au sein de la cathédrale, contribuant de nouveau à l’embellir, comme ils l’avaient fait pendant plus d’un siècle.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 26/06/2026 à 12:39.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur BV- Histoire, patrimoine, culture

Vos commentaires

80 commentaires

  1. Jusqu’au bout, il aura tout sacrifié, tout enlaidi, tout ruiné en ado capricieux,orgueilleux et narcissique.
    Heureusement  » Notre Dame de Paris n’est pas un monument figé ». La beauté, le vénérable, le sacré reprendront leur droit, et les vitraux de Viollet- Le- Duc qui ont miraculeusement résister aux flammes retrouveront leur place.
    Les hommes passent…. La beauté authentique demeure pour l’Eternité.

  2. Ce que le roi veut, le peuple fait et se tait ! Un point, c’est tout. Mais si cela est difficilement acceptable, pourquoi ce roi-là ne paie pas les travaux de remplacement de sa propre poche ? Il y aurait là, une certaine logique.

  3. Si je venais, par grand miracle, à devenir Président de la république en 2027, ce serait mon premier acte : remettre les vitraux de Viollet-le-Duc à leur vraie place, au sein de Notre Dame.

    Quelle prétention chez ce Macron . Quelle prétention. Ces vitraux sont porteurs d’une puanteur viscérale. Notre Dame n’est pas figée ? L’Elysée encore moins. Remplaçons le bâtiment existant par un immeuble contemporain de quelques étages, meubles de chez IKEA, sans climatisation. Brrrr. Infect ce personnage.

  4. Le simple nom de Macron me met dans une colère noire, tant il s’est révélé malfaisant dans d’innombrables domaines. J’espère seulement que le nouveau président de 2027, quel qu’il soit, aura à coeur, dès sa prise de fonctions, de mettre en place toutes les économies budgétaires possibles, qui permettront très vite, entre autre, parmi tous les correctifs à faire dans tant de domaines, de remettre en place les vitraux d’origine, histoire de dire qu’en fait, Macron n’a jamais existé.

    • Macron (Hum, pardon, Monsieur Macron) estime être un Être supérieur…
      Supérieur à Viollet Le Duc, dans le cas présent.
      Il se voyait le Jupiter moderne.
      Aujourd’hui, en cette fin de règne despotique, il veut que l’Histoire se souvienne de lui en laissant son empreinte au sein de Notre Dame de Paris.
      Qu’il prenne donc conscience de la réalité.
      L’Histoire se souviendra de lui comme Celui qui aura ruinée La France…
      Et peut être aussi comme de celui qui aura ouvert La Voie à l’avènement de La Nouvelle France à cause de son laxisme…

  5. Ce choix est signé de notre Freluquet number one !!! il veut que l’on se souvienne de lui et tout les moyens sont bons, sauf qu’il n’a aucune idée de la manière dont on  » se souviendra de lui », mais il n’en a cure,que l’on parle de lui en bien ou en mal, du moment qu’on parle de lui çà lui va !

      • Le personnel qui travaille sur de tels édifices connaissent les dangers . Ça ne leur viendrait même pas à l esprit de fumer à côté. Et le Général qui s occupait de la rénovation est mort lors d une randonnée. Je ne voudrais pas être complotiste mais il me vient un certain nombre de questions à l esprit.

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