DPE : les bouilloires thermiques lui disent merci !

Bien isolés, logements, écoles et autres bâtiments emprisonnent la chaleur.
Photo de Ronald Hayward: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/coin-d-un-immeuble-en-verre-dans-une-metropole-moderne-4460708/
Photo de Ronald Hayward: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/coin-d-un-immeuble-en-verre-dans-une-metropole-moderne-4460708/

Après les passoires thermiques, les bouilloires thermiques. Jusqu’à présent, les bâtiments étaient surtout pointés du doigt pour leur mauvaise isolation, parce qu’ils laissaient échapper la chaleur l’hiver et la laissaient entrer l’été. Beaucoup de travaux ont été réalisés çà et là pour remédier à cela. Là où d’importantes rénovations énergétiques ont été faites, désormais, la chaleur est bien conservée à l'intérieur des murs. Problème : ce qui est vrai l’hiver l’est aussi l’été. C’est ainsi que les anciennes passoires thermiques sont devenues des bouilloires thermiques flambant neuves.

Dans une émission diffusée sur Public Sénat, Corinne Jolly, PDG de PAP.fr, parle de ce fameux « effet thermos » : « On isole les appartements pour l’hiver, mais si on laisse des ouvertures qui laissent entrer la chaleur, l’isolation marche dans les deux sens et donc l’isolant va empêcher la chaleur de sortir. » Elle précise : « En faisant des travaux qui visent à améliorer le DPE, on peut accentuer la situation de bouilloire thermique. Vous pouvez être A et être en bouilloire thermique très concrètement. On estime même qu’il y a 30 % des logements A qui sont des bouilloires thermiques. »

Effet thermos

Le diagnostic de performance énergétique, présenté comme une arme absolue contre l’habitat indigne, aurait finalement conduit à faire de graves erreurs en matière de rénovation. BV l’a déjà évoqué à plusieurs reprises, c’est aujourd’hui une confirmation : le DPE est une aberration qui coûte cher aux propriétaires, plombe le marché immobilier, détruit le patrimoine et, maintenant, conduit à la création de bouilloires thermiques.

Ce qui est vrai pour le privé est aussi vrai pour les bâtiments recevant du public, notamment les écoles. Ce n’est pas sans conséquence, surtout pendant cette période de canicule. Pour preuve, dans les Hautes-Pyrénées, les épreuves du brevet des élèves du collège Astarac-Bigorre de Trie-sur-Baïse sont délocalisées au monastère des Carmes. Pourquoi ? Cet édifice daté (sans certitude) du XIVᵉ siècle, comme nombre d'églises anciennes, est un véritable îlot de fraîcheur.

Cela est évidemment dû à sa construction. « L’épaisseur de ses murs permet d’avoir un déphasage beaucoup plus long », explique un architecte à BV. Il précise : « La chaleur de l’extérieur met beaucoup de temps à pénétrer dans les murs et donc à entrer à l’intérieur du bâtiment. » Un autre élément est à prendre en compte : la surface vitrée. « Plus les ouvertures sont petites, moins le soleil rentre et donc la chaleur. » C’est aussi pour cette raison que les vieilles bâtisses du sud de la France ont souvent de petites fenêtres.

Les anciens savaient… Aujourd’hui, les méthodes de construction ont changé. Les pierres épaisses ont laissé place à des structures en béton plus fines. La différence est compensée par des isolants, mais dans ce domaine, tout ne se vaut pas. « Il y a des isolants très performants, d’autres moins. La laine de roche et la laine de verre, qui ont été massivement utilisées, n’ont qu’un effet relatif, d’autant plus qu’elles se dégradent dans le temps. Aujourd’hui, on utilise plutôt du polyuréthane, du polystyrène et des panneaux de fibres de bois, plus écologiques, qui ont une bien meilleure inertie », détaille l’architecte.

Effet boomerang

L’autre grande différence entre le bâti ancien et l’architecture moderne : l’utilisation du verre. Désormais, partout, « les grandes surfaces vitrées sont privilégiées, pour des questions de dépense électrique entre autres ». C’est principalement par là qu’entre la chaleur puis est piégée à l’intérieur, créant ces fameuses bouilloires thermiques. L’architecte ajoute : « Si la chaleur entre dans un monastère, il en est de même. Elle reste à l’intérieur. »

Il convient donc surtout de ne pas la laisser pénétrer, mais, dans les écoles, cela est quasiment mission impossible car les élèves ne peuvent pas travailler volets fermés en journée et parce que le soir, quand les nuits sont plus fraîches, plus personne n’est sur place pour ouvrir les fenêtres et ventiler. N’en déplaise aux écologistes, malgré toutes les isolations possibles et imaginables, sans climatisation dans ce type d’infrastructure, l’équation chaleur aura du mal à être résolue. CQFD

Vos commentaires

33 commentaires

  1. Lecteur quotidien de BV, je suis déçu de lire un article comme celui ci faisant la part belle au n’importe quoi. Un isolant est destiné à limiter les échanges de chaleur entre 2 espaces. L’efficacité d’un bon isolant se mesure justement mieux l’été (si on n’a pas de clim) que l’hiver parce que dans ce dernier cas le chauffage compense. Le secret est de ne pas laisser entrer la chaleur par les ouvrants, ou bien de la laisser sortir : Ouvrir les fenêtres la nuit, les refermer le jour.

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