[STRICTEMENT PERSONNEL] Trump, échecs et matchs
« Un octogénaire se plantait… », comme le dit, à un mot près, la fable de La Fontaine. Alors même qu’il venait de fêter ses quatre-vingts ans, puis de trôner (« Je suis le boss ! ») au G7 d’Évian, Donald J. Trump, hôte et vedette du dîner de gala (et de travail, bien sûr !) donné en son honneur par la République française sous les lambris et les ors du palais de Louis XIV, son prédécesseur-soleil d’il y a quatre cents ans, semblait en passe de devenir la risée du monde. Non seulement l’excursion qu’il avait entamée fin février au Moyen-Orient, conjointement avec Israël, jouait les prolongations, mais après qu’il avait annoncé à trente-neuf reprises l’imminente fin du carnage, tantôt en ramenant l’abominable pays des mollahs à l’âge de pierre (Apocalypse Now !), tantôt à l’issue de négociations constructives avec des interlocuteurs particulièrement compréhensifs, qui pouvait encore prendre au sérieux le Donald ?
Au fil des jours, puis des semaines, puis des mois, l’Oncle Sam s’était mué en tonton flingueur. Avait-il eu les yeux encore plus gros que le ventre ? L’Iran, mauvaise surprise du chef, était-il vraiment un trop gros morceau pour la première armée du monde ? Là où on nous avait annoncé, à son de Trump, un combat inégal entre le champion du monde des poids lourds et un adversaire poids plume, mis KO dès le premier round, le public sifflait, déjà lassé, car il n’est pas de spectacle plus monotone que celui de la guerre, surtout quand on ne la fait pas, cet interminable match de catch entre Horaces et Coriaces. « Remboursez ! » hurlaient à qui mieux mieux ceux qui n’avaient pas mis un sou dans l’affaire et qui, pourtant, en payaient les conséquences…
Donald Trump ne se défend pas si mal au poker
À Versailles, le dîner officiel suivait son cours tranquille de dîner officiel lorsque soudain, entre la volaille de Bresse et la tarte au chocolat, le président Trump, repoussant son assiette, brandit son célèbre feutre noir et apposa son inimitable et illisible paraphe au bas de la feuille que venait de lui apporter Marco Rubio. De quoi pouvait-il bien s’agir ? Tout simplement, tout modestement, du résultat de la négociation, du protocole d’accord, bref, des préliminaires de la paix avec l’Iran qui aboutissaient positivement – enfin ! - en ces mêmes lieux où, le 3 septembre 1783, le roi Louis XVI signa le traité qui mettait fin à sept ans de guerre avec l’Angleterre, tandis qu’au même moment, à Paris, le Royaume-Uni reconnaissait l’indépendance des États-Unis d’Amérique.
Joli coup, en somme, qui, sous les yeux du monde entier, ébahi, semblait donner le signal de la désescalade et ouvrir enfin le long chemin qui, de la suspension d’armes, en passant par la négociation, conduira au rétablissement de la paix.
La gestuelle, les postures, les propos, les provocations, les rodomontades, les digressions, les outrances de Donald Trump sont une chose, une réalité et surtout une apparence à laquelle on s’est souvent trompé et où certains s’obstinent à se tromper. Il y prête d’ailleurs, généreusement, le flanc. On aurait tort de confondre le personnage qu’il joue, sensible à la flatterie la plus éhontée, et l’homme politique ou l’homme d’affaires, qui d’ailleurs se confondent en une seule et même personne, qui, sous les dehors de l’incohérence, de l’impulsivité, du désordre, ne perd de vue ni la réalité ni le but qu’il veut atteindre, dans quelque domaine que ce soit.
Les règles, la complexité et surtout le tempo des échecs et du poker diffèrent grandement. Depuis la nuit des temps, les Iraniens sont des maîtres du jeu d’échecs. Ils l’ont encore montré, ces derniers mois. Mais Donald Trump ne se défend pas si mal au poker. Échecs et poker postulent, suivant des dosages différents, réflexion, préparation et capacité de dissimulation, avant le coup décisif. On vient encore d’en avoir la démonstration.
Trump n'a mis que trois mois pour découvrir la réalité de l'Iran
À la veille du dîner et du coup de théâtre de Versailles, le monde politique et le monde en général se demandaient si et comment Trump parviendrait à se tirer du guêpier où il s’était fourvoyé, à s’extirper du bourbier où on le voyait s’enliser après y avoir sauté à pieds joints. Il est vrai que, peu familier de l’islam et de l’Orient, et de la guerre, qu’il déteste, Trump s’était laissé circonvenir et abuser par l’allié et protégé israélien. La réputation d’infaillibilité du Mossad et d’invincibilité de Tsahal a poussé le président américain à l’erreur et à la faute. La chute du régime des mollahs, après la décapitation de l’hydre islamique, lui avait été servie comme une évidence, la capitulation de l’Iran était une certitude. Il a fallu quelque temps à Donald Trump pour constater que les informations que lui avait fournies Tel Aviv étaient inexactes, puis pour comprendre que les mobiles, les intentions et les objectifs de l’ami « Bibi » ne coïncidaient pas avec les siens, et pour en tirer les leçons. Étendre le conflit de l’Iran au Liban en passant par tout l’arc chiite peut servir la carrière et le projet de M. Netanyahou mais contrarie les intérêts américains. La visée de Trump est plutôt d’éteindre le feu que de propager l’incendie. En témoigne l’intention qu’on lui prête de confier à l’ex-islamiste dur mais réaliste qu’est le nouvel homme fort de la Syrie le soin de désarmer le Hezbollah, sans pulvériser le Liban et sans semer la mort pour ne récolter que la haine.
L’encre de la signature de Trump au bas du protocole américano-iranien n’était pas encore sèche que, de toutes part dans le monde et en France, on se gaussait de la naïveté et de l’irréalisme du président américain. C’est à qui, des deux côtés de l’Atlantique, États, partis politiques ou médias, lui ferait la leçon. Ici, ce n’est pas à la fable Le Vieillard et les Trois Jeunes Hommes mais bien à celle du Meunier, son Fils et l'Âne qu’on peut se référer. Lorsqu'on ne s’est entêté que pendant vingt ans à poursuivre la guerre au Vietnam pour finir par le sauve-qui-peut de Saïgon, lorsqu'on n’a mis que vingt et un ans à découvrir que l’Afghanistan était allergique à l’Occident avant d’évacuer Kaboul dans la panique, est-on qualifié pour conseiller et sermonner l’homme qui n’a mis que trois mois à découvrir la réalité de l’Iran et à en conclure que la guerre n’y était pas la réponse la mieux adaptée aux multiples questions que nous pose et que se pose l’Iran, côté régime, côté civilisation, côté peuple, et qu’en tout cas, ce n’est pas des bombes israéliennes ou américaines que les Iraniens attendent leur libération.
Entre l’impasse de la guerre au Moyen-Orient, ses conséquences économiques pour les États-Unis et pour le monde, le dérèglement du climat météorologique et international et la montée de son impopularité, Trump voyait croître chaque jour la probabilité d’une lourde défaite aux midterms d’octobre. Si peu féru de l’Antiquité qu’il soit, l’homme le plus puissant et le plus vulnérable du monde n’ignore pas l’indémodable leçon de sagesse politique qu’a léguée l’Empire romain à la postérité. Que demande le peuple ? Que faut-il lui offrir pour qu’il reste tranquille ? Du pain et des jeux. Panem et circenses. Place, donc, au ruissellement de l’essence et de l’argent. Place à l’ouverture du détroit d’Ormuz et à la Coupe du monde de football. Petroleum et circenses.
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17 commentaires
En visionnant cette séance de Versailles, on aperçoit quelques secondes le bedeau de cette étrange grand-messe : un certain Jean-Noël Barrot. Irrésistible.
Versailles ne porte t-il pas la poisse ??? Rappelons nous le traité de Versailles du 28 juin 1919 signé entre les Français et Allemands, avec l’arrogance, l’intransigeance de Clemenceau, notre Trump gaulois, et ce qu’il en advint ? 20 ans après, seconde guerre mondiale. Et comme nous vivons dans un monde ou tout s’accélère, ce faux traité n’est qu’un palier, reculant pour mieux tomber, vers un prochain retour des hostilités ! Il faut être Trump et Macron pour avoir le mauvais goût de mélanger l’eau d’Evian au Champagne, surtout quand les deux alchimistes ne sont pas sur la même longueur d’onde !
Mettre Trump et Macrounette dans le même sac, il fallait oser !
Les parties d’échecs (échecs…!) ne sont probablement pas terminées. Relevons l’attitude de Monsieur Macron (et, présence fatale) de Madame. Traiter Monsieur Trump à Versailles pour l’occasion, dans un luxe qui ne peut que nous coûter un « pognon dingue » , n’était-ce pas nettement déplacé mais aussi à contretemps ? Combien de fois, au travers de Monsieur Macron et même de Madame, Monsieur Trump a-t-il ridiculisé la France ? « …il parle beaucoup (Monsieur Macron) mais chacun sait que ce qu’il dit n’a aucune importance.. »… » …c’est un bon garçon, mais il a des problèmes avec sa Femme… »….et combien d’autres compliments du même tonneau ? Dès lors les applaudissements et autres serrages de main de Macron à Trump sont très malvenus. Ils étaient d’autant moins utiles que rien n’est joué. Notre président nous a embarqué dans une nouvelle galère. « wait and see » comme dirait—l’autre et « for chure » comme disait un autre.
Vous vous trompez Monsieur Jamet, les Usa ont un pacte de protection avec Israël contre la menace iranienne, ils sont fidèles à leur engagement quel que soit leur président, la détestation de Trump vous égare
Ce n’ est pas exactement ce que monsieur Jamet a dit
Au contraire ,si j’ai bien compris ,monsieur jamet reconnaissait à Donald Trump d’avoír compris plus vite que ses prédécesseurs que la partie allait être plus dure qu’il n »y paraissait et donc qu’il fallait negocier
Monsieur Trump a mis moins de temps que les autres présidents à comprendre qu’il lui serait préjudiciable de continuer une guerre qui commençait à devenir impopulaire dans son pays .
M. Trump ne s’est pas si mal sorti d’affaire. Je fais des voeux pour que l’arrêt des combats perdure.
Monsieur Jamet, votre Trumpophobie basique vous égare et même, elle vous aveugle.
Parfaitement analysé, parfaitement écrit. Il reste néanmoins difficile de connaître l’issue d’une confrontation entre un excellent joueur de poker et les excellents joueurs d’échec que sont les dirigeants du régime des Mollahs…
Très bien formulé
Le triste spectacle de Versailles, signature d’un traité sans la partie adverse a été dès hier désavoué par l’Iran qui veut fermer le détroit d’Ormuz à nouveau si Israël continue de bombarder le Liban. Cela valait il un dîner à 500.000 euros payé par les cons tribuables français ?
Monsieur Jamet, le traité de Paris mettant fin à la guerre de 7 ans avec l’Angleterre fut signé le 10 Février 1763 Par Louis XV ( qui donna le Canada aux Anglais),le 3 Septembre 1783 Louis XVI signa la fin de la guerre d’indépendance des USA.
On aurait dû servir des big mac de chez McDonald’s lors de la réunion à Versailles. Cela aurait coûté moins cher aux Français mais plus représentatif de ce que contenait le protocole d’accord signé, suite aux négociations, où s’inscrivaient de nombreuses clauses inopérantes comme on le verra quelques heures plus tard. Des tranches de délibérations superposées ne correspondant absolument pas aux objectifs visés. A l’heure où j’écris ces quelques lignes, les médias l’annoncent déjà : l’Iran a décidé de fermer à nouveau le détroit d’Ormuz. Or, à peine l’encre séchée, c’était le point principal qui intéressait les Américains et le grand manitou, Donald Trump, pour mettre fin à la guerre plus que celui d’anéantir le régime des mollahs. Le reste n’était que rodomontades tout au long de ce conflit qui a vraisemblablement échoué.
Volente,
Vous déformez les faits. Le Hezbollah libanais a tout intérêt à un arrêt des combats comme énoncé à la clause n° 1 sur 14 du Memorandum of Understanding (MoU) irano-américain. C’est tout le contraire d’Israël qui, furieux de ce préaccord conclu sans son avis, fait tout pour le saboter. Il y a de fortes probabilités qu’à cause des israéliens, les hostilités reprennent avec plus de force. Voyez les déclarations de plus en plus guerrières de Netanyahou, celles de l’ultra-radical ministre de la défense Katz (« Israël restera au Liban sans limite de temps ») et de l’extrême-orthodoxe ministre Ben Gvir partisan de la violence à tout-va (« Tout le Liban doit brûler ! »). Et tout le reste, à l’avenant. Résultat à peine le protocole signé, 47 morts hier au Liban dans des frappes de Tsahal, et déjà 16 tués rien que depuis ce matin, et la journée n’est pas fini !
Dans cette sale affaire, l’Iran n’est pas l’agresseur. Les fauteurs de guerre sont les USA de Trump et Israël de Netanyahou.
Ça n’est pas fini, et je ne crois pas aux oracles divers, ni à grand chose d’ailleurs Date début du conflit, février 2022. On dépasse la durée de chacune des 2 guerres mondiales . Et à quand la fin..
Mon cher Loubiarnès. N’en prenez pas ombrage, mais puis-je vous rappeler que vous confondez le conflit russo-ukrainien marqué par l’offensive du 24 février 2022 par l’armée russe (plus de 4 ans) avec la guerre d’agression déclenchée le 28 février 2026 contre l’Iran par les Etats-Unis et Israël ?
Ni le pain (rassis) ni le cirque (atterrant) ne devraient faire oublier aux américains combien ce Président est fantasque et peu fiable.
Je ne sais rien des règles qui prévalent en matière de destitution mais crois qu’il faudrait que ce Président soit « empêché ».
Les Etats-Unis d’ Amérique ne peuvent se permettre de laisser encore cet homme au sommet de la pyramide.
Il faut mettre un terme à cet épisode malencontreux.